jeudi 23 juillet 2026
Sélénépouvantable vs sélénaimable
Gilles Espositio-Farèse a aussitôt inventé le sélénaimable en réponse à ma proposition de "sélénépouvatable" sur la liste oulipo. Il s'agit d'exercices de style selon une double contrainte, formelle et sémantique : dans un gabarit de sélénet, insuffler l’horreur à de joyeuses chansons enfantines (sélénépouvantable), ou au contraire offrir une fin heureuse aux histoires cruelles (sélénaimable). Voyons voir ce que ça peut donner...
Suite sélénépouvantable — 1 — Le meunier somnole Ça n’est pas malin Le souffle d’Éole Brise son moulin Encore il roupille Comme un estivant La trombe éparpille Son moulin au vent 2 — Au clair de la lune Passons un garrot Pour piquer sa thune Au cou de Pierrot Dans la chambre forte Il cache ses ronds Dis-lui qu’il les sorte Sinon nous serrons 3 — Tu dors Frère Jacques Et c’est énervant Quand ta tête à claques Ronfle et fait du vent Avant les matines Nous t’éveillerons À coups de bottines À coups de clairons 4 — La Mère Michèle A perdu son chat Du haut d’une échelle Elle crie et choit Celui qui la pousse Père Lustucru Le même détrousse Son chat disparu 5 — Quand il pleut bergère Rentre ton troupeau Pas dans ma chaumière Ou j’y fais la peau Crotte de biquette M’enfin souille-t-on Ma blanche moquette Au suint de mouton 6 — Le cadet Rousselle Qu’il a deux prisons Tranche une rondelle D’ers aux limaçons À sa prisonnière Il sert du fumier Et des vers de terre À son prisonnier 7 — Gentille alouette Je te plumerai À la mitraillette La tête au carré Sonnent les enclumes Cognent les maillets J’écrase tes plumes Sur tes œufs brouillés 8 — En prison à Nantes M’étrangle un collier Serrures blessantes Les clés au geôlier Sa fille jeunette À qui j’étais cher M’a tranché la tête Pour me détacher
Comptine — Au plafond j’accroche Un petit cochon Un cochon de poche Gros comme un pigeon J’arrache une plume J’arrache un duvet Il pond une enclume Il pond un rivet
Suite sélénaimable — (d'après la Chanson d'automne de Verlaine) 1 — Arrive l’automne et ses mirlitons, hop ! je me bidonne au son des flonflons. Tant d’humeur drôlesse dispense à mon cœur onguents d’allégresse, baumes de vigueur. 2 — Lentement j’inspire, ma joue a rosi, je suis tout sourire et l’automne aussi. Que l’horloge sonne et que sonne encor l’heure qui moissonne demain les blés d’or ! 3 — L’eau-de-vie est forte, puissant l’élixir par où me transporte l’aile du zéphyr. Que l’automne veuille que je vole en vrai, pareil à la feuille au reflet cuivré !
Deux fables sans morale — 1 — Le Mouton immonde pissait et bavait en amont de l’onde où le Loup buvait. Ysengrin s’insurge, à quoi l’importun répond : Je me purge... puis lâche un crottin. 2 — J’ai pris son fromage, mais de quoi rit-il, ce Corbeau ganache ? s’étonne Goupil... ... qui mord au plastique d’un faux camembert ! L’effet pneumatique chante du Schubert.
Conte de crimes — 1 — Blanche-Neige at home se fait des cheveux : sa tarte à la pomme attendrit Grincheux... De Prof, psychiatre, ce diagnostic : faute à la Marâtre et son arsenic. 2 — Blanche-Neige est nue dans son dressing-room. Qui donc éternue ? Ce voyeur d’Atchoum. Il a froid : « Que n’ai-je la couette à Dormeur ; ni toi, Blanche-Neige, un plaid en mohair ! » 3 — Joyeux et Timide : l’un fut naufragé, l’autre gras du bide de l’avoir mangé. Conte lamentable, sauf que sans Joyeux, un de moins à table c’est avantageux. 4 — Menton en galoche et voix de fausset, Blanche-Neige est moche, son Miroir le sait : « L’âge t’empoisonne, le fruit s’est gâté, range ta couronne, Reine de beauté ! » 5 — Toc toc ! Blanche-Neige sursaute : « J’ouïs comme un sortilège qui martelait l’huis. Sûrement mon Prince, l’amour ça me plaît, çui pour qui j’en pince... zut, c’était Simplet. »
Robert Rapilly,
jeudi 23 juillet 2026
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