mardi 14 juillet 2026
Les Diables
Les Djinns de Victor Hugo imités en inversant la position des rimes féminines et masculines.
Les Diables — Murs, port, et ville. La mort s’instille, couvant devant un vent tranquille. Dans les champs : des tribunes et des chants. Les cothurnes enfilés foulent les feux-follets d’aoûts nocturnes. Un raffut haut sonne en saccade. D’un nain, le saut s’oit galopade. Il danse, fuit, puis son débit couvre le bruit dessus la rade. S’approche un essaim dont l’écho répète, lugubre, un tocsin de guilde secrète. Enfle la rumeur du courant hurleur qui prend de l’ampleur et tantôt s’arrête. Dieu ! quel cri sépulcral, le hurlement des Diables ! Fuyons le cours spiral chu de marches instables ; et repoussons l’appât d’une nuit de sabbat quand la transe s’abat des lampes sur nos tables. Où les Diables ont passé siffle une âpre turbulence. L’if, par leur vol fracassé, crépite d’incandescence. Le troupeau, rapide et lourd, dans l’espace vide court : nuage livide et sourd avec la foudre à la hanche. Ils sont tout près... alors fermons nos remparts de grès et porphyres ; repoussons l’assaut des démons et des dragons et des vampires ! La flèche des poutres du toit oscille ainsi que sous noroît, et l’antique gond de surcroît grince à désaccorder nos lyres ! Timbre strident hurlant depuis l’enfer ! L’infâme meute, acmé de la tempête, s’en vient, ô ciel ! attaquer mon foyer. Le mur fléchit sous l’obtuse conquête, la maison crie et flotte de biais. Et l’on dirait les lares inquiets qu’en arrachant le socle sous leurs pieds, un tourbillon n’en ruine la retraite. Oracle ! quand triompheront tes grâces des croquemitaines, je viendrai prosterner mon front devant tes urnes sacristaines. Fais que, harnais de foi, mon huis essouffle le heurt des minuits ; et qu’à des crissements réduits, leurs traits se brisent par centaines. Est passé le ramassis, nuée au loin dont la danse n’ébranle plus mon châssis. Les coups portés en cadence crépitent de feu grégeois jusque dans le prochain bois, vie à son tour aux abois emprès l’orde violence. Des élytres distants, le battement s’estompe si confus entretemps, si sourd, que l’on s’y trompe : n’est-ce quelque grillon, ou l’impact d’un grêlon, ou l’eau filant selon le levier d’une pompe ? L’accent correspond ! Tout nous remémore un timbre profond d’oud et de mandore en canon : ressac d’adret en ubac. Et l’enfant du Lac rêve et rêve encore. Diables camards, enfants d’Érèbe, leurs pas, battoirs, foulent la steppe. Le grondement s’éteint, tourment aveuglément dessous la glèbe. Au bourdon qui somnole d’abandon, sans boussole, quel désir assouvir ? — Souvenir d’Hyperbole. La nuit écoute. On suit la route. Le port s’endort au bord du doute.
Robert Rapilly,
mardi 14 juillet 2026
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