Le blogue de Robert Rapilly

Chanson de 3 saisons / Automne holorime

L’automne est l'unique saison à désinence féminine. Inversons avec les trois autres, prinTEMPS, éTÉ, hivER, le genre des rimes de la Chanson d’automne de Verlaine. Le schéma F-F-M-F-F-M gardera la métrique originelle en 4-4-3-4-4-3 syllabes. Peut-être existe-t-il des précédents à cette imitation ? —

Les notes nettes
des clarinettes
du printemps
bercent nos âmes
d’épithalames
exaltants

L’humeur friponne
du saxophone
de l’été
trouble ton foie
qu’a dive joie
enchanté

Les plaintes lasses
des contrebasses
de l’hiver
hantent ta tête
blême poète
doux-amer

"Fatrasong" = trois fatrasies issues d’une contrainte simple : reprendre la richesse phonétique des rimes initiales (LONGS-vioLONS, auTOMNE-monoTONE, etc.), puis amadouer la folie des vers qui en découlent. —

Aux pantalons
des apollons
qu’on boutonne
le bookmaker
prend sa longueur
de cretonne

Sur l’éloquent
problème Kant
cerne un leurre
d’abois latviens
au nez des chiens
qu’il effleure

Quand je rivais
à des civets
un cloporte
cela colla
ma rissole à
l’extraforte

Contredire Verlaine, le projet d’une "Chanson de printemps" est délicat. On notera ici que "doux" et "douce" se suivent de peu, en se souvenant que le grand poète usait à dessein de répétitions. —

L’oud du printemps
jouit d’instants
que n’abrège
mon fol entrain
dont se cure un
florilège

Tout rubicond
du souffle qu’ont
hors l’espace
nos au-delà
je ris que la
mort s’efface

Tranquille sous
un soleil doux
l’onde douce
frissonne ici
pareille à si
jeune mousse

"Chanson d’une semaine" —

À perdre haleine
bondit Verlaine
le lundi
quand les linottes
coulent des notes
glissandi

Puis il modèle
l’onde charnelle
d’un mardi
la plume au pouce
croquis de rousse
arrondi

Roule une lame
du fond de l’âme
mercredi
il rêve un buste
qu’elle rajuste
au body

Je vous invite
écrit-il vite
dès jeudi
à la bien sage
en son corsage
d’organdi

Il se demande
jour de limande
vendredi
quel chaste jeûne
retient la jeune
Milady

Vienne la danse
après la panse
samedi
chacun de fièvre
et de genièvre
ébaudi

       Mot d’abandon
       sous l’édredon
       ce dimanche
       le saignement
       d’un cœur aimant
       ne s’étanche

Trois strophes palindromes de mots, contrainte compatible avec une syntaxe pseudo-médiévale. —

Armes d’enfer
boutant pleurer
tant de larmes,
larmes de tant
pleurer boutant
enfer d’armes.

Reine sans Lear,
flot à gémir
trop de peine,
peine de trop
gémir à flot.
Lear sans reine.

Lumière sans
reflets bruissants
les libère,
libère les
bruissants reflets
sans lumière.

"Son automne sonotone", inspiré de Gilles Esposito-Farèse. —

Blé sans vainqueur
blessant vain cœur
à l’automne
dans sanglot creux
danse angle ocreux
allo ! tonne

Poe émouvant
poème ou vent
sceau n’est leurre
qui rhum ancien
chiromancien
sonnait l’heure

Laid comme au faix
l’écho mauvais
misanthrope
de-ci de-là
décidé l’a
mis en trope

"Chanson d’Oscar" : Clémentine Mélois à la manière de Verlaine. —

Blessé Simon
m’alarme — Mon
capitaine !
les Albigeois
ils sont dix fois
la centaine.

Preux encerclés
nous armons les
catapultes.
J’abats vainqueur
ma dague au cœur
des tumultes.

Chef d’ennoblis
mâchicoulis,
je l’étouffe
ce feu bougon
qu’enfle un dragon
sous la douve.

On donnerait
son empire et
sa province
pour le parfum
à qui sniffe un
Chocoprince.

Le goût d’Oscar
penche au nectar
de la fraise.
— Oh ! chevaliers
les vanillés
sont fadaise.

Raymond c'est l'heure

Sources : Perec d'après Proust (Longtemps je me suis couché, mouché, bouché... de bonne heure) et Verlaine (L’heure exquise). Les 12 strophes qui suivent sont un tour d’horloge en résonance avec l’heure, citée à la fois chez Perec-Proust et chez Verlaine. Il y a 12 mots rimes distincts en "-eur(r)e" et 12 verbes à l’impératif en "-vons" (sauf le Raymond final, celui par qui tout est arrivé).

1 —

Afin qu’une oie
donne magret,
confit et foie,
c’est sans arrêt
que l’on l’écœure.
	Gavons, c’est l’heure.

2 —

Tantôt l’on dîne.
Pantagruel
sur sa tartine
enduit du miel
avec du beurre.
	Bavons, c’est l’heure.

3 —

Le vin nous saoule
sous le tonneau,
la grappe coule
rouge son eau...
la vigne pleure !
	Buvons, c’est l’heure.

4 —

Quand on la goûte,
chu sur le dos,
l’ultime goutte
de calvados
est la meilleure.
	Cuvons, c’est l’heure.

5 —

La chose est grave
dans la litho
que le grès boive :
ipso facto
l’encre demeure.
	Gravons, c’est l’heure.

6 —

Noix siccative
par un tuyau,
fraîche lessive
qu’on nettoie au
parfum qui fleure.
	Lavons, c’est l’heure.

7 —

Ô peaux mousseuses
qu’on décape au
pot des valseuses,
ô bains de peau
postérieure !
	Savons, c’est l’heure.

8 —

Jet de grenades.
Soixante-huit
aux barricades,
Gay-Lussac fuit
ce qui l’apeure.
	Pavons, c’est l’heure.

9 —

D’abord service
haut dans les airs.
La balle glisse,
coup droit, revers,
envol et leurre...
	Servons, c’est l’heure.

10 —

On nous enterre ?
Poussons le son !
Le commentaire
de Mendelssohn :
— Gamme mineure.
	Crevons, c’est l’heure.

11 —

Pour filature,
il prit le bus
et la voiture,
puis pédibus
du Havre en Eure.
	Suivons, c’est l’heure.

12 —

Mots de Zazie :
— Ça m’est égal,
mon cul la vie !
L’instant fatal,
faut bien qu’on meure.
	Raymond, c’est l’heure.

.
.
.

Post-scriptum —

Saison des semailles le soir,
Quels pectoraux, il faut les voir !
Mais le brandebourg se dégrafe :
Taffe taffe taffe... épitaphe.

Inspiré de Victor Hugo, ce quatrain peut se traduire dans un esprit voisin de la contrainte de Delmas :

Le geste auguste du semeur,
Le leste buste du frimeur.
La veste juste du chômeur,
La peste fruste du fumeur.

Eddie bûcheron de Thébaïde

.

       Ceci est un conte de Noël modérément optimiste,
       dont la morale sera holorime & calembourgeoise.
       François Caradec, l’oulipien, soutenait que les
       pires calembours sont les meilleurs. En 2021 ça
       nous permet d’encore former nos meilleurs vœux.
EDDIE BÛCHERON DE THÉBAÏDE — conte où apparaît le nombre 2021

Il était une fois dans la cité de Thèbes un vétéran bûcheron, le plus fort et le plus vieux qu’on eût su imaginer. Plus fort que Samson, plus vieux que Mathusalem, néanmoins malheureux homme hélas ! Le grand âge avait chamboulé sa tête, chaque idée lui venait en dépit du bon sens. C’est ainsi que partout on l’appelait Eddie — façon de dire "idée" à l’envers.

En cette époque lointaine, il faut imaginer la Thébaïde couverte d’une jungle si étendue, que le philosophe Diogène la disait à la mesure de la sottise humaine. L’on rapporte que là-bas des foules fanatiques vénéraient le Veau d’Or, icône diabolique à l’image du buffle des marais. Comment renverser pareille engeance ?

Le Conseil des Sages se réunit. À l’issue d’un savant débat, on convoque Eddie, on lui donne mission de dresser un bûcher assez grand pour immoler la monumentale idole païenne. Sans se douter de leur propre folie, les Sages concluent :
— Qu’importe si tes idées vont pieds par-dessus tête, ta force démesurée convient à notre affaire.

Force démesurée, les supposés Sages ne croyaient pas si bien dire. Le bûcheron se met à la tâche, et il ne se trouve bientôt plus un arbre à perte de vue. Pas une bille, pas une branche, pas une ramille qui ne fût rapportée au bûcher promis. Adieu canopée et futaie ! Adieu fraîcheur des mares et clairières ! Adieu buffle sylvestre à robe dorée, ruminant les baies et les feuilles ! D’une verdure luxuriante et de la faune s’y abritant, Eddie n’a laissé qu’un désert à perte de vue, refuge des seuls serpent, scorpion et vague anachorète qui prêche des fables amères.

Tragédie du Veau d’Or. Eddie l’assassin de la forêt aura tantôt tout détruit par la hache. Et par le feu, comme s’il incarnait la main vengeresse du titan Prométhée. La sueur au front, cognée à la main, n’annonce-t-il un barbecue mémorable au soir du grand bûcher ?

— Écoute-moi, buffle doré réfugié sous l’amoncellement de bois séché, tu te consumeras au soleil de Thébaïde, et durant que tu rôtiras, je t’entendrai meugler les péripéties de la jungle disparue. Ta chair imbibée d’histoires n’en sera que plus succulente, mon appétit mieux rassasié, ma sieste plus paisible.

Paisible ? Insatisfait d’avoir rasé la forêt de Thébaïde, il pousse son chantier au septentrion, glissant de Sahara déboisé en Espagne aride, passant les Pyrénées jusques en Vendée. Le voici parvenu au domaine d’un noble vicomte, brasseur de surcroît : le Vendéen.

Eddie ne prend pas longtemps à arriver au château. Il heurte, toc, toc.
— Qui est là ?
— C’est Eddie, le bûcheron, et j’ai grand soif d’avoir abattu… j’ignore combien d’arbres. On m’a dit en chemin que vous brassiez une bière, la meilleure du royaume.
— L’on vous a fort bien renseigné, messire Eddie. Entrez et videz à volonté de mes vastes gobelets de cristal.

Eddie entre et vide son premier gobelet d’une demi-pinte. Le goût l’enchante, alchimie de malt, d’orge et de houblon brassés en la plus pure des eaux minérales. Il boit une autre bière, non sans apprécier les reflets ambrés dans le tube de cristal. Au quatorzième gobelet, il lui semble tenir non plus des chopes, mais de ces frais fagots qu’il débitait jadis sous l’auvent de sa cabane de bûcheron.

Cependant qu'il boit, Eddie le colosse compte les "bûches" de bière du Vendéen.
— 451, Hun quoi ?
— 1244, quand même faut bûcher pour y arriver.
— 1346, peste déjà ?!

Il compte encore.
— 1871, comme un p’tit goût de cerise… pas commune celle-ci.
— 1939, ça fait drôle.
— 1945, celle-là c’est de la bombe !

Il compte toujours, jusqu’à en avoir englouti…
— 2021, peut-être me faudrait-il ralentir. Arrêter ?

Soif étanchée, l’ivresse d’Eddie lui souffle une leçon enfin avisée : va te reposer.
— Je me chaufferai au soleil à la façon de Diogène.
Durant qu’il philosophe sans agitation ni vanité, une première plantule verdoie sur le compost du bûcher abandonné. Nous sommes en Thébaïde, pays où le buffle doré broute tranquille.

RÉSUMÉ EN VERS HOLORIMES —
     Hé ! ce Veau-Tragédie
     est-ce votre âge Eddie,
     killer prométhéen
     qui leur promettait un
     mets à péripétie ?
     Mais sa paix ripe et scie
     deux mille vingt-et-un
     demis "Le Vendéen".

Sol diagonal

Inspiré d'une proposition de Rémi Schulz à la Liste Oulipo, poème en 12 vers où la syllabe "sol" occupe les positions successives de 1 à 12 dans les alexandrins. Vers pêle-mêle recopiés chez Corneille, Cros, Hugo, Mallarmé, Moréas et Sand. La ponctuation a été adaptée à ce nouveau texte, le "Si" conjonction transformé en "Si !" adverbe.

Soleils plus flamboyants, plus chevelus dans l’ombre,
désolés sans l’orgueil qui sacre l’infortune,
où le sol est jonché de paille et de chiffons
aux yeux du solitaire ébloui de sa foi !

Mon théâtre, Soleil, mérite bien tes yeux,
mais non l’horreur du sol où le plumage est pris.
Quand il baigne, mon corps solitaire le glace :
pousses-en jusqu’au bout l’insolente manie...

Je vois des boucliers au grand Soleil reluire.
Si ! ce très blanc ébat au ras du sol dénie
une épaisse verdure opposée au Soleil,
les citrons verts, et la graine de tournesol.


Indications scénographiques revisitées pour Tristan & Isolde.

Soleil tout noir, un absolu désir affleure
au solstice cyan : Isolde implore Orphée
que son solo heurté d’inconsolés soupirs
la déboussole, et que Tristan l’absolve alors.
« Chus en Vélosolex au pied du Mausolée,
laçons la camisole en quoi l’amour se solde ! »

Redoublée, la syllabe "sol" occupe les places successives 1-7, 2-8, 3-9, 4-10, 5-11 et 6-12 dans 6 alexandrins. Rendez-vous à Bayreuth.




Un soc fouille le sol, m’enveloppe et m’isole,
C’est le maître absolu d’un renom bien solide :

Îles au sol désert, lacs à l’eau solitaire
Et des soldats de pierre et des soldats de cuivre.

Absolu dans les cieux, absolu sur la terre,
Solstice ! un juin normand sollicite la glace.

La même contrainte en ordre inverse ("sol" en positions 6-12, 5-11, 4-10, etc.), cette fois en assemblant des fragments volés à Hugo, Corneille, Molière & Quinault.

Hebdovirus

Lundi vocal à Covid nul
(palindrome)

Ce terrible rhume
pis qu’un avatar
plus lourd que l’enclume
médusa le Tzar

Coronavirus sur Ivan, ô roc !



Mardi vocal à Covid ramollo
(ourobindrome)

Baroque rocaille
terrible décor
où le Tzar se caille
et tousse l’angor

Coronavirus sur Ivan, ô rococo !



À mercredi Covid, amer creux, dico vide
(holorime)

Le dieu de lumière
grippe les saisons
mais l’arche solaire
frète tes moissons

Râ coronavirus t’ensile,
raccord au navire-ustensile.



Voici déjà du Covid à jeudi
(anagramme)

Bactérie ogresse
combien tu descends
de pintes d’ivresse
en rongeant nos sangs !

Le coronavirus, carnivore soûl.



Vendre Dive aux caïds vendredi à Covid
(anaphone)

Qu’une épidémie
syncope nos pas
espiègle arythmie
de claquettes jazz

Ce coronavirus
ravisse nos chorus !



Samedi tes fûts Covid ont dit vos culs fétides masses
(palindrome phonétique)

Médor dont on berne
l’esprit aigre-doux
en son for interne
s’enivre de toux

Qui surit vanne au roquet ? C’est coronavirus — hic !



Vadim dimanche : Manchette étale l’alcôve Covid vidangée Jéhovah
(marabout)

Le chant du microbe
corne au fond du champ
patate d’opprobre
et balourd tourment

L’écho coronavirus, rustaud topinambour bourrelé.

Vœux 2020

Cocagne !
— pourvu qu'en l'an deux mille vingt
n'advînt
que la mer fût à la montagne.

      

Haïkuleurs

À la suite du Haïku noir de Gef.

Haïku invisible (2 définitions de la Taulière de l'Appentis)

La télépathie
à savoir sentez les faunes
l’âme agit sans mail
Haïku topaze

La synesthésie
par Vassily Kandinsky
Sonorité jaune
Haïku éclatant

Daphnis & Chloé
on démarre piano
Pan c’est à la fin
Haïku filigrane

Triple homographie
le dieu faune éclaterait
un lambeau de mur

Solution : Pan / pan ! / pan
Haïku grenat

Sauf son boléro
boléro boléro qu’a
composé Ravel ?
Haïku suie (vers 1 et 3 anagrammes)

Peintures abstraites
de Kandinsky tatoueur
traits bistres en peau

Billet fourre-tout

Ci-après quelques poèmes composés depuis décembre 2018. Je ne les avais pas postés, tout occupé à L'Encrier Revanche / Un Voyage d'Envers.



  • En vrac, ceci d'abord dont chaque ligne est palindrome alpha-centré...
   


  • Un paragraphe rigolard sans rapport avec ce qui précède. Contrainte proposée par Lucas Lejeune à la liste oulipo, que les unités de temps soient des aliments :

Je t'ai connue, m'a pas fallu attendre un bœuf pour que tu m'en fasses l'effet. Mais toi, un poulet plus tard, t'avais deviné que je l'étais — précisément planton au commissariat. N'empêche, tu sais que j'suis bonne pâte : une seule m'a suffi — pas même un quart de lapin pour comprendre hier soir que tu m'en avais posé un. S'il te plaît, retiens tes mandales si qu'on se croise, attends au moins un œuf poché avant que de mon œil !


  • Un double quatrain dont le sens s'inverse selon l'ordre de lecture des vers :
Scylla d’échos fatals ô cris
De Charybde au double langage
Fors dans l’ordre de mes écrits
Havre sans récif ni naufrage

Havre sans récif ni naufrage
Fors dans l’ordre de mes écrits
De Charybde au double langage
Scylla d’échos fatals ô cris



Frankenstein dans ce sonnet —

Affiche à Grand-Guignol : Défunts & Possédés,
L’on joue un vaudou-ville où claquent les couvercles
De cercueils entrouverts, trompe-la-mort espiègles,
Éros ex-Thanatos scénar dard et décès.

Pire vent pour vampire à dentier d’enterré,
Grandes morgues soufflez, et grincez vielles vieilles
D’ectoplasme en zombi ! Tous toussent, tu bégayes…
L’extinction des feus c’est la mort au carré.

Sade maudit qu’atroce, après vendredi treize,
Leur samedi quatorze ait trait ventre en détresse.
Visser vice au viscère en démonte minuit.

Sous halo d’un fanal — acte trois, obscène une —,
L’une rousse ô miroir ! lui hèle qu’elle luit :
Scellez nez, Frankenstein, aux glaires de la Lune !

  • Un poème dont les strophes à rimes millionnaires se concluent en contrepèteries gentilles :
Au Tréport ton portrait Fernand Léger ô maître
figure un nez de clown à poupe géomètre
	Tant narine comique
	que marine conique

Afin que le regard y fronce acerbe assez
deux buissons jailliront des cernes herbacés
	La paire de sourcils
	fait source de persils

Vincent pauvre Van Gogh par manque d’aumône aïe
trancha son pavillon et rendit la monnaie
	Lorsque rare l’oseille
	on se rase l’oreille

Buste de marbre antique à quoi morceau manquait
c’est un fou de Socrate il grimace au Banquet
	La démence Platon
	déplace le menton

Magritte philosophe a peint oui-da visages
drastiquement muets cependant d’avis sages
	Suffit gommer les bouches
	pour ne gober les mouches

Un blair a plusieurs noms Capone estompe au nez
une touche exhibant deux profils pomponnés
	Le pif et le tarin
	attifent le parrain

Doré d’après Merlin fit la gravure épique
où Morgane se plaint que son blanc collier pique
	Ouch ! dit la bru du barde
	combien drue est la barbe

Cher facteur idéal oncle d’individus
tes moustache et tignasse en comptent d’invendus
	Cheval non tes neveux
	ne valent tes cheveux

Pour s’éveiller humain qui trie et qui chiffonne
il a clos sa prunelle il s’est avachi faune
	Qui bâche la paupière
	empoche l’abbé Pierre


  • Ça :
Philosophe antibaise
quand tu dis platonique
je vois tes yeux de braise
et j’entends Platon nique

D’abord hippo-thermie
ou fièvre de cheval
ensuite hypothermie
frigo de l’hôpital

Ombre d’Humphrey Bogart
olé gringo ! sachez
que l’hombre Beau Regard
fut Lévitan Sánchez


  • Une petite morale élémentaire portative :
grive grise / poule soûle
           cool

dinde dingue / aigle bègue
            help

       qu’un oiseau corne
       ailé — m’en taire ?
       mon air klaxonne
       morale aviaire

mouette chouette / kiwi cuit
              couic


  • Une strophe...
Ce fripon d’Holgersson sans l’adieu des mouchoirs
a fugué puis revint gentil à dos de jars.
Un philosophe apprit au garnement fantasque :
« Ce que tu crois savoir se planque sous un masque ;
dirait-on un serpent à plumes mais fleuri…
Rideau ! » fit-il enfin. Lors le vieux sage a ri.

... dont le résumé est un palindrome en 55 lettres de gématrie 555 :

Nils a déserté, a obéi.
Démocrite va vêtir :
comédie, boa et résédas, lin.



Rétropédalage rata ta régalade Porter.


  • Sur proposition de Gef à la liste oulipo, des palindromes (légèrement capillotractés ;-) de couples de lettres : N'é / lu / de (...) de / lu / ne :
N’élude série
Pas brune dame d’un bras
Éprise de lune
Tu feras Éon / on sera fétu
Onde ! tu végétaliserais jaune ton,
et un jais rasé lit âge vêtu d’Éon.
Baal ennemi, la décade
de la maille sonorisa
le sarin… Ô soleil malade
deçà delà mine en Alba !


  • Une strophe protestataire imitée de Clément Marot, 29 janvier 2019 :
Lors Castaner, pandore après guignol,
à court de mots a fait parler la poudre.
Entre visage et crachat de flash-ball,
où la vaillance ? où la honte jean-foutre ?
Pour vrai viendra que frappe juste foudre
avec raison, tout de cœur rien de nerf ;
nul boutefeu n’a chance d’en découdre :
lâche fissa ton fusil, Castaner !

  • Des quatrains à moralité palindrome-express phonétique ou orthographique —
Malbrough va-t-en guerre
Fifre rigolo
Ne blague plus guère
Quand ça siffle un do

Drôle de Lord
Sir en ut tu ne ris
Flacon sulfurique
Méridional
Ça vient d’Amérique
Le cocktail fait mal

L’acide médical
Le sec ipéca : sac, épice, sel
Pots du sud stop !
Bicorne revêche
Sous un froid d’igloo
Satyre à la Crèche
Fifre à Waterloo

Noël : ô Pan, ô Napoléon !
Sitôt batterie
tintant carillons
quand on se marie,
tous en chœur rions !

On sonne, noçons !
Couronnons d’obèle
l’imposant Gaulois
dont tant nous emballe
la grâce d’exploits !

Obélix c’qu’il est beau !
La boutique obscure
nous en extrayons
ce clos qui n’obture
l’accès aux rayons

Rêve, verre.
Si la braise couve
comme on l’y couvait
Calimero s’ouvre
follet et mollet

Feu, œuf.
Son sédatif fuse
Sur âme d’ados
Soda de ma ruse
Suffit à Desnos

Amoché a coché et Sélavy va leste
eh Coca ! eh coma !
À l’envers la coulpe
s’apaise à l’hosto
en lâchant la coupe
d’empli cogito.

L’obel rétro pensé trac sédatif fit à Descartes ne porter le bol.
Fructueuse cote
du Maître à Lévy :
asservir la note
sous ré, dessus si.

L’ut obéira, parie Botul.
Voici, prolétaire,
Karl dans son hamac :
mousse de galère ?
marin de kayak ?

Sis s’alite Marx, rame-t-il assis ?
Raison rigolote
un fugace instant,
l’herbe en soi grelotte :
discours excitant !

La brève facétie : Spinoza gèle le gazon ipséité, café verbal.
Le signe du doute,
logique en philo,
déchaîne le couple
qu’on meule au silo.

L’obel Russel-Leibniz-Nizan gagna zinzin : bielles sur le bol.
— Me versé-je et bois-je,
professe Jean-Paul,
des bocks de cervoise
remplis sans faux col !

Sartre se sert ras.
Passe un fabuliste
de vie à trépas
qu’instruit communiste
descend ici-bas.

Ésope se tue, Marx rameuté se pose.
Ce chien de Pontoise
sans Dieu ni rabbin
à la lettre toise
l’hellénisme urbain.

Cergy : Diogène goï d’Y grec.
Capitaine d’Arche
parfois remet-on
d’aplomb l’ivre marche
du Lord Caneton.

Noé dégrise Sir Gédéon.
Lord au nom d’Étoffe
et sujet du King,
d’un Pair philosophe
proie au kidnapping.

Sir Paletot ? Sir Aristote l’a pris.
Un retour de tube
du vilebrequin,
c’est comme titube
trop vert ton rouquin.

Rue ta manivelle tel le vin amateur.
Qu’une maladie éruptive
infecte estrade et tableau noir,
bien vite une dame s’active
paraffiner jusqu’au couloir.

Elle cira véloce l’école varicelle.
Notes sur tablette de cire :
jamais d’ailes sans parasol,
sinon ça fond au point d’occire
le héros d’un épique envol.

Et Icare sera cité.
Le marin s’enivre
Pris d’amnésie aux
Tonneaux du navire
Chez Dionysos

Noé d’oubli t’a-t-il bu, Odéon ?
Puisque je m’égare,
dis-moi, fit le vieil
homme à la camarde,
où le grand sommeil.

Sa perte : le trépas.


  • Des fables-express cartographiques :
Le fleuve a jailli des Rocheuses.
Glisse un kayak au Grand Canyon,
sa coque d’algues accrocheuses
suffit à piéger le poisson.

Moralité : colle au radeau
Pognon de dingue que ça coûte :
que ruisselle un philtre vaudou
qui chloroforme goutte à goutte
cette souffrance sans-le-sou !

Moralité : (souffrance) — (sou) = France
Cyclone dessus la rizière,
les champs de moutarde et de thé...
pauvre Gange, pauvre misère,
tant frappe fort la pauvreté.

Moralité : bang ! la dèche
Quelle ivresse va faire mouche
et triompher à la Scala ?
Pas d’un grand cru, mais de gros rouge
au cul d’un flacon de jaja.

Moralité : hit à lie
À Saint-Jacques-de-Compostelle,
un tailleur pose la leçon :
— Qu’il soit de paille ou de dentelle,
comment se nomme un caleçon ?

Moralité : est-ce pagne ?
Joseph Bologne de Saint-George
escrimeur et musicien
quand il répétait dans sa loge
n’ajoutait ni n’enlevait rien.

Moralité : scène égale
Tête en avant sur le passage
Leninski Prospekt à Moscou,
traverser ne serait pas sage
où le trafic tranche le cou.

Moralité : rue scie
Conspuez la fétide haleine
des gazouillis du Président,
qu’on les siffle, qu’on les malmène
au dam d’un tapage strident !

Moralité : huez ça !
En l’an quarante peut-on croire
le serment d’Adolf et Joseph
qu’aucune puissante mâchoire
jamais n’écrase balte fief ?

Moralité : l’étau nie
Au sauna des landes lapones,
Frigg la reine des taïgas
désirerait que tu savonnes
son dos en transpirant, mon gars.

Moralité : sue ! aide !
Le tabac quand on le mastique
ramollit joliment si l’on
ne crache pas sur l’esthétique
en pays flamand ni wallon.

Moralité : belle chique
Ninjas belliqueux de l’Empire
du Soleil levant, oyons dès
qu’au cœur hoquetterait notre ire
en des aboiements saccadés.

Moralité : jappons
Note à deux cent quatre-vingt-treize
hertz : la seule nuancée où l’
accord pentatonique plaise
à Pyongyang autant qu’à Séoul.

Moralité : qu’au ré
Disparition de l’Ancêtre
au carnaval qui le grima
en dieu Viracocha peut-être,
à moins qu’en gringo de Lima ?

Moralité : père où ?
Soupe de chuño, l’Inca danse
autour d’un calice à La Paz :
tinte la tasse et vibre l’anse
en cadence exacte des pas.

Moralité : bol hi-fi
Langues nilotique et bantoue
potentielles d’un stylo
dont la bille d’encre tatoue
les feuilles de mangrove à l’eau.

Moralité : mots en bic

Un Voyage d'Envers / L'Encrier Revanche / poèmes, images, musiques

Ci-après en vrac, l'actualité de deux livres : Un Voyage d'Envers et L'Encrier Revanche.

  • En décembre 2019, bonheur d'entendre l'écho de lectures très fines du Voyage d'Envers chez main tenant et paper blog :
  • Lecture d'extraits du Voyage d'Envers à la Médiathèque Andrée Chédid de Tourcoing, Nuit des bibliothèques le 12 octobre 2019.
  • Un Voyage d'Envers et moi sommes à Meudon, Orangerie des livres samedi 28 septembre 2019.
  • Aux forêts vierges de la conscience, Hervé Leroy en passager imaginaire d'Un Voyage d'Envers pour Actua-Litté.
  • Jeudi 1er août, ah le beau concert de l'Encrier Revanche par Céline Malorey et Martin Granger au programme de Pirouésie.
  • Un Voyage d'Envers a été nominé au prix de La Nuit du Livre. Récompense qui souligne la contribution majeure de Léonie Lasserre et Lauriane Desvignes, fabricantes au premier chef de cet insolite objet éditorial.
  • Moment de grâce le 27 mars à Paris, Musée de Minéralogie, au programme du festival Raccord(s) : l'Humeur Vitrée a joué, lu, chanté l'Encrier Revanche. Alors, dans les cœurs du public et des artistes, ç'a fait comme du cristal qui chante.
          
  • Le 15 février à Tipimi (Lille-Fives) après le 30 janvier 2019 chez les Plumes de la Sienne à Regnéville-sur-Mer, même programme qu'auparavant 17 janvier, où Invenit et l'Encrier étions à la Librairie des Éditeurs associés. Céline Malorey a chanté durant la lecture :
   
  • Page 4 d'Eulalie n°28 de décembre 2018, Hervé Leroy signe ceci :
  • Benoît Verhille de la Contre-Allée m'adresse une photo bien encourageante prise au Furet du Nord...
           
  • ... et une autre à Paris, librairie L'Arbre à Lettres, qui affiche de grandes reproductions des collages de Philippe Lemaire :
      
  • Jeudi 20 décembre 2018 à l'auditorium de la BnF, Olivier Salon a fait une généreuse et très efficace publicité : stock épuisé en deux minutes au stand librairie de l'Oulipo.
  • Le lendemain s'est produite la première édition des "vendredis de l'oulipote", série à venir de rencontres festives par des camarades des réseaux oulipiens. Au détour d'une première causerie plaidant que l'oulipisme est un humanisme, Céline Malorey (chant) et moi (lecture) avons présenté les deux livres à la Galette Électrique, crêperie-guinguette, 110 Boulevard de la Villette, 75019 Paris.
           

UN VOYAGE D'ENVERS est paru le 21 novembre, livre cosigné Philippe Lemaire auteur des ambimages, qui constituent un roman graphique en miroir du récit poétique. Au retour d'El Ferrocarril de Santa Fives, texte et illustrations retracent la chronique d'une aventure onirique, où le métallo Manuel Mauraens s'en va rencontrer l'Indienne Abipone Lules.

  • Un encouragement de l'Association des Éditeurs des Hauts de France, qui fait du Voyage son coup de cœur du moment :
           

À propos de L'ENCRIER REVANCHE, si vous n'avez pas de smartphone pour extraire la "réalité augmentée" qui imbibe les pages, cliquez ici pour voir l'encrier en 3 dimensions, puis là pour entendre Lætitia Gallego & Martin Granger dans 6 extraits successifs :

1) Sonnet mourir un diadème
2) Quasi cristal
3) Elfe reflet
4) Chaque verrier
5) Sélénet du Sphinx
6) Verre
  • La version intégrale concert-lecture sera donnée vendredi 15 février 2019 à 18h chez Tipimi, 43, rue Pierre Legrand, Lille-Fives.
                   

Un voyage d'envers / L'encrier revanche

Deux livres imminents... parus entre-temps : POUR LIRE LA SUITE, CLIQUEZ ICI.

Un voyage d'envers, à paraître le 21 novembre à la Contre-Allée, est une histoire composée en sept ans, cosignée Philippe Lemaire découpeur-colleur des somptueuses ambimages. Ce retour d'El Ferrocarril de Santa Fives célèbre la rencontre du métallo lillois Manuel Mauraens et de l'Indienne inca Abipone Lules. C'est peu dire que, depuis 2011, auteurs et maison d'édition avons grandement misé en ce Voyage.

                 

Patience et longueur de temps ici, force et rage là. L'espoir éditorial luit.

Auparavant, 9 novembre, L'encrier revanche sera un pantoum à la gloire des bousilleurs. Soufflé et taillé sans pause en sept semaines aux éditons Invenit, l'ouvrage imite l'art du verre. Recueil à "réalité augmentée" vertigineuse : en tournant les pages, nous manipulerons l'encrier en 3 dimensions pendant que la musique hyaline de Lætitia Gallego & Martin Granger estampera nos tympans par le cornet du smartphone.

                   

Nota bene — Le calendrier ci-dessous sera complété au fur et à mesure des lectures, causeries et concerts...

  • Samedi 10 novembre 2018 à partir de 16 heures, lecture d'extraits de "Un Voyage d'Envers" lors d'une exposition des ambimages de Philippe Lemaire à L'Espace du Dedans, 28 rue de Gand à Lille.
  • Vendredi 16 novembre à 18 heures au MusVerre de Sars-Poteries, concert de l'Humeur Vitrée et lecture de "L'encrier revanche" par RR.
  • Dimanche 18 novembre à Villeneuve-d'Ascq, Philippe Lemaire et Robert Rapilly serons présents au salon du livre de l'Espace Concorde.

Quatre superstitions

Les rimes jouent des mots "lapin", "fer à cheval", "un chat noir" et "vendredi 13".

Superstition 1 —

Matin radieux du 10 juin 1862 : suite à des travaux
de réfection (le mât, on l’a peint), faut-il croire
que le capitaine Hoffmann prononçât pour l’équipage
tout réjoui de son steamer L’Hirondelle (Lac Léman)
pareil discours de bombance (fac-similé Le Messager
Boiteux, 1863) ? S’ensuivit un naufrage sans aucune
victime ni explication. Énigme typiquement durable.
=
Navire pimpant ! qu’on lape un
schnaps avec délectable appen-
-zel. Matelots, goûtez la pin-
-tade cuite au fournil à pain.

PS — Ligne 3 du paragraphe, un message privé m'a demandé pourquoi "prononçât" à l'imparfait du subjonctif. Lire parmi les nombreuses gloses de Corneille, Andromaque :
Hélas ! on ne craint point qu’il venge un jour son père ;
On craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.




Superstition 2 —

Existe-t-il un Godin qui ne serve pas
à griller du shit, cuire une omelette
ou attiser la virilité (appelons cela
le Godin d’Odin) : foyer dont sortent
ratatinées Brünnhilde et la pantoufle
porte-bonheur de son noble destrier ?
=
          Quel calorifère acheva l’
âtre à réchauffer hasch, œufs, val-
    -seuses ? Quel enfer hache Val-
       -kyrie et son fer à cheval ?



Superstition 3 —

Les Anglais caillassent Buridan et
Charles VII, l’héritier du trône ?
D’Arc s’en va déclencher la guerre
et conjurer enfin le mauvais sort.
=
Perfide Albion lynche âne, hoir...
But this time I will unchain war !
dit Jeanne qu’y voit un chat noir.



Superstition 4 —

Cette sainte de l’Enfant Jésus solde
ses entrailles à une fille de Nantes
qui tricote en passant de l’angoisse
au funeste lendemain du jeudi douze.
=
              À vendre ! dit Thérèse
        Dans son ventre Édith tresse
             et couve entre détresse
               et le vendredi treize

Hors-champ / cahier des charges d'une nouvelle

Bloomsday à Grandvillé, sur le modèle de Joyce ("Ulysse") et de Perec ("La Vie mode d’emploi"), François Graner a proposé d’établir le cahier des charges d’un roman à écrire par la suite. Ci-dessous projet d’une nouvelle intitulée "Hors-champ" — à l’attention prioritaire et imminente du LaProPo (Laboratoire de Procrastination Potentielle) : quatre chapitres de quatre paragraphes ordonnés en quatrine quant à l’ordre d’entrée en scène de quatre personnages.

Caractéristique fondamentale de "Hors-champ", le récit se fonde sur l’éclipse des protagonistes principaux. Autrement dit, ils n’apparaîtront... qu’absents. Liste non exhaustive de situations (inventaire provisoire, qu’il faudra décliner en ordre logique) : grimés, cachés, pas encore nés, en fuite, fantômes, à l’état d’êtres imaginaires, mythiques, défunts, etc.

Les quatre se nomment Abipone, Rōnin, Nyx et Huitzilopochtli.

Deux d’entre-eux de chair et de sang :

  • Abipone incarne l’esquive. Chaque fois que le récit la concerne, elle aura quitté la scène.
  • Rōnin est en quête perpétuelle. Sa présence imminente plane déjà sur le lieu de l’action, dont le récit s’écarte juste avant son arrivée.

Les deux autres sont des prosopopées au caractère tranché, sans complexité psychologique :

  • Nyx la nuit, le vide, le trou noir, occupe une place invariante au cœur des quatre chapitres du roman.
  • Huitzilopochtli le soleil apparaît certes au grand jour... mais ne luit pour personne.

Bien présents et concrets, divers personnages secondaires (liste à établir logiquement, du genre au pif patron de bistro, conductrice d’autobus, courtier d’assurances, caissière de cinéma...) parlent d’Abipone la fugitive, de Rōnin le paladin, de Nyx la nuit et de Huitzilopochtli le soleil, s’en souviennent, les imaginent, les attendent, les craignent, leur vouent un culte, les maudissent, leur adressent des messages, etc. (établir ici aussi un classement de postures à ordonner au fil des pages).

Les quatre chapitres comportent quatre paragraphes dont chacun, tel un plan fixe cinématographique (s’attarder à la liste des lieux et leur cadre), est marqué d’une sorte de "souffle" dans le décor ou dans les propos des personnages secondaires. En ordre de quatrine, les paragraphes relateront les circonstances suivantes (à quoi manque encore (j’écris ceci le 27 juin 2018) un ressort narratif assez puissant pour entraîner l’envie de lire la suite) :

1) Premier chapitre, 4 paragraphes A, R, N, H :

  • A = le départ récent d’Abipone,
  • R = l’arrivée imminente de Rōnin,
  • N = l’infini sidéral de Nyx la nuit,
  • H = la splendeur vaine de Huitzilopochtli.

2) Deuxième chapitre, 4 paragraphes H, A, N, R.

3) Troisième chapitre, 4 paragraphes R, H, N, A.

4) Quatrième et dernier chapitre, retour à l’ordre initial A, R, N, H.

(à suivre... / ci-dessus état du projet au 27 juin 2018)

Bloomsday 2018 à Grandvillé

Nicolas Graner organise certains printemps des "Jeux Oulipiques divers" dans sa douce campagne de Grandvillé. Le 16 juin 2018, Bloomsday, il a invité les oulipotes à écrire et cuisiner d'après Joyce. Sur place, entre autres stands poétiques en libre service, on pouvait aussi inventer de nouvelles disciplines sportives, exclusivité des Jeux Oulipiques va sans dire...




DIALOGUE IMAGINAIRE DE CHARLES DICKENS & JAMES JOYCE
(inspiré du Lol n'Bob Show)

(Dickens)
  À moi, Joyce, deux mots : connais-tu le prénom
  de Twist ? C’est Oliver, purement anglais...

(Joyce)
                                              Non !
  Ce blase émane, Dick, de ma natale Irlande.
  Dis voir quel Saint Patron régala de provende
  le pays dont Merlin enchantait l’alambic ?

(Dickens)
  Comment ne l’assavoir ! C’est l’évêque Patrick
  qui chassa le sorcier, suppôt de satanismes ;
  qui délivra du mal les rouquins et rouquines
  sujets en ta paroisse aux hurlevents d’ajoncs.

(Joyce)
  Que nenni, que nenni ! Là-bas nous dirigeons
  nos fervents angélus vers l’unique auréole
  secourant dénuement, tristesse, rubéole,
  peines de cœur, prurits... Nos suppliques et vœux
  vont au seul Oliver !

(Dickens)
                        Mais donc, si vos cheveux
  s’enflamment de la sorte au singulier mélange
  de paganisme obscur éclairé par un ange,
  qu’en professent les clercs ?

(Joyce)
                                Sic prêchent les gourous :
  « Le bel ange Oliver, il protège les roux ! »



RECETTE À SERVIR AU BLOOMSDAY
(acrostiche marabout sur 2 lettres)

Tous les 16 juin, en souvenir de son premier amour, James Augustine Aloysius se régalait d’une joue d’oye ychoussoise en cervelas — saucisse traditionnelle du canton de Mont-de-Marsan, à base de délicate chair prélevée autour du gosier de palmipèdes.

   JOue
 d’OYe
   YChoussoise
en CErvelas



SOUFFLER N’EST PAS JOUER
(d'après une idée de Jacques Jouet)

« Souffler n’est pas jouer », sport coopératif,
prend longanimité pour morale première.
On n’y vainc rien sinon qu’un prodige sportif :
sans les mains, sans la bouche, éteindre la lumière.

Dessous un paravent large de douze pieds,
on craque une allumette, et la flamme s’allume
d’une obscure chandelle entre deux équipiers
qui s’en vont l’écraser, tel marteau sur enclume.

Mais cet air percussif, ils le vrillent comment ?
Par simple mouvement des pavillons d’oreilles
dont le premier zéphyr esquisse tournoiement,
puis résonne simoun de djinns à Jrhymareyes.



DÉDICACE

Le 16 juin 18
Grandvillé l’espoir luit
Robert chante en l’honneur
de Bloomsday chez Graner

Pantrine à Piccard

Pantrine fibonaccienne 1—2—3—5 syllabes :

Maître
Piccard,
sa lunette
hisse le regard.

Auguste Piccard
grimpe
en regard
d’Olympe.

Il grimpe
plus haut que les dieux
de l’Olympe
vieux :

dieux
qu’un Maître
montre vieux ;
neuve est sa lunette.

Dents dedans

Fantaisies inspirées d'une proposition d'Alain Zalmanski à la liste oulipo : énoncer un message qui cache une inclusion verticale contradictoire, subversive, etc. Ça m'a rappelé deux billets d'il y a dix ans, Pli second pli et Plis Excelsior.



Un discours haineux en inclut un autre, tout d’empathie. La scène se passe dans un fameux autobus :
1) Pis hacher bushidos, qu’essaime tonnerre... Eh despote ! es-tu, de ta victime songeuse, le tombeau coléreux ?
2) Cher bus, aime ton pote, estime son beau col.

             
               
                                 *
           

La contrainte s'est d'abord mise à divaguer hors de contrôle, raccrochée au souvenir opportuniste d'une saillie du président Hollande traitant les prolétaires de "sans dents". Il sera possible de crypter des contenus plus intéressants, intentionnels & poétiques, et de peaufiner la forme, par exemple en insérant des haïkus ou des sélénets dans des sonnets. Singulière résonance potentielle, me semble, que les deux textes — vertical & horizontal — se frôlent par le sens, cependant que l'étymologie des mots englobants (noirs) & inclus (rouges) reste distincte.

Vrac

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