Le 8 janvier 1988 en réunion d’Oulipo, Jacques Roubaud a proposé une variation de la contrainte dite "canada-dry" : qui aurait l’air d’être canada-dry mais respecterait rigoureusement la contrainte qu’elle feint de feindre. « La bouteille de canada-dry contient du whisky » conclut sobrement JR. En attendant d’autres formes, appliquons ce principe à la parapèterie, au palindrome, à l’anagramme, aux octosyllabes et alexandrins, au haïku, à l'isocélisme.

1) Une parapèterie quasi obscène masque d’innocentes contrepèteries.

La Chine a moqué le mâle Japon.
La mine a choqué le mage lapon.

2) Énoncé capillotracté qui a tout l’air saccadé d’une imitation de palindrome lourdingue... exact au cheveu près quand on écrit en toutes lettres €, = et £.

Bon servile € = l’âge, ô ruée, £ snob !
Bon servile euro égale l’âge. Ô ruée, livre snob !

2’) Épeler la ponctuation.

Aussi ô, l’élu grivois sua
aussi ô virgule l’élu grivois sua

3) Un énoncé avec de faux airs d’anagramme devient une vraie anagramme si on développe "etc." en "et cetera".

Ta came agrémentera / anagramme etc.

Ta came agrémentera
anagramme et cetera

4) L’alexandrin présenté trop court (strophe 1) s’avère finalement bien calibré (strophe 2).

À tel alexandrin bien court,
tel vrai cheval au galop sourd.
L’ersatz souffle l’original.

À tel alexandrin, bien court tel vrai cheval ;
au galop sourd l’ersatz, souffle l’original.

4’) Autre faux alexandrin qui devient vrai.

Moitié rallongera le rythme :
enfle d’un brin l’unique rime,
alors éclot l’alexandrin.

Moitié rallongera, le rythme enfle d’un brin,
l’unique rime alors éclot l’alexandrin.

4’’) Le faux octosyllabe devient vrai ; cf. sur ce blogue le sonnérailleur.

Se divise aux deux tiers la fable chronomètre,
s’écoule un sable enfui de rythme octosyllabe.

Se divise aux deux tiers la fable :
chronomètre s’écoule un sable
enfui de rythme octosyllabe.

5) Canada-dry de canada-draïku.

Comme haricots
Vol d’échalas et pieux
Nous en avions

Because 4-6-4 syllabes, ce poème n’est qu’un canada-draïku ; traduction :
- Idem qu’haricots (h muet),
- arnaque aux asperges et bâtons (synérèse à "pieux") :
- on n’en manquait pas.
M'enfin non pas du tout, ce poème est bien un haïku en 5-7-5 syllabes ; traduction :
- Pareils que haricots (h aspiré),
- voyez léviter ces maigrichons dévots (diérèse à "pi-eux") :
- c’est nous dans des aéroplanes (diérèse à "avi-ons").

6) Fausses lignes isocèles plus ou moins étirées (recyclage pour la circonstance d’un billet précédent).

Les vieilles machines à écrire  donnaient  un écartement
identique  quels  que  soient  les  caractères & espaces
qu’on frappait. Dans les années 60, il n’existait aucune
machine  qui  justifie   automatiquement   les  colonnes
typographiées.  À gauche  c’était aligné vertical mais à
droite il y avait toujours une sorte de zigzag…  à moins
de rajouter  çà et là  des espaces.  Puis Suel et Perec,
précédés  du  seul  Guy  Debord  en  1958,  ont  inventé
simultanément l’art du calage de lignes justifiées  qu’à
présent  un  Ian  Monk  ou  un  Gilles   Esposito-Farèse
exécutent  en  toute   virtuosité.   Cela,  les  publics
habitués  d’oulipo   le connaissent  bien.  Mais combien
savent,  au  bout  de  55 ans,  que  tout près  de CoBrA
(acronyme de  Copenhague  Bruxelles  Amsterdam), contact
fut pris par Debord  avec Gilbert Farelly  afin d’éditer
la   revue   "L’Internationale    situationniste"   chez
Ichthusson  (missive  datée  du  lundi  31  mars  1958 &
affranchie  le lendemain,  conservée au Fonds Farelly de
Bruxelles).  Trop  occupé  à  son  "Traité de  Prosodie"
monumental,  Farelly n’a pas  donné suite !  Il n’en eut
pas moins sous les yeux  l’innovante typographie isocèle
de Guy Debord.  Une note  dans son journal  en atteste :
"Par la mécanique Underwood  souveraine et implacable et
dialectique, le chiffre selon Debord m’a fait tourner la
tête ! (…)"   Farelly  aurait-il  détecté  si ce nouveau
texte est  artificiellement  justifié  ou  écrit suivant
un nombre fixe & minimal de caractères  à chaque ligne ?

Le même texte strictement isocèle, 40 frappes par ligne + retour chariot.

Les vieilles machines à écrire donnaient
un écartement identique quels que soient
les caractères & espaces qu’on frappait.
Dans les années 60, il n’existait aucune
machine qui justifie automatiquement les
colonnes typographiées. À gauche c’était
aligné vertical mais à droite il y avait
toujours une sorte de zigzag… à moins de
rajouter çà et là des espaces. Puis Suel
et Perec, précédés du seul Guy Debord en
1958, ont inventé simultanément l’art du
calage de lignes justifiées qu’à présent
un Ian Monk ou un Gilles Esposito-Farèse
exécutent en toute virtuosité. Cela, les
publics habitués d’oulipo le connaissent
bien. Mais combien savent, au bout de 55
ans, que tout près de CoBrA (acronyme de
Copenhague Bruxelles Amsterdam), contact
fut pris par Debord avec Gilbert Farelly
afin d’éditer la revue "L’Internationale
situationniste" chez Ichthusson (missive
datée du lundi 31 mars 1958 & affranchie
le lendemain, conservée au Fonds Farelly
de Bruxelles). Trop occupé à son "Traité
de Prosodie" monumental, Farelly n’a pas
donné suite ! Il n’en eut pas moins sous
les yeux l’innovante typographie isocèle
de Guy Debord. Une note dans son journal
en atteste : "Par la mécanique Underwood
souveraine et implacable et dialectique,
le chiffre selon Debord m’a fait tourner
la tête ! (…)" Farelly aurait-il détecté
si ce nouveau texte est artificiellement
justifié ou écrit suivant un nombre fixe
& minimal de caractères à chaque ligne ?

(à suivre...)