Le blogue de Robert Rapilly

Katrainbours d'histoire-géo

.

Masaï a chargé le baudet
bât de livres qu’il décode et
sur la montagne où se cultive
ravalera toute invective

Qui lit mange haro
De standard jamais n’en fut qu’un
zéro dix-huit delà du mètre
Nabuchodonosor à naître
parut poupon américain

Baby l’aune
Because it’s there – le pari
intime à George Malory
nonobstant de neige froidure
et même mort le rêve dure

Les vœux restent

Post-scriptum, 3 katrainbours ferroviaires :

Dans un compartiment débile
du rapide Paris-Granville
ce voyageur qui joue aux dés
se flatte les avoir bordés

L’hagard ceint l’hasard
Dément parmi les ahuris
en partance depuis Paris
sur le ballast il débarrasse
les bagages du train d’Alsace

L’hagard déleste
Le passager enclin au spleen
se désole quand il décline
Bordeaux Limoges et Toulouse
triste inventaire fichu blues

L’hagard d’austère liste

L'hélichrysum de Harry Mathews

À supposer qu’on me demande un trait de caractère peu commun de Harry Mathews, j’objecterais que la question est trop ouverte, tant – examinant son regard, sa démarche, son français parfait et totalement américain, ses silences où bouillonnait quoi ? un alambic réfléchissant – l’homme n’avait rien, non rien de rien qui fût commun : resserrons donc le critère, qu’on me demande un trait de caractère carrément insoupçonnable de Harry Mathews... je répondrais alors quelque chose de première main, sa passion de l’hélichrysum, fleur dont il s’est longuement entretenu avec Christiane Vernay dans notre jardin à Lille le soir du 2 juin 2012, au point de ressortir un moment de la maison pour examiner un premier massif, côté rue celui-là, puis de rentrer s’asseoir auprès de l’hélichrysum principal, proximité complice, peinarde aurait-on pu croire jusqu’à ce qu’un cri collectif n’interrompe la fête « Harry s’est brisé le cou ! Harry s’est fracassé le dos ! » à quoi l’intéressé, quasi au sol mais en sustentation de quelques centimètres, enveloppé des branches bienveillantes de l’hélichrysum, finit par répondre non pas du tout, je vais très bien, aidez-moi simplement à me relever, un verre de blanc et hop que nos douces agapes reprennent dans la nuit – nuit depuis laquelle le bouquet presque arborescent conserva visible l’empreinte du dos indemne de Harry ; à propos, connaissiez-vous l’autre nom de l’hélichrysum : immortelle dit-on.

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Pantoum d'Abipone Lules

Pantoum (ou pantoun) d'Abipone Lules –

Lules franchit l’empirique sentier
Sur l’arbrisseau médicinal on plane
Rappel au temps où n’en coûtait d’aimer
Or la pilule est suave pétale

Sur l’arbrisseau médicinal on plane
Rien qu’une image offre y voir le sorbet
Or la pilule est suave pétale
À seule fin d’afficher beau sang-froid

Rien qu’une image offre y voir le sorbet
Frapper d’un mot les livres et le monde
À seule fin d’afficher beau sang-froid
Alors montré dans La Dernière Mode

Frapper d’un mot les livres et le monde
Rythme d’accord l’âme au chemin de fer
Alors montré dans La Dernière Mode
Nomade reps en son galbe d’honneur

Rythme d’accord l’âme au chemin de fer
Panne du train pour ballast une liane
Nomade reps en son galbe d’honneur
Calme les maux par suc de ce feuillage

Panne du train pour ballast une liane
Lules franchit l’onirique sentier
Calme les maux par suc de ce feuillage
Rappel au sol où n’en coûtait d’aimer

         

De même enfin toujours change le pacte
          L’éternité se drape sociable

Contrepantourime

.

Leur silence d’alevin
ne souffle aux cinémas que stupeur œil de pieuvre
et garde la couleur s’il en céda le vin
soustrait d’encre hier la preuve.

Masques-tu peur œil de pieuvre
quand vertical filon ce métal a fondu
cependant tu l’absous trait d’encre hier la preuve
par le maigre résidu.

L’once métal a fondu
retour en minerai d’un crépuscule d’ocre
à l’horizon d’espar le maigre résidu
mer ni vague médiocre.

Rai d’un crépuscule d’ocre
la nuit efface l’or son journal n’est bavard
sauf d’abîmé steamer ni vague médiocre
raz en sursis du hasard.

Or son journal n’est bavard
fors un grand fait divers laquelle ressemblance
suspendue ondoiera zen sursis du hasard
dé qu’un dithyrambe lance.

Vers laquelle ressemblance
la livide couleur silence d’alevin
subterfuge codé qu’un dithyrambe lance
leur sil en céda le vin.

.

Nicolas Graner est l’auteur d’une précédente hybridation pantoum et contrerime, laquelle révélait une ingénieuse trouvaille : il a repris les premiers hémistiches vers 2 et 4 d’une strophe N pour en faire les vers 1 et 3 de la strophe N + 1. Voilà comment adopter un schéma de rimes embrassées en pantoum sans se cantonner aux -ige & -oir de Baudelaire dans Harmonie du soir.

L’esquisse ci-dessus – premier jet qui risque révision à tout moment – n’innove pas quant au schéma de rimes, puisqu’elles sont croisées à la mode de Leconte de Lisle. La nouveauté réside ailleurs : pour accentuer le vertige rythmique inhérent à la contrerime, les vers 1 et 4 sont impairs = 7 syllabes, d’où un jeu d’homographies autour de la césure des alexandrins. Exemple :

retour en minerai / d’un crépuscule d’ocre = 12
              rai   d’un crépuscule d’ocre =  7

La règle en pantoum occidental veut que le dernier vers du poème répète le premier. Elle est ici doublée d’un enchaînement possible "da capo".

Post-scriptum – Nouvelle contrepantourime à rimes embrassées, en 8/12 celle-là, et selon le premier principe de Roubaud. Le dédicataire en serait Leconte de Lisle, visionnaire, précurseur de la contrerime et du pantoum en français.

Accommodons distinct standard,
la forme fixe du pantoum depuis Banville
avec la contrerime, un style
qu’ourdit Paul-Jean Toulet ; misaine, vigie, art.

La forme fixe du pantoum :
cet entrecroisement rimé d’un double thème.
Qu’ourdit Paul-Jean Toulet ? Misaine
de l’isle que le mètre y compte au gré du zoom.

Cet entrecroisement rimé
de sons et de sujets séduit autant Leconte
de Lisle que le mètre y compte
des syllabes en moins pour prime, soulte, acmé...

De sons et de sujets séduit,
qu’on embrasse à la fois pantoum et contrerime,
des syllabes en moins pour prime ;
accommodons jumeaux le douze avec le huit.

Contrerimes

La contrerime, invention de Paul-Jean Toulet, est un quatrain dont on aura déséquilibré le rythme, dissymétrie appliquée aux vers partageant la même rime. Quelques illustrations ci-dessous, la première inspirée de Michelle Grangaud.

Je vais être veuve
des jours anciens et je pleure.
Celui qui pense possède
un sombre mystère.

Force élémentaire
implique sa preuve.
Celui qui pense possède
une aile de ma demeure.

Avant les assauts ton heure
traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

On aura reconnu un centon, par ordre d’apparition : Saki, Verlaine, Grangaud, Ducasse, Rilke, Claudel, Pétrarque, Blok. Principalement deux formes ont été ici combinées, quatrine et contrerime :

assonances /  nb syllabes
A A B B    /   5 7 7 5
B A B A    /   5 5 7 7
A B B A    /   7 5 7 5

D'après Mallarmé dans un rapport de 4/12 :

La flamme extrême
occident de désirs pour la tout déployer
se pose (je dirais mourir un diadème)
vers son foyer.

Mais vive nue
l’ignition du feu toujours intérieur
originellement la seule continue
dans l’œil rieur.

Une diffame
celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
rien qu’à simplifier avec gloire la femme
par son exploit

de doute écorche
ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche.

Enfin une hybridation de quatrine et de contrerime en 8/6 syllabes. Selon le premier principe de Roubaud, le texte présente la contrainte en s'y soumettant lui-même. Le vers 3, immuable en quatrine, est emprunté à l'inventeur de la contrerime Paul-Jean Toulet :

La rime plate de quatrine
vaut-elle en contrerime
que l’océan trempe de pleurs
un naufrage de peurs ?

Habile écueil ces peurs
dans quoi manœuvre la quatrine
que l’océan trempe de pleurs
cap sur la contrerime.

Toulet – par contrerime
pilote de nos peurs
que l’océan trempe de pleurs –
déroute à bon port la quatrine.

Épatante caractéristique décidément des quatrines qui riment : épuiser les 3 dispositions plate, croisée, embrassée.

Le système ancienne

Honte au blogueur qui écrirait des trucs et des machins partout, mais n'afficherait rien depuis des semaines dans la vitrine de sa propre boutique, ici même ! Autrement dit, honte à moi.

Car, au contraire, on me retrouve chez Zazie Mode d'Emploi :
- à Bruxelles pour un reportage
- ou à Lille avec l'accouplement littéraire ci-dessous, exécuté lors d'un atelier d'écriture animé par Martin Granger :

– LE SYSTÈME ANCIENNE –

Un épisode constitutive a été soustraite des manuels françaises, et très incongrûment, des grammaires contemporains. Ce précis audacieuse en réactive la mémoire hélas proscrit, à l'époque lointain des philologues les plus savantes qui ont précédé la trop bien-pensant Pléiade. Sait-on qu’auparavant l’usage était admise que l’on donnât un genre différente au nom écrite et à l’adjectif correspondante ? On se félicitait alors que le masculin fût féminine, le féminin masculine. Parité fécond, quand l’ancien langue français répandait un vivifiante mélange de chromosomes fructueuses ! Avec "Le système ancienne", l’érudite professeur Olive-Vert exhume une tradition non pas désuet, mais tout prêt à revenir au goût du jour : goût exquise et jour prochaine, n’en doutons point.


S'agissait, on l'aura deviné, de massicoter des couvertures de "Que sais-je" puis, ayant recollé des titres inédits, de commenter les ouvrages chimériques apparus.

Traverse la terre

Depuis Lille, Zazie Mode d'Emploi propose qu'en 2017 l'on réécrive, peigne, chante, danse de 1001 façons ce poème fondu de Michelle Grangaud :

Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

Michelle Grangaud en a extrait les mots d'un poème de Joachim du Bellay, le sonnet XIX des Regrets.
Ci-dessous quelques réécritures que j'ai proposées aux oulipotes lillois.



1) Séquences vocaliques calquées sur le poème de Michelle Grangaud :
A E E A E E
E U I U I E E O E E
A I E E E E U E
avec en filigrane une dramaturgie inspirée du Desdichado.

L’Aède atteste...
Je suis un prince de Bohème
ma Sirène est l’élue.

Çà j’entends l’adresse
des bruits qu’invente Orphée,
plaintes ténébreuses.

Car je me lamente.
Décubitus, tristesse, l’ombre vêt
vanité d’être veuve.

Affres de sans-terre,
mes nuits suintent – mélopées
à cris des sénestres lunes.

Avec le sang de cep
– ce fruit qui presse mon xérès –
la vigne est en fleur zen.

Pampre et marc versés,
Phébus immunisé de rose sent
l’abîme d’enfers cruels.

Damned hélas d’Éden
s’enfuit, sublime, Démosthène.
Raviver femme feue ?

Alceste la Fée
depuis huit scènes s’obère.
Chagrine elle pleure.

Dame Véga terne
ne luit plus, hiberne mortelle.
Jais d’ébène pure.

2) Chaque tercet emprunte ses mots à un sonnet de Mallarmé.

Assigne l’espace.
Qui se souvient se délivre
du sol et du lac.

Sculpte ce granit.
Lui-même triomphait dans
le flot et la nue.

Recueille des pleurs.
Avec le Néant se fixe
le miroir, le cadre.

Écorche une flamme.
Celle qui doute ne pose
vol, astre, ni feux.

Verse cet éclat.
Qui triomphe un peu retienne
l’ombre, le flambeau.

3) Mille traversées, puisque les dix vers 1 s’accordent avec tous les vers 2 ; lesquels dix vers 2 s'accordent avec tous les 3... Or donc, 10 x 10 x 10 = 1000 poèmes potentiels synonymes.

Traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

Parcours la planète.
Tel qui cogite détient
le port, l’océan.

Franchis l’horizon.
Qui raisonne s’approprie
le flux, le halage.

Sillonne le monde.
Quiconque imagine aura
la plage et le large.

Rejoins l’antipode.
À réfléchir on acquiert
l’escale et la course.

Dépasse le globe.
En méditant on maîtrise
et l’onde et le quai.

Transite en tous sens.
Rêver suffit pour avoir
mer et littoral.

Voyage partout.
L’esprit qui spécule embrasse
amont et delta.

Croise aux quatre vents.
Comme on scrute l’on saisit
la grève et les flots.

Explore au plus loin.
En présumer vaut d’atteindre
rivage et rivière.

Sentimenteel gesprek voor Coraline en Bart

Coraline Soulier et Bart Van Loo se sont mariés à Moorsele, Flandre, samedi 16 juillet 2016.
Exercice de style, comment transmuter l'extrême tristesse du Colloque sentimental de Paul Verlaine en épithalame joyeux ? Car heureuses, très, furent les épousailles.
On conservera le découpage épique des décasyllabes = 4 + 6, de même la syntaxe des distiques originaux.
L'anecdote est authentique : j'ai vu Coraline et Bart se croiser la première fois, en juin 2008 sur le Sentier des Jacinthes au Mont-Noir.
Photo Hans Donckers -

Sur le Mont-Noir, premier soleil d’été,
deux êtres ont tout à l’heure monté.

Leurs yeux sont vifs et leurs bouches loquaces,
pays de jeux, kermesses et ducasses.

Chez Yourcenar, premier soleil d’été,
ils s’aimeront : le sort en est jeté.

— La pressens-tu, notre extase future ?
— J’y cours, j’y vole, envoûtante aventure…

— Ton cœur bat-il déjà d’élire Anvers ?
— Idem le tien que bercera Nevers !

— Sais-tu comment, cette exquise romance,
la couronner ? — La nommerons Clémence.

— Ah ! qu’il est bleu le ciel, et grand l’espoir !
— L’espoir vainqueur survole le Mont-Noir.

Tels ils dansaient, ivres tant leurs étreintes
les chaviraient au Sentier des Jacinthes.

.

... d'après Verlaine, les Fêtes galantes :

.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux formes ont tout à l’heure passé.

Leurs yeux sont morts et leurs lèvres sont molles,
Et l’on entend à peine leurs paroles.

Dans le vieux parc solitaire et glacé
Deux spectres ont évoqué le passé.

— Te souvient-il de notre extase ancienne ?
— Pourquoi voulez-vous donc qu’il m’en souvienne ?

— Ton cœur bat-il toujours à mon seul nom ?
Toujours vois-tu mon âme en rêve ? — Non.

— Ah ! les beaux jours de bonheur indicible
Où nous joignions nos bouches ! — C’est possible.

Qu’il était bleu, le ciel, et grand l’espoir !
— L’espoir a fui, vaincu, vers le ciel noir.

Tels ils marchaient dans les avoines folles,
Et la nuit seule entendit leurs paroles.

Quintils de quinines en pays de Breizh

Pour mémoire, le quintil est une strophe de cinq vers, la quinine une permutation en gidouille inspirée du troubadour Arnaut Daniel.

L'accent riboul -

Qu’annonce, lingual son, Merlin du raz d’Hœdic ?
Gigue Armorique, à moins que l’harmonique accord
n’omît d’allumer voix, langue, motif, allure...
L’écho, musicale oust, cria, Léon bruitant :
Bardes ! sifflons un chant geint pour l’accent riboul.

Ainsi, les séries de voyelles ci-dessus sont-elles, vers après vers, rangées en ordre de quinine :

u a o e i
i u e a o
o i a u e
e o u i a
a e i o u

Remarque - Pourquoi ci-dessus "musicale oust" ? Eh bien, dans La cigale et la fourmi La Fontaine écrit oust pour août ; variante oût, mot féminin selon Littré.

À Breitzh crouth -

Hors Dinan chu-chen
n’est crouth. Dinan
sans Merlin, crouth
tut l’Armor. Merlin
prit chu-chen d’Armor.

Ici, la seule série vocalique de chaque vers est ordonnée en quinine :

o i a u e
e o u i a
a e i o u
u a o e i
i u e a o

Pas seulement les voyelles 2 et 3 se répètent en 4 et 5 au vers suivant, mais le mot entier :
Dinan / crouth / Merlin / Armor / chu-chen.

Sur Rodin l'éclat

Patrick Flandrin, dans Pas de fric pour Ange Pitou répète ad libitum une séquence vocalique a-e-i-o-u. Inversons la série en u-o-i-e-a :

Sculptons, s’il est paru, Rodin en hautbois cheap.
Du sosie, amusons l’infernal quolibet :
Fausto n’itéra plus son livre à quotité.
Autorisé, l’album non signé Caruso
nie à quoi, cher Bacchus, l’horrible au froid s’ébat.
(...)

Ça n’est encore pas assez long - de plus faussé par le rythme des vers - pour bien comparer à l’oreille ce que ces deux contraintes jumelles auraient de ressemblant et de distinct. Seuls les mots à voyelle unique ou sans voyelle seraient partagés. Et alors la musique, la syntaxe et l’importance du lexique disponible infléchiraient-elles sensiblement notre perception des séries a-e-i-o-u et u-o-i-e-a ? Question en suspens.

Onzain d’alexandrins à quatre quasi holorimes dissyllabiques internes

Appelons "2", "3", "4" et "6" des fragments d’alexandrins avec césure à l’hémistiche.
C'est facile, un fragment noté "2" compte deux syllabes, "3" = trois syllabes, "4" = quatre, etc.
Cet éventail de subdivisions offre onze répartitions possibles (le signe + marque l’hémistiche) :

2 2 2 + 6 syllabes
2 4 + 2 4
2 4 + 3 3
2 4 + 4 2
3 3 + 2 4
3 3 + 3 3
3 3 + 4 2
4 2 + 2 4
4 2 + 3 3
4 2 + 4 2
6 + 2 2 2

Contrainte supplémentaire : qu’ils se nomment "2", "3", "4" ou "6", tous les morceaux d’un même vers se termineront par deux syllabes holorimes... sauf la consonne d’appui.
Exemple : ballon / baron / basson / bâton.
Voici un prototype dans l’ordre exposé plus haut :

Cadeau qu’à beau carreau tu fixes au caveau,
ta vis sous le tapis tamise le Thalys.

Sage on trouve ça bon du savon de salon,
ragots que des rabots ce fût rare aux Rameaux.

Air salin, vieux satin, sa fin sent le sapin,
le rocker à roller suit Rohmer en Rover.

Ni ballon, ni basson, mais du bâton, Baron :
arc de rotin romain, Rodin sculpte Robin.

Dans ce scénar César brossé par O-Cedar
verse un café, camé, sur ton K-Way carré.

À l’étal tu dépends des dents des gens déments.

Véloésie à Pirou

Départ du Tour de France les 2 et 3 juillet 2016, la caravane passera deux fois à Pirou, berceau de Pirouésie (lire plus bas). Mais déjà, jeudi 9 juin, un prologue littéraire s'y tiendra en présence d’Olivier Salon.

Ça alors ! Agrippée au niveau de la mer, Pirou culmine cependant au classement hors catégorie : sommet poétique de la Grande Boucle. Demandez son avis à Paul Fournel, cycliste émérite et OuLeader (Pdt de l’Oulipo) d’un fameux peloton de poètes qui filent dans la Manche chaque été. Et souvenez-vous des 20 libraires nés à Pirou au XVIII siècle, colporteurs montés puis installés à Paris.

À portée de clocher, en 1960, Raymond Queneau et François Le Lionnais ont inventé ici l’Oulipo, Ouvroir de Littérature Potentielle, sorte d’échappée littéraire fulgurante. Georges Perec en fut un des champions, expert en cyclisme lui aussi et propriétaire d'un petit vélo à guidon chromé.

Eh bien, là précisément où roulera le peloton, un avatar prolifique de l’Oulipo perpétue le bel élan. Ça s’appelle Pirouésie, et tout un peuple poète y participe ardemment, depuis les enfants à l’école jusqu’aux pensionnaires en maisons de retraite. Autour du canton de Pirou, on compose de la poésie dans les maisons et dans les moulins, en courant les rues ou à travers la lande, au faîte du château ou face à l'océan...

Quant au prologue du 9 juin prochain, Olivier Salon et les Oulipiens aiment la contrainte littéraire. Et quand passent des vélos, on écrit des poèmes sur le vélo, parfois sur un vélo, du moins avec un petit vélo dans sa tête. Il y a des sonnets de sonnettes en 14 étapes, des exercices de cycle, des haïkus de pédale, des quatrains d’enfer, des centons de peloton, etc.

Rendez-vous donc, crayon et carnet à la main, le 11 juin à Pirou pour une expérience véloétique inoubliable, aussi vrai que la poésie comme le vélo, il suffit d’une fois pour savoir toute la vie.

..........

Auprès des moutons

Pirouésie n'hiberne pas, Pirouésie hiversifie. Ainsi, pirouètes, avons-nous passé une veillée dans la bergerie de la Cotentine Moderne. Le présent billet s'enrichira les prochains jours de notes et de photographies, au fur et à mesure qu'il m'en arrivera. Pour commencer quelques poèmes lus sur place.

--

BÊÊÊ ! -
Poème de 4 strophes en successivement 1 vers d'1 syllabe, 2 vers de 2 syllabes, 3 vers de 3 syllabes et 4 vers de 4 syllabes :

Bêêê !

Bis bis
brebis !

Sur trois tons
nous comptons
les moutons.

Méchant geôlier,
va délier
le noir bélier
dans ton cellier.

La bergère a baptisé Mandela le noir bélier en question ; lire plus bas « Frissons chez les moutons ».

--

À COMPTE-MOUTONS -

Languissants, éteints, lambins, las,
engourdis sur un matelas
moelleux de chatouilleuse laine,
nous n’endurons aucune peine
à ronronner mille dodos,
un sur le ventre, un sur le dos...
Mais pendant ce temps, la bergère
s’astreint à tondre son salaire :
quand nous, sans souci, les comptons,
elle compte SUR ses moutons.

--

FRISSONS CHEZ LES MOUTONS -
D’après la périlleuse aventure du bélier noir Mandela, à lire sur le site de la Cotentine.

Qui qu’étripe l’oie à Pirou ?
Loup-Garou !
Et qui torture mon bétail ?
Frankenstein !

Qui c’est qui tranche le veau d’or ?
Dark Vador !
Qui pourfend la chèvre et le chou ?
Fu Manchu !

Qui tord mes canards au cardan ?
Gévaudan !
Qui veut immoler Mandela ?
Dracula !

Et qui cruellement a saigné mes bédos ?
Le Saigneur des Agneaux !

--

SÉLÉNET -
On a aussi chanté sur un air connu : allusions à diverses légendes locales, dont celle des oies du château voisin de Pirou ; et morale renversante où - pour la rime - stylo-plume devient plume-stylo.

Au clair de la lune
Petit Patapon
Cherchait une plume
Au dos d’un mouton

Dans les dents du peigne
Patapon trouvait
Certes de la laine
Mais aucun duvet

Au clair de la lune
Patapon part où ?
Dehors dans la brume
Jusques à Pirou

Il faut qu’il y voie
Dame du Château
Geôlière de l’Oye
À plume-stylo

Post-scriptum - Le 4 mars, atelier d’écriture sur les 10 mots 2016 à la Médiathèque de Gouville. Un autre mot que « drache » (pluie battante) nous vient du Hainaut : « bédo » = petit mouton.

Qu’importe la drache
Bien nous abritons
La laine nous cache
Bêlent les moutons

Depuis le prime âge
Tout petits bédos
Cet autre nuage
Nous couve le dos

Généralisation de la courbe de Laffer

« Trop d’impôt tue l’impôt » si l’on en croit la courbe de Laffer, jadis invoquée par Jacques Chirac. Mais alors, qu’en est-il du ski au pays des Soviets, d’un audit à Lascaux, des buses perchées sur les caténaires, du madère livré à la voracité des artiodactyles, du maillon manquant à Darwin, des statistiques urgentes, de la palette d’Henri Matisse ? Suffit de demander, la réponse tient en un katrainbour.

La neige oui mais sans les pistes,
dit Lev Davidovitch Bronstein :
n’embourgeoisons pas le destin
des prolétaires communistes.

Trotski tue le ski -
Addict de l’expertise interne,
le penchant s’avéra fatal
à l’homme de Néandertal
qui supputait en sa caverne.

Troglodyte tue l’audit -
L’on ne sait où, l’on ne sait quand,
désintégrant son propre ancêtre,
le nôtre à coups de casse-tête
a brisé le chaînon manquant.

Cro-Magnon tue le maillon -
Faucher les rapaces c’est grave :
combien ont foudroyé de vols
ces autocars à six cents volts
en déployant leur pantographe !

Trolleybus tue les buses -
Funeste mais non pas frugal,
le camélidé ce satrape
gobe jusqu’à l’ultime grappe
tout un cépage au Portugal.

Dromadaire tue le madère -
Peintre du Cateau-Cambrésis,
il fut frappé pire que noise
des tons de salade niçoise :
tant de couleurs l’auront occis.

Chromatisme tue Matisse -
Goutte-à-goutte un dénombrement
- n’en déplaise au pisse-copie
anti-Chirac ou pro-Tapie -
laisse sourdre un chiffre qui ment.

Prostate tue les stats -

Légume des jours

Suite à Navet, linge, œil de vieux, aventure sans fin depuis 1992, Jacques Jouet a commencé d'envoyer un poème adressé par jour à l'humanité entière. Destinataires par ordre alphabétique dans l'annuaire, d'abord la commune de l'Abergement-Clémentiat dans l'Ain ; une fois l'Ain épuisé, au tour de l'Aisne ; après la France, le Gabon ; etc.
Il y a parfois entorse au protocole, quand des amis de Jacques Jouet (ou encore les amis d'amis qui l'assistent dans cette entreprise surhumaine) reçoivent un poème avant que tombe leur tour. L'espoir luit donc, même si vous vous nommez Zoé Zythum et que vous résidez à Zvishavane au centre du Zimbabwe.
Là tout de suite, trois événements concomitants m'arrivent, en rapport avec le navet et le poème adressé.
1) Bien que je crèche à Lille (59), Jacques Jouet m'a envoyé un poème du jour, à quoi je médite de répondre.
2) Je rencontre chaque semaine les élèves du lycée Anatole France de Lillers, Pas-de-Calais, et je leur ai proposé d'envoyer un poème adressé à tous les habitants de la ville.
3) Enfin, épluchant la soupe hier, je suis tombé sur un singulier navet de l'espèce boule d'or : il a deux toupets, ce qui lui vaut d'avoir échappé à la marmite.
1 + 2 + 3 = deux poèmes et une photo du jour...

Haïku -

navet boule d'or
plus doux que le violet
tiens ! il a deux houppes

Tanka à JJ -

poème adressé
ma réponse se mijote
tu vas poireauter

croque donc en attendant
le portrait du nanavet

Vrac

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