Ian Monk
Souvenir d’il y a quinze ans, un atelier de Ian Monk avec Zazie Mode d’Emploi en classe de seconde, lycée Pasteur à Lille. Il s'adresse à une assemblée bigarrée de jeunes gens plus ou moins punks, gothiques ou rangés des vélos. La consigne est dite doucement, quelques mots précis comment écrire un autoportrait en forme de morale élémentaire à la Raymond Queneau : nom-adjectif / nom-adjectif / etc.
De quoi hurler à l’épouvantable raideur oulipo-mécanique ? Eh bien, le résultat vibrera aussi sensible que la vraie vie, quoi ! Lectures gratifiées d’une écoute bienveillante, et Ian qui nous entraîne à applaudir chaque prise de parole. Un mois plus tard l’enseignante écrira n'avoir jamais connu de classe aussi soudée, tous ensemble punks, gothiques et rangés des vélos.
Quels secrets en ce protocole d'humanité et de pédagogie ? La gauche grâce du bonhomme Ian, sa précaution méticuleuse de la parole et du geste, en conscience ici que l’écriture touchait à la fragilité adolescente. Pour conséquence, les récits de vie s'imposent en actes glorieux. Ian animateur de l’atelier n’élude pas les cicatrices de son propre autoportrait, qu'il lit en premier pour exemple, membre parmi les autres d’une commune poétique en mouvement.
Quelque chose de fatalité britannique, j’ai souvent perçu une résonance de Dylan Thomas en Ian, "Plouk Town" répondant à "Portrait of the artist as a young dog". Ci-après, une villanelle imitée de Do not go gentle into that good night.
N’y sombre pas si douce soit la nuit
l’âge irradie il s’insurge du terme
enrage rage à fixer ce qui luitL’usage — quoi — cède l’ombre au dépit
mais quelle allure et quel éclair du verbe
t’ont vu passer sans frousse dans la nuitHomme de bien l’ultime souffle bruit
de Fives grise à Laugharne anse verte
enrage rage embrase ce qui luitTiens aujourd’hui le soleil il s’enfuit
puis le bistrot singe au néon sa geste
un virtuose œuvre eh ! billard la nuitDelà silence où la noirceur instruit
la balistique en ton œil étincelle
enrage rage à brandir ce qui luitEt toi Ian Monk loin d’où rien ne s’ensuit
bénis ou non nos larmes ma prière
surtout ne sombre asservi dans la nuit
enrage assez que passe la lumière
Robert Rapilly, samedi 27 septembre 2025, à 12:33 [in Épitaphes] Aucun commentaire - aucun trackback
