mercredi 15 avril 2009
Espèce de jeune chien à la frontière
(...)
Il sortit alors et s'avança, passa sous la barrière de bois inclinée qui marquait la limite imaginaire du no man's land ; cela suffit à tout changer, et jusqu'au paysage même : c'étaient le même air, la même terre, la même poussière, mais plus tout à fait la même lanterne dans son anneau rouillé, dont la lumière falote tombait sur des tas de briques autrement calibrées, autrement cuites, qui jadis avaient été des maisons, pas tout à fait les mêmes maisons où d'autres humbles, obscurs citadins de la misère avaient vécu, avaient aimé, avaient rompu un pain de forme différente, mais eux aussi étaient morts après avoir toujours perdu.
(d'après Georges Perec « Espèces d'espaces » & Dylan Thomas « Le beau samedi », dernier paragraphe)
Robert Rapilly,
mercredi 15 avril 2009
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