Dans chaque strophe, appliquons aux syllabes l'ordre où se répètent les vers d'un pantoum : ainsi les syllabes de deux vers successifs suivront le schéma 1234 / 2*4* :

la   SOUR san NO
SOUR di   NO  ni
di   NA   ni  TÉ
NA   chan TÉ  dor

La source en eaux
Sourdine au nid
D’inanité
N’a chanté d’or

Il est cendreux
L'écho retour
Code tourbeux
De bibelot

Ce bibelot
Bidon l’ôtons
D’onde au tombeau
Hôte aboli

Brûlant fardeau
Lampadophore




Imaginons alors une forme nommée "pantoublet", qui tiendrait du pantoum et des doublets de Carroll. Ayant choisi deux mots de 4 syllabes avec un lien fort, par exemple "Décameron" & "Boccaccio". Il s’agira de les relier suivant un schéma syllabique constant 1234 / 2*4* — et pourquoi pas au fil d'une syntaxe intelligible. On s'amusera volontiers à précéder notre pantoublet d’une exégèse burlesque, par exemple un résumé plus long que la version intégrale.

1/ Résumé — S'adressant à sa Muse, Giovanni, illustre écrivain de Florence, s’interroge : comment, telle que nos pages l’ont transcrite, la peste a-t-elle tout consumé, tout pelé ? — Qu’importe, répond la Muse, la splendeur de ce texte résiste dans son enchevêtrement complexe, à la manière de fibres végétales où maintenir et pétrir la boue du monde dont on a fait de l’or !

2/ Texte intégral du pantoublet :

— Décameron, qu’a-t-on rongé, tondu ?
— J’ai tordu beau torchis, Boccaccio !

dé  KA  mé  RON
KA  ton RON jé
ton DU  jé  TOR
DU  bo  TOR chi
bo  KAT chi O



Écoutons l’auteur raconter pourquoi il a combiné un rythme syncopé avec un hit de son pote Charles Trenet : — J’y trouve l’apologue à toute âme qui porte secours si l’on a faim.

Georges Brassens :
« Je pense un slam
pendant La Mer
dans L’Auvergnat. »

jor JE   bra  SINS
JE  pen  SINS lame
pen DAN  lame AIR
DAN love AIR  gna



L’orphelin difforme fut plaqué au pilori, un tampon officiel en atteste au son du glas. Celle qu’il aimait y devina la main du Maître des Enfers.

Quasimodo,
zig adossé,
garou scellé,
roula l’écho :
l’Hadès choral
d’Esmeralda.

ka   zi   mo  do
zi   ga   do  cé
ga   rou  cé  lé
rou  la   lé  ko
la   dess ko  ral
dess mé   ral da



Rugby à 7, Ixore affronte Oryxe. Cette lumineuse transmission de balle vaut-elle essai ou pénalité pour tricherie ? Déjà des couronnes sont tressées au front des vainqueurs.

Lampadophore
passe ou forfait ?
Soudains fétus
d’un septuor !

lam pa  do  for
pa  sou for fé
sou dun fé  tu
dun sep tu  or



Cher Inconsolé, exposer vos équations ne révèle en rien vos souffrances neurologiques !

Ô Ténébreux,
tes nombres mis
n’ont gémi nerfs,
Gérard Nerval !

o   té  né   breu
té  non breu mi
non jé  mi   ner
jé  rar ner  val



Pantoublet sur 9 vers ; la succession de syllabes 1234 / 2*4* s'enchaîne d'une strophe à la suivante.
1/ Un poussin squelettique n’a pour s’abriter des frimas qu’une moitié de coquille. C’est injuste.
2/ Ce poussin a perdu son duvet, modeste fourrure à l’inventaire d’un soleil qui tangue indifférent. C’est trop injuste.
3/ Notre poussin s’est réfugié parmi les fagots, à portée d’une chaudière en gueule de dragon. C’est vraiment trop injuste.

Parka paumé
Calimero
L’hiver osseux

Vair qu’a semé
Calimero
Liste au rock Râ

Stock à cramer
Calimero
L’hydre rôtit

par ka  po  mé
ka  li  mé  ro
li  ver o   seu

ver ka  seu mé
(...)

Deux quatrains d’inspiration ornithologique, avec pour contrainte supplémentaires que ça rime :

Le pélican
périt quand tout
rie au toucan…
— Ô bec en oud !

Bergeronnette,
je m’y nettoie
mine & toilette,
nez, ailette, oie.

le PÉ li  KAN
PÉ ri KAN tou
ri O  tou KAN
O  bè KAN oud

ber JE ro  NÈT
JE  mi NÈT toi
mi  NÉ toi LÈT
NÉ  zé LÈT oi



La même contrainte syllabique peut s'appliquer à d'autres mètres. Ici des alexandrins encadrent un vers célèbre de Mallarmé. Gilles Esposito-Farèse a proposé de nommer ce protocole "patatoum" « en interprétant abusivement le "pan" de "pantoum" comme le "tout" grec. »

Envers l’Azur autour fixé de vis, cadre au
Vert lazuli tourbeux et divine hydre — ô sceau ! —,
L’aboli bibelot d’inanité sonore,
Bocal bistre et lotus, n’a doté son aurore.

en  VER la ZU   ro   TOUR fix É  de VI  ska DRO
VER la  ZU li   TOUR beu  É   di VI ni  DRO so
la  BO  li BI   beu  LO   di  NA ni TÉ  so  NOR
BO  kal BI stré LO   tus  NA  do TÉ son NOR or



Supplique des galériens au dieu Poséidon (3e vers de Baudelaire) —

Tes rameurs au départ sont couverts d’eaux grisées,
radars aux tons passés, couleurs d’aubes aînées...
Dardant on ne sait où leurs globes ténébreux,
dans l’urne des tourments glosent tes sombres yeux.

té  RA  meur ZO  dé PA    rson COU  ver DO  gri  ZÉ
RA  dar ZO   ton PA sé    COU  leur DO  beu ZÉ   né
dar DAN ton  NEU sé TOU   leur GLO  beu TÉ  né   BREU
DAN lur NEU  dé  TOU rman GLO  ze   TÉ  son BREU zieu