Le blogue de Robert Rapilly

Un Voyage d'Envers / L'Encrier Revanche / poèmes, images, musiques

  • Prochain rendez-vous jeudi 20 décembre 2018 à l'auditorium de la BNF, Quai François Mauriac, 75706 Paris. On me trouvera au coin du stand librairie de l'Oulipo.
  • Le lendemain inaugurera "les vendredis de l'oulipote", série à venir de rencontres festives par des camarades des réseaux oulipiens. Au détour d'une première causerie plaidant que l'oulipisme est un humanisme, Céline Malorey (chant) et moi (lecture) présenterons les deux livres à partir de 18h30 à la Galette Électrique, crêperie-guinguette au 110 Boulevard de la Villette, 75019 Paris.
           

Un Voyage d'Envers est paru le 21 novembre, livre cosigné Philippe Lemaire auteur des ambimages, qui constituent un roman graphique en miroir du récit poétique. Au retour d'El Ferrocarril de Santa Fives, texte et illustrations retracent la chronique d'une aventure onirique, où le métallo Manuel Mauraens s'en va rencontrer l'Indienne Abipone Lules.

  • Un encouragement de l'Association des Éditeurs des Hauts de France, qui fait du Voyage son coup de cœur du moment :
           

J'apporterai également le 20 décembre à la BNF L'Encrier Revanche. Si vous n'avez pas de smartphone pour extraire la "réalité augmentée" qui imbibe les pages, cliquez ici pour voir l'encrier en 3 dimensions, puis là pour entendre Lætitia Gallego & Martin Granger dans 6 extraits successifs :

1) Sonnet mourir un diadème
2) Quasi cristal
3) Elfe reflet
4) Chaque verrier
5) Sélénet du Sphinx
6) Verre
  • La version intégrale concert-lecture sera donnée vendredi 15 février 2019 à 18h chez Tipimi, 43, rue Pierre Legrand, Lille-Fives.
                   

Un voyage d'envers / L'encrier revanche

Deux livres imminents... parus entre-temps : POUR LIRE LA SUITE, CLIQUEZ ICI.

Un voyage d'envers, à paraître le 21 novembre à la Contre-Allée, est une histoire composée en sept ans, cosignée Philippe Lemaire découpeur-colleur des somptueuses ambimages. Ce retour d'El Ferrocarril de Santa Fives célèbre la rencontre du métallo lillois Manuel Mauraens et de l'Indienne inca Abipone Lules. C'est peu dire que, depuis 2011, auteurs et maison d'édition avons grandement misé en ce Voyage.

                 

Patience et longueur de temps ici, force et rage là. L'espoir éditorial luit.

Auparavant, 9 novembre, L'encrier revanche sera un pantoum à la gloire des bousilleurs. Soufflé et taillé sans pause en sept semaines aux éditons Invenit, l'ouvrage imite l'art du verre. Recueil à "réalité augmentée" vertigineuse : en tournant les pages, nous manipulerons l'encrier en 3 dimensions pendant que la musique hyaline de Lætitia Gallego & Martin Granger estampera nos tympans par le cornet du smartphone.

                   

Nota bene — Le calendrier ci-dessous sera complété au fur et à mesure des lectures, causeries et concerts...

  • Samedi 10 novembre 2018 à partir de 16 heures, lecture d'extraits de "Un Voyage d'Envers" lors d'une exposition des ambimages de Philippe Lemaire à L'Espace du Dedans, 28 rue de Gand à Lille.
  • Vendredi 16 novembre à 18 heures au MusVerre de Sars-Poteries, concert de l'Humeur Vitrée et lecture de "L'encrier revanche" par RR.
  • Dimanche 18 novembre à Villeneuve-d'Ascq, Philippe Lemaire et Robert Rapilly serons présents au salon du livre de l'Espace Concorde.

Quatre superstitions

Les rimes jouent des mots "lapin", "fer à cheval", "un chat noir" et "vendredi 13".

Superstition 1 —

Matin radieux du 10 juin 1862 : suite à des travaux
de réfection (le mât, on l’a peint), faut-il croire
que le capitaine Hoffmann prononçât pour l’équipage
tout réjoui de son steamer L’Hirondelle (Lac Léman)
pareil discours de bombance (fac-similé Le Messager
Boiteux, 1863) ? S’ensuivit un naufrage sans aucune
victime ni explication. Énigme typiquement durable.
=
Navire pimpant ! qu’on lape un
schnaps avec délectable appen-
-zel. Matelots, goûtez la pin-
-tade cuite au fournil à pain.

PS — Ligne 3 du paragraphe, un message privé m'a demandé pourquoi "prononçât" à l'imparfait du subjonctif. Lire parmi les nombreuses gloses de Corneille, Andromaque :
Hélas ! on ne craint point qu’il venge un jour son père ;
On craint qu’il n’essuyât les larmes de sa mère.




Superstition 2 —

Existe-t-il un Godin qui ne serve pas
à griller du shit, cuire une omelette
ou attiser la virilité (appelons cela
le Godin d’Odin) : foyer dont sortent
ratatinées Brünnhilde et la pantoufle
porte-bonheur de son noble destrier ?
=
          Quel calorifère acheva l’
âtre à réchauffer hasch, œufs, val-
    -seuses ? Quel enfer hache Val-
       -kyrie et son fer à cheval ?



Superstition 3 —

Les Anglais caillassent Buridan et
Charles VII, l’héritier du trône ?
D’Arc s’en va déclencher la guerre
et conjurer enfin le mauvais sort.
=
Perfide Albion lynche âne, hoir...
But this time I will unchain war !
dit Jeanne qu’y voit un chat noir.



Superstition 4 —

Cette sainte de l’Enfant Jésus solde
ses entrailles à une fille de Nantes
qui tricote en passant de l’angoisse
au funeste lendemain du jeudi douze.
=
              À vendre ! dit Thérèse
        Dans son ventre Édith tresse
             et couve entre détresse
               et le vendredi treize

Hors-champ / cahier des charges d'une nouvelle

Bloomsday à Grandvillé, sur le modèle de Joyce ("Ulysse") et de Perec ("La Vie mode d’emploi"), François Graner a proposé d’établir le cahier des charges d’un roman à écrire par la suite. Ci-dessous projet d’une nouvelle intitulée "Hors-champ" — à l’attention prioritaire et imminente du LaProPo (Laboratoire de Procrastination Potentielle) : quatre chapitres de quatre paragraphes ordonnés en quatrine quant à l’ordre d’entrée en scène de quatre personnages.

Caractéristique fondamentale de "Hors-champ", le récit se fonde sur l’éclipse des protagonistes principaux. Autrement dit, ils n’apparaîtront... qu’absents. Liste non exhaustive de situations (inventaire provisoire, qu’il faudra décliner en ordre logique) : grimés, cachés, pas encore nés, en fuite, fantômes, à l’état d’êtres imaginaires, mythiques, défunts, etc.

Les quatre se nomment Abipone, Rōnin, Nyx et Huitzilopochtli.

Deux d’entre-eux de chair et de sang :

  • Abipone incarne l’esquive. Chaque fois que le récit la concerne, elle aura quitté la scène.
  • Rōnin est en quête perpétuelle. Sa présence imminente plane déjà sur le lieu de l’action, dont le récit s’écarte juste avant son arrivée.

Les deux autres sont des prosopopées au caractère tranché, sans complexité psychologique :

  • Nyx la nuit, le vide, le trou noir, occupe une place invariante au cœur des quatre chapitres du roman.
  • Huitzilopochtli le soleil apparaît certes au grand jour... mais ne luit pour personne.

Bien présents et concrets, divers personnages secondaires (liste à établir logiquement, du genre au pif patron de bistro, conductrice d’autobus, courtier d’assurances, caissière de cinéma...) parlent d’Abipone la fugitive, de Rōnin le paladin, de Nyx la nuit et de Huitzilopochtli le soleil, s’en souviennent, les imaginent, les attendent, les craignent, leur vouent un culte, les maudissent, leur adressent des messages, etc. (établir ici aussi un classement de postures à ordonner au fil des pages).

Les quatre chapitres comportent quatre paragraphes dont chacun, tel un plan fixe cinématographique (s’attarder à la liste des lieux et leur cadre), est marqué d’une sorte de "souffle" dans le décor ou dans les propos des personnages secondaires. En ordre de quatrine, les paragraphes relateront les circonstances suivantes (à quoi manque encore (j’écris ceci le 27 juin 2018) un ressort narratif assez puissant pour entraîner l’envie de lire la suite) :

1) Premier chapitre, 4 paragraphes A, R, N, H :

  • A = le départ récent d’Abipone,
  • R = l’arrivée imminente de Rōnin,
  • N = l’infini sidéral de Nyx la nuit,
  • H = la splendeur vaine de Huitzilopochtli.

2) Deuxième chapitre, 4 paragraphes H, A, N, R.

3) Troisième chapitre, 4 paragraphes R, H, N, A.

4) Quatrième et dernier chapitre, retour à l’ordre initial A, R, N, H.

(à suivre... / ci-dessus état du projet au 27 juin 2018)

Bloomsday 2018 à Grandvillé

Nicolas Graner organise certains printemps des "Jeux Oulipiques divers" dans sa douce campagne de Grandvillé. Le 16 juin 2018, Bloomsday, il a invité les oulipotes à écrire et cuisiner d'après Joyce. Sur place, entre autres stands poétiques en libre service, on pouvait aussi inventer de nouvelles disciplines sportives, exclusivité des Jeux Oulipiques va sans dire...




DIALOGUE IMAGINAIRE DE CHARLES DICKENS & JAMES JOYCE
(inspiré du Lol n'Bob Show)

(Dickens)
  À moi, Joyce, deux mots : connais-tu le prénom
  de Twist ? C’est Oliver, purement anglais...

(Joyce)
                                              Non !
  Ce blase émane, Dick, de ma natale Irlande.
  Dis voir quel Saint Patron régala de provende
  le pays dont Merlin enchantait l’alambic ?

(Dickens)
  Comment ne l’assavoir ! C’est l’évêque Patrick
  qui chassa le sorcier, suppôt de satanismes ;
  qui délivra du mal les rouquins et rouquines
  sujets en ta paroisse aux hurlevents d’ajoncs.

(Joyce)
  Que nenni, que nenni ! Là-bas nous dirigeons
  nos fervents angélus vers l’unique auréole
  secourant dénuement, tristesse, rubéole,
  peines de cœur, prurits... Nos suppliques et vœux
  vont au seul Oliver !

(Dickens)
                        Mais donc, si vos cheveux
  s’enflamment de la sorte au singulier mélange
  de paganisme obscur éclairé par un ange,
  qu’en professent les clercs ?

(Joyce)
                                Sic prêchent les gourous :
  « Le bel ange Oliver, il protège les roux ! »



RECETTE À SERVIR AU BLOOMSDAY
(acrostiche marabout sur 2 lettres)

Tous les 16 juin, en souvenir de son premier amour, James Augustine Aloysius se régalait d’une joue d’oye ychoussoise en cervelas — saucisse traditionnelle du canton de Mont-de-Marsan, à base de délicate chair prélevée autour du gosier de palmipèdes.

   JOue
 d’OYe
   YChoussoise
en CErvelas



SOUFFLER N’EST PAS JOUER
(d'après une idée de Jacques Jouet)

« Souffler n’est pas jouer », sport coopératif,
prend longanimité pour morale première.
On n’y vainc rien sinon qu’un prodige sportif :
sans les mains, sans la bouche, éteindre la lumière.

Dessous un paravent large de douze pieds,
on craque une allumette, et la flamme s’allume
d’une obscure chandelle entre deux équipiers
qui s’en vont l’écraser, tel marteau sur enclume.

Mais cet air percussif, ils le vrillent comment ?
Par simple mouvement des pavillons d’oreilles
dont le premier zéphyr esquisse tournoiement,
puis résonne simoun de djinns à Jrhymareyes.



DÉDICACE

Le 16 juin 18
Grandvillé l’espoir luit
Robert chante en l’honneur
de Bloomsday chez Graner

Pantrine à Piccard

Pantrine fibonaccienne 1—2—3—5 syllabes :

Maître
Piccard,
sa lunette
hisse le regard.

Auguste Piccard
grimpe
en regard
d’Olympe.

Il grimpe
plus haut que les dieux
de l’Olympe
vieux :

dieux
qu’un Maître
montre vieux ;
neuve est sa lunette.

Dents dedans

Fantaisies inspirées d'une proposition d'Alain Zalmanski à la liste oulipo : énoncer un message qui cache une inclusion verticale contradictoire, subversive, etc. Ça m'a rappelé deux billets d'il y a dix ans, Pli second pli et Plis Excelsior.



Un discours haineux en inclut un autre, tout d’empathie. La scène se passe dans un fameux autobus :
1) Pis hacher bushidos, qu’essaime tonnerre... Eh despote ! es-tu, de ta victime songeuse, le tombeau coléreux ?
2) Cher bus, aime ton pote, estime son beau col.

             
               
                                 *
           

La contrainte s'est d'abord mise à divaguer hors de contrôle, raccrochée au souvenir opportuniste d'une saillie du président Hollande traitant les prolétaires de "sans dents". Il sera possible de crypter des contenus plus intéressants, intentionnels & poétiques, et de peaufiner la forme, par exemple en insérant des haïkus ou des sélénets dans des sonnets. Singulière résonance potentielle, me semble, que les deux textes — vertical & horizontal — se frôlent par le sens, cependant que l'étymologie des mots englobants (noirs) & inclus (rouges) reste distincte.

Le Spectre et le Taulier

S'agissait d'inventer une histoire qui raconte la scène, d'après un collage de Philippe Mouchès — Watteau sur Rembrandt. Le texte ci-dessous, signé Pierrot Labryl, sera lu par Olivier Salon à la fin d'une soirée François Le Lionnais à l'Auditorium du Louvre vendredi 29 septembre 2017.
Un hiatus navrant (vers 34) a été corrigé ci-dessous.

 
Voix du Spectre en surplomb ; doyen des patriarches,
le Vieux compte répondre et le nombre de marches.

— Fors la sobriété d’occultes décorums,
  descendons l’escalier et cinq bières, deux rhums.
  Mon habit de lin blanc camoufle un corps succube
  capable d’engloutir le vin par mètre cube.

— Las ! riposte l’Ancien, ma gargote est à sec,
  on n’y boit que de l’eau… mes paroles avec,
  à supposer d’ouïr - supplémentaires jeûnes -
  les heures du Taulier qu’ont rembarré les jeunes.

— Ici souvent il pleut, mais toi tu n’as pas plu ?!

— Je cache un cou trop long sous ce menton poilu.

— Que n’as-tu rehaussé ton col d’une ou deux broches,
  pour essuyer les verres, non plus les reproches ?

— J’ai pris tant de râteaux des brus du monde entier
  qu’un manche advint, fatal, qui brisa mon dentier :
  prétexte à m’adjuger bonus d’affront saumâtre.
  Même la Gouvernante attachée à mon âtre,
  me rhabille de bric et de froc au bazar ;
  ne coud du dé jamais ; bouillira le falzar
  en mélangeant ma soupe à son jus de semelle.

— Non mais dis donc alors, de quoi qu’elle se mêle !

— Il me souvient d’un Ogre à ta place, méchant
  et tout nu descendant un écolier ; du chant
  de sa pétoire ; et du poupon dont la carcasse
  vrilla comme au manège en batave ducasse.
  L’ombre et le détraqué, Dragon et Maquereau
  planent sur cet hôtel. Pour seul jour, mon carreau
  de fenêtre aux confins d’une hélice nocive.

Ce pleurant, le Taulier… recrache sa gencive
- artefact aux râteaux gâté de malfaçon -.
Or, le Spectre figé dans le colimaçon,
sardonique, déjà s’ennuie :
                            — Adieu, l’Épave.

Édenté, qu’en déduire ? Opportune épitaphe,
le but résume tout, que couronne un Râteau.
Sans R, doublant les T, il chevrote :
                                      — Watteau !

Pieux voguant

Alternance de vers asphyxiés A1—A2 et oxygénés O1—O2.

Pieux voguant ou noix, siècle, épave, nuage,
cette lune — au fait ange — et tes legs, Hamada :
pieuvre au Grand Trou noircie, éclair parvenu rage.
Certes l’urne offre étrange éther, l’erg Armada.

A1 = O1 phonétiquement et A2 = O2
sauf que les A sont asphyxiés (sans R), les O oxygénés.

On note entre A1 et O1 une inversion de diérèses et synérèses :
"Pi—eux" = 2 syllabes, mais "Pieuvre" = 1 syllabe,
"siècle" = 1 syllabe, mais "-cie—écl-" = 2 syllabes.

Disposition inverse, vers 1 et 2 oxygénés, 3 et 4 asphyxiés.

Ahuri Freud heurté, Pierrot crut certes l’urne.
L’archange Georges croit, car d’esprit nos ardeurs
à huit feuilles de thé : pieds hauts qu’eut cette Lune.
Lacan, je jauge quoi ? Cadet Spinoza II !

Ici encore, inversion de diérèses et synérèses :
A—hu—ri—Freud—heur—té = 6 = à—huit—feui—lles—de—thé

Noémie & Léon

Distiques d’alexandrins identiques à l’oreille, sauf que le son R, absent des vers impairs, sature au contraire les vers pairs. Une lecture fluide lissera les voyelles approximatives :
É = È = Ê
E = HEU
O = Ô
IN = UN = AN (v. 5 & 6)

Noémie et Léon — selon Denis Papin —
n’auraient miré les ronces, Londres, ni parpaing
à lamelle où six chats coulent Doge en Tacite.
Alarmez l’ours Richard, couleur d’orge anthracite.

Si ces coups, bancal Max, dialoguent à jeun,
Circé courbant Karl Marx dira l’ogre Trajan.
Ô Sapho, toussas-tu cahin-caha mais leste ?
Or ça frotte ours Arthur, car un caramel reste.

Tout agave le toque et Pâque s’avoue : oeufs,
tourte à graveleux troc, ers par coeur savoureux.
Quoi ! s’en dégante Pise ? En cabas la fatigue,
croissant d’aigre entreprise, ancra balafre à tigre.

Douce lune à cachette et pis meuble, Eio but ;
d’Ourse l’urne a craché tes primeurs, Blériot brut
et haut Musset, papillon bas... Gédéon monte,
Réaumur s’éparpille, ombragé d’air on montre.

Le stuc tua, gentils, Noémie et Léon :
leur structure argentine aurait miré l’héron.

Hara s’aérait

L’ordre des voyelles...

Hara s’aérait d’argon, d’azur ;
entrave en exil, Edo l’exclut
d’impassible infini. Son nimbus,
Shōnagon le voit : oblong forum,
Buddha, Lune, Nuits du nord, du sud...

... aux accents près :

A a  A e  A i  A o  A u
E a  E e  E i  E o  E u
I a  I e  I i  I o  I u
O a  O e  O i  O o  O u
U a  U e  U i  U o  U u

La candidate

Deux quatrains holorimes, situation linguistique lacanienne : on dit simultanément deux choses, distinctes mais soudées.

La candidate et l’eau candeur
après codage osaient clameur.
Lacan te vit ; zone ombragée
s’y taira d’ici plus âgée.

Lacan dit date, éloquent d’heure :
âpre écho d’âge aux éclats meure !
L’Acanthe vise au nombre âgé,
Cythère à disciple usagé.

Poèmes en juillet

Collecte chronologique de la plupart des poèmes (quelques-uns n’ayant pas encore dépassé l’état d’esquisse) que j’aurai composés en juillet, en même temps que se prépare l’imminente Pirouésie 2017. Summertime as the livin is easy... contraintes plutôt douces ; devrait en résulter quelque chose à peu près lisible ?

1) Sonnet à Guillaume Martin, coureur cycliste et philosophe —

Un sonnet c’est quoi ? Devinette
sans équivoque si l’on est
cycliste : on répond que sonnet
c’est le masculin de sonnette.

Alors la leçon dicte : ô chaîne
maïeutique depuis Platon,
tracte-moi hors du peloton
jusqu’au soleil de Diogène !

Car la physique et la philo
se combinent sur un vélo
— abrégé de vélocipède.

Petite reine au firmament,
la sagesse pour principe aide
l’âpre grimpeur finalement.

2) Sonnet brisant les rimes —
Appelons "anaphones" (néologisme d’après "anagrammes" pour les lettres) des groupes de syllabes répétant les même phonèmes dans un ordre différent. Rien d'autre que des contrepèteries, le ressort comique en moins. Nicolas Graner ("quadrupet"), Annie Hupé ("médaille") et Gilles Esposito-Farèse ("14-plet") ont déjà exploré brillamment des contraintes proches.

Ne bégaye, aède, ce rêve
précipitamment mis en vers ;
le mot s’enfuit, la rime part
avant que s’accorde ta harpe.

Solennel, n’agite de torche
vêtu d’un marcel et d’un short ;
consacre pudique la chair
à la vareuse en toile rêche.

Vigie au faîte du mât d’orme,
nul ne t’entend : gavés de rhum,
les marins ignorent le croc
imminent... ho ! Moby Dick orque.

Oracle formulé trop tard,
ainsi du sonnet que tu rates.

3) Rimes-mires —
Suite au sonnet ci-dessus, des quatrains qui ne riment pas à proprement parler : strophe 1, des palindromes phonétiques concluent les vers sur une syllabe (rime-mire / fou-ouf) ; strophe 2 sur deux syllabes (chantée-étanche / coda-ad hoc) ; etc. jusqu’à la strophe 4, composée avec l’accent du Nord, où "un tel écho" = "hoquet l’éteint" à l'envers.

Au lieu d’épuiser une rime,
prenons un terme qui la mire
phonétiquement... pari fou ?
Une syllabe y convient, ouf.

Double syllabe soit chantée,
nul risque d’amnésie étanche ;
quand sonne à son rang la coda,
on l’attend s’accomplir ad hoc.

Mais remonter d’un trisyllabe,
n’est-ce aussi long que Bali-Syrte,
notre aller-retour rêvant là
se rappeler tout à l’envers ?

Lors l’aède dit salut grive
et ponctue en virgule acide :
tétrasyllabe un tel écho
n’entend pas qu’un hoquet l’éteint.

4) Contrepétrimes —
Successivement 1 syllabe (mare / rame), 2 syllabes (castor / costard), 3 syllabes (qui ne souille / souquenille).

Dans le reflet de la mare
où ne trouble aucune rame
Narcisse à peau de castor
se flatte du beau costard
Nul mirage qui ne souille
cet éphèbe en souquenille

5) Médor dormait —

Ouah ouah.

Distique au dog
jappant my god !

Il aboie un tercet,
ce clebs qui s’est tressé
des dreadlocks de setter.

L’autant oblong qu’un train-cabot
pour la toilette troqua bain,
brosse et savon contre un bac trop
court encor — tel ce beau quatrain.

- ouah
- dog / god
- tercet / tressé / setter
- train-cabot / troqua bain / un bac trop / beau quatrain

6) Palindrome phonétique —

Mettant zircon le phonème
quitte et n’offre ce comique.
Qui moque sœur phonétique
mène au feu long chrysanthème.

7) Anaphones encore —
Quelques quatrains expérimentaux, inconsistants quant au sujet : une vague chanson à boire. Mais le champ lexicalcoolique est très fourni, commode pour faire des tests. La question en jeu, pourrait-on remplacer la rime par un autre dispositif sensible à l’oreille ? Au point d’envisager tout un corpus selon pareille tradition exotique ?

Qui picole mais jure
onques n’être murgé
ne sombre par ivresse
de s’avoir trop servi.

La formule n’opère
pas dans l’eau sans Pernod,
attends-toi bien qu’à rire
sous l’effet du Ricard.

Bicarbonate au poivre ?
N’y touche point poivrot !
Gueule de bois, n’y pare
rien mieux qu’un bon pinard.

Ç’a bibus d’un beat sobre,
la cadence au bistrot ;
fissa plonge à la cave,
remonte un vieux calva.

Loin de vider la dive,
etc. ad lib.
(...)

8) La même chose en plus sérieux —
Sainte est un poème de Mallarmé, dont les rimes sont ici remplacées par des anaphones bisyllabiques = fragments de contrepèteries sans effet comique : -cendie -dissant / dormant mandore / Chaldée d’éclat / -lipo polie / -sse en Troie -tensoir / etc.

À la fenêtre l’incendie
de santal — croisée et dormant,
sa viole resplendissant
jadis avec flûte ou mandore,

est la sainte pâle Chaldée
dans le livre vieux Oulipo,
magnificat qui bruit d’éclat
jadis selon vêpre polie ;

tel vitrage frémisse en Troie
que frôle une harpe — qu’a-t-il
formé depuis son ostensoir
pour la phalange délicate

d’un doigt dont la corde l’entasse
au fond du livre — elle, cent lys
sur la lutherie en santal,
musicienne du silence.

9) Récréation —
Evere est une des nombreuses communes belges (ou françaises en région flamande) dont le nom néerlandophone est monovocalique en E : Gent, Wevelgem, Herzeele, Lezennes, Hellemmes etc. Mais Evere compte une singularité supplémentaire : E étant la cinquième lettre de l’alphabet, les 5 lettres Evere ont une gématrie = 55. Diable ! direz-vous. Oui, c’est bien le Malin qui m’a soufflé l’Evere-Tercet monorime diabolique en -ic de 66 lettres et gématrie 666, le tout sous forme d’un palindrome infernal. Je vous laisse à en démonter l’exégèse :

Cil ce diagnostic
conservé scia le rêve Evere laïc
Sèvres n’occit son gai déclic

10) Pantoum d’anaphones dissyllabiques —

Rayon au terme d’odyssée
le calcul défie un tunnel
perce du limon indécis
sondant le fût d’une lunette

Le calcul défie un tunnel
focale nuit pourquoi ces verres
sondant le fût d’une lunette
dans l’inconnue à traverser

Focale nuit pourquoi ces verres
on oscille entre sombre et net
dans l’inconnue à traverser
soupape obstinée aux ténèbres

On oscille entre sombre et net
on a raison ou bien on faute
soupape obstinée aux ténèbres
advienne d’un nouveau photon

On a raison ou bien on faute
par flux et reflux lumineux
advienne d’un nouveau photon
issue à l’opaque ennemie

Par flux et reflux lumineux
le vérin d’effort vainqueur loue
issue à l’opaque ennemie
enfin promesse de couleur

Le vérin d’effort vainqueur loue
tant l’imminence d’un éclair
enfin promesse de couleur
qu’artifice vrai de l’équerre

Tant l’imminence d’un éclair
rayon au terme d’odyssée
qu’artifice vrai de l’équerre
perce du limon indécis

11) Récréation bis —
Allez hop, un p’tit palindrome gratuit = qui ne vaut pas grand chose. Ça na pas de sens ? Mais si mais si, il y a cinq sens : par ordre d’apparition l’odorat, le toucher, le goût, la vue, l’ouïe.

Zen livarot sentir l’index à mistigris.
Sec nage le sellier Odéon salivé,
sa sujette d’œil pers replie Odette Jus.
A sévi l’as Noé d’oreilles élégances :
Sir Git’s I’m axed nil ! rit Nestor à vil nez.

12) Sélénet d’anaphonorimes —

Un geste et l’on magne
vive à Cro-Magnon
la geste loquace
que dira Lascaux

Rouge l’hématite
du graffiti mat
et noir le carbone
qu’innove un bon arc

D’un souffle on colore
le cerf et l’auroch
une vache allaite
l’heur pariétal

Dix-sept millénaires
que d’us moderne et
d’études rupestres
s’instruit l’abstrait pur

13) Gématrie du haïku —

combien le haïku
ça fera cinq sept et cinq
y pesant ses lettres

14) "Rêver" est un palindrome (salut au champion du sommeil hypnotique) —

Son sédatif fusa
ça suffit à Desnos

15) Anaphones dissyllabiques d’après Verlaine —

Des sanglots longs
écoulons l’eau
de l’automne
quand virelangue
noie en langueur
son tonneau

Point suffocants
qu’un décan faux
sonne l’heure
nous revient sang
des jours anciens
grandeur Leu

Qui grave émaux
au vent mauvais
s’endort mieux
deçà delà
s’il souffla deux
feuilles mortes

16) Longtemps je me sommes... —
Certaines circonstances littéraires devraient autoriser à conjuguer hors les règles habituelles, voire _imposer_ des entorses au vieux Bescherelle. Dès lors qu’il s’agit de "tabac" dans une phrase tout verbe ou auxiliaire "être" se fige à la première personne du pluriel du passé simple "fûmes". Le verbe "écosser" restera "écosse" s’il est question non loin de "whisky" ou d’Édimbourg, etc.
Proposition qui a sacrément inspiré Gef, lequel cite aussi les brillantes trouvailles de Nicolas Graner.

Longtemps je me _sommes_ couché de bonne heure.
(Proust, Du côté de chez Swann)

Çà, voyons, je _fût_ ivre !
(Rostand - Cyrano, Acte III scène 13)

(…) poupon rose que _sentons_ l’âne de la crèche (…)
(Adam - L’enfant d’Austerlitz, p. 41)

Je ne _pigeons_ pas les voyageurs.
(Lévi-Strauss - Tristes tropiques, incipit)

Il me semble que je _suez_ l’or.
(Lettre de Ferdinand de Lesseps au baron de Reinach)

Selon ce que tu _cochons_, je _verrat_ tes aptitudes.
(QCM filière porcine)

Nous _court_ en short.
(Équipe minime de 4 x 100 m)

Durant le service on ne _busse_ que de l’eau.
(Règlement intérieur RATP)

Quatre à cinq cents femmes _fûmes_ occupées à rouler les cigares dans la manufacture.
(Mérimée - Carmen, ch. 3)

À fin de bon whisky, nous _écosse_ le malt.
(Dicton d’Édimbourg)

Je n’en _pusse_ plus de la guerre, il me vient des fourmis.
(Vian - Les fourmis, ch. 14)

17) Flou polysémique —
La polysémie est un puissant moteur poétique. Déplaçons-la voir vers une zone floue, quelque part entre le calembour et l’homophonie. Par exemple ci-dessous, "j’eus dans la limonade" sous-entend "jus dans la limonade". Le même procédé est présent dans chaque hémistiche. Cela reste à tester dans un contexte non burlesque.

Roland Garros rackette, il nous tapa sans balles,
voyageurs qui pigeons et n’oignons la salade.
Sommes-nous endormis ? J’eus dans la limonade
pureté qui descend : elle fore les Halles.
(...)

18) Soient niais ces mots ! —
Non burlesque ? Ça se gâte au contraire : un jeu de mots vaseux par hémistiche.

Ô père, ô maléfice, ô java d’estafettes,
fausset ce cri muait ! L’averse n’a pas plu,
la douche quel impair : castrat juste eût fallu
qui s’ennuie au soleil du malheur que vous faites.

Délice, en avaler l’arôme de Carthage,
gros délire tremens, on vit la Médicis
descendre à Monterey dont le rhum de grand prix
reste calme et sagace, équilibré passage.

Fûmes-nous à Carmen ? J’oins un cigarillo
et me — caduc — déguise en Robin de mayo.
Abracadabra vaut du Cobra la mort sûre.

Vivante mortadelle, elle danse aussi son
jazz coulé par des vis sans qu’au bras la morsure
d’attifé show venu revendiquât le son.

Onomastique & palindrome

Un court-circuit historique, onomastique et palindrome vient de se produire entre le dieu sumérien Utu et François Rebsamen l'actuel maire de Dijon.
Le premier, dieu-soleil et augure à Babylone, dénonçait en pleine lumière les turpitudes humaines (1) ; le second, fidèle à l'oracle, s'est entretenu cette semaine de probité politique avec le Garde des Sceaux (2) :

Utu, le Dieu-Soleil en Mésopotamie,
est garant de justice. Il relègue, bannie,
la nuit de turpitude où l’âme se corrompt.
Depuis quatre mille ans, se mirait à son front
le chatoiement d’un foie apprêté de moutarde.
Ce matin décrypté, l’haruspice nous tarde !
Phylactère traduit — doré de badigeon —
d’un bas-relief pieux : « L’Échevin de Dijon
ne mentira jamais ; pour preuve le bonhomme
répète ma leçon en code palindrome. »
=> En Rebsamen Utu tu ne m’as berné. <=
                        

(British Museum)




(1) Utu le sumérien s'appelait Shamash en akkadien, encore šmš (sic) dans l'alphabet araméen qui zappe les voyelles dès l'Antiquité : mdr ! Ci-dessous réécriture rimée, d'après traduction par M.-J. Seux du "Grand Hymne à Shamash" :

(...)
De qui trame un méfait tu rogneras l’ergot ;
du marchand intrigant saisiras le magot.
Tu claquemureras l’édile corruptible,
prévarication vaudra d’être la cible
que pointent tes rayons d’un juste châtiment.
Mais qui secourt le faible, indubitablement
se concilie Utu, valorise sa vie.
Qu’un probe magistrat, lors qu’il te sanctifie,
sauvegarde tes lois
et loge auprès des rois !
(...)

(2) Nos sceaux anti-piston n'ont rien de neuf : en Mésopotamie déjà des sceaux-cylindres servaient à circonscrire les prérogatives des dieux et du pouvoir. On les appliquait sur une surface d'argile fraîche, à la mode d'un rouleau à pâtisserie. Une fois séchées, les galettes-gazettes étaient diffusées : au sommaire édification du peuple, mais aussi mise en garde des élites. Le petit (3,3 cm) sceau-cylindre d'Utu-Shamash alias šmš est conservé au Louvre ; on y voit le dieu rayonnant pourfendre les ténèbres avec un stylet.

              

Amer ciboire

.

À merci boire ! avis de sirène détruite.
Long le tabou, cantique amer, ciboire à vis...
où soupeser faufils ? L’onglet à bouc antique ?
Désiré né de truite ou soupe-serf au Fils ?

Répartition des hémistiches :
A - D’
B - A’
C - B’
D - C’
où, sauf les accents, A & A’ ont la même orthographe, mais aucun mot commun superposé.
Idem de B & B’, C & C’, D & D’. .



Variante 1 :

L’âme ciboire, avis de vin tonsuré toc,
au vantail du resto clame-ci boire à vis.
J’observe pi, faufil sauvant ail, dur estoc...
devint-on suret oc ? Job serve pif au fils !

Ci-dessus, vers 2 et 3, la césure décalée entre "hémistiches" gomme exprès les rimes internes. De même la prononciation distincte de "avis" et "à vis".
Seule la proximité "estoc" avec "oc" déroge à la prosodie classique. Il y a des solutions :
"aura broc" = "au rab roc",
"-don croc" = "donc roc",
"resto c-" = "-r estoc" (cf. distique ci-dessous). .



Variante 2 :

Le souci : boire avis, céleri pour estoc,
celé ripou resto, clés ou ciboire à vis...

.



Variante 3 :

Cep à Ra dis-je suite ? Oc revit, alité,
ogre en fer. Ô cité, ce paradis jésuite,
désir en eau détruite, ô green férocité,
ocre vitalité de sirène, Aude, truite...

Strophe isocèle.
Premier vers, "revit" = verbe revoir.
Vers 4, l’Aude : rivière au pays de Jacques Roubaud. .



Variante 4 :

Caméra clap ou belle on usurpa radis.
Ose ; il le cèle ris ça me racla poubelle,
mou rutabaga telle oseille-céleris...
ONU sur paradis mourut à Bagatelle.

.



Contrainte voisine :

Parle ton duc, Alice :
broc-olifant astique
mat outillage, nouille...

Par le tondu calice !
Brocoli fantastique,
matou Till agenouille.

Les vers 1-4, 2-5 et 3-6 ne sont point vraiment holorimes, mais d'orthographes identiques sauf les accents.

Pareilles contorsions peuvent sembler gratuites ? J'y vois l'insensée conformation de nos mots produire plein d'images à potentiel colossal, poétique ou narratif ; cf. Raymond Roussel...

Vrac

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