lundi 2 février 2026
Pantoums de syllabes & pantoublets
Dans chaque strophe, appliquons aux syllabes l'ordre où se répètent les vers d'un pantoum : ainsi les syllabes de deux vers successifs suivront le schéma 1234 / 2*4* :
la SOUR san NO SOUR di NO ni di NA ni TÉ NA chan TÉ dor
La source en eaux
Sourdine au nid
D’inanité
N’a chanté d’orIl est cendreux
L'écho retour
Code tourbeux
De bibelotCe bibelot
Bidon l’ôtons
D’onde au tombeau
Hôte aboliBrûlant fardeau
Lampadophore
Imaginons alors une forme nommée "pantoublet", qui tiendrait du pantoum et des doublets de Carroll. Ayant choisi deux mots de 4 syllabes avec un lien fort, par exemple "Décameron" & "Boccaccio". Il s’agira de les relier suivant un schéma syllabique constant 1234 / 2*4* — et pourquoi pas au fil d'une syntaxe intelligible. On s'amusera volontiers à précéder notre pantoublet d’une exégèse burlesque, par exemple un résumé plus long que la version intégrale.
1/ Résumé — S'adressant à sa Muse, Giovanni, illustre écrivain de Florence, s’interroge : comment, telle que nos pages l’ont transcrite, la peste a-t-elle tout consumé, tout pelé ? — Qu’importe, répond la Muse, la splendeur de ce texte résiste dans son enchevêtrement complexe, à la manière de fibres végétales où maintenir et pétrir la boue du monde dont on a fait de l’or !
2/ Texte intégral du pantoublet :
— Décameron, qu’a-t-on rongé, tondu ?
— J’ai tordu beau torchis, Boccaccio !
dé KA mé RON KA ton RON jé ton DU jé TOR DU bo TOR chi bo KAT chi O
Écoutons l’auteur raconter pourquoi il a combiné un rythme syncopé avec un hit de son pote Charles Trenet : — J’y trouve l’apologue à toute âme qui porte secours si l’on a faim.
Georges Brassens :
« Je pense un slam
pendant La Mer
dans L’Auvergnat. »
jor JE bra SINS JE pen SINS lame pen DAN lame AIR DAN love AIR gna
L’orphelin difforme fut plaqué au pilori, un tampon officiel en atteste au son du glas. Celle qu’il aimait y devina la main du Maître des Enfers.
Quasimodo,
zig adossé,
garou scellé,
roula l’écho :
l’Hadès choral
d’Esmeralda.
ka zi mo do zi ga do cé ga rou cé lé rou la lé ko la dess ko ral dess mé ral da
Rugby à 7, Ixore affronte Oryxe. Cette lumineuse transmission de balle vaut-elle essai ou pénalité pour tricherie ? Déjà des couronnes sont tressées au front des vainqueurs.
Lampadophore
passe ou forfait ?
Soudains fétus
d’un septuor !
lam pa do for pa sou for fé sou dun fé tu dun sep tu or
Cher Inconsolé, exposer vos équations ne révèle en rien vos souffrances neurologiques !
Ô Ténébreux,
tes nombres mis
n’ont gémi nerfs,
Gérard Nerval !
o té né breu té non breu mi non jé mi ner jé rar ner val
Pantoublet sur 9 vers ; la succession de syllabes 1234 / 2*4* s'enchaîne d'une strophe à la suivante.
1/ Un poussin squelettique n’a pour s’abriter des frimas qu’une moitié de coquille. C’est injuste.
2/ Ce poussin a perdu son duvet, modeste fourrure à l’inventaire d’un soleil qui tangue indifférent. C’est trop injuste.
3/ Notre poussin s’est réfugié parmi les fagots, à portée d’une chaudière en gueule de dragon. C’est vraiment trop injuste.
Parka paumé
Calimero
L’hiver osseuxVair qu’a semé
Calimero
Liste au rock RâStock à cramer
Calimero
L’hydre rôtit
par ka po mé ka li mé ro li ver o seu ver ka seu mé (...)
Deux quatrains d’inspiration ornithologique, avec pour contrainte supplémentaires que ça rime :
Le pélican
périt quand tout
rie au toucan…
— Ô bec en oud !Bergeronnette,
je m’y nettoie
mine & toilette,
nez, ailette, oie.
le PÉ li KAN PÉ ri KAN tou ri O tou KAN O bè KAN oud ber JE ro NÈT JE mi NÈT toi mi NÉ toi LÈT NÉ zé LÈT oi
La même contrainte syllabique peut s'appliquer à d'autres mètres. Ici des alexandrins encadrent un vers célèbre de Mallarmé. Gilles Esposito-Farèse a proposé de nommer ce protocole "patatoum" « en interprétant abusivement le "pan" de "pantoum" comme le "tout" grec. »
Envers l’Azur autour fixé de vis, cadre au
Vert lazuli tourbeux et divine hydre — ô sceau ! —,
L’aboli bibelot d’inanité sonore,
Bocal bistre et lotus, n’a doté son aurore.
en VER la ZU ro TOUR fix É de VI ska DRO VER la ZU li TOUR beu É di VI ni DRO so la BO li BI beu LO di NA ni TÉ so NOR BO kal BI stré LO tus NA do TÉ son NOR or
Supplique des galériens au dieu Poséidon (3e vers de Baudelaire) —
Tes rameurs au départ sont couverts d’eaux grisées,
radars aux tons passés, couleurs d’aubes aînées...
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux,
dans l’urne des tourments glosent tes sombres yeux.
té RA meur ZO dé PA rson COU ver DO gri ZÉ RA dar ZO ton PA sé COU leur DO beu ZÉ né dar DAN ton NEU sé TOU leur GLO beu TÉ né BREU DAN lur NEU dé TOU rman GLO ze TÉ son BREU zieu
Robert Rapilly,
lundi 2 février 2026
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