dimanche 3 novembre 2013
Océan perdu
.
Pirouésie juillet 2013 / Gravure à fond perdu & poésie par caviardage / Atelier Fanny Bizien, Marie Vilain, Robert Rapilly / Photos Chantal Danjon
1) Extraire un paragraphe d’un livre que l’on aime, par exemple – à supposer qu’on se trouve à Pirou, l’Atlantique après la Manche au bout de l’horizon – quelque chose dans la strophe 9 du Chant 5 de Maldoror ; dactylographier le texte au bas de 5 feuilles de papier gravure numérotées 0, 1, 2, 3 et 4 :
Vieil océan de cristal, tu ressembles à ces marques azurées que l’on voit sur le dos meurtri des mousses ; tu es un immense bleu sur le corps de la terre : j’aime cette comparaison.
2) Découper une plaque rectangulaire de linoléum à dimensions convenables ; enduire la surface vierge d’encre très, très claire ; presser tour à tour les 5 feuilles de sorte que – quasi blanc sur blanc sauf la zone du texte – un effet analogue au carré de Malevitch ajoute du vertige au regard à venir.
3) Retirer la feuille 0 du lot.
4) Caviarder quelques mots du texte, identiquement sur les feuilles 1, 2, 3 et 4 ; on pourra comme ci-dessous préférer l’encre pâle au traditionnel caviar :
Vieil océan , tu ressembles à ces marques azurées sur le dos meurtri des mousses ; immense bleu sur le corps de la terre .
5) Creuser un peu la surface de la plaque de lino à l’aide d’une gouge, selon l'intention de l'œil plasticien, puis presser 1, 2, 3 et 4 sous l’encre assez claire – jaune d'habitude.
6) Ranger la feuille 1 à côté de 0.
7) Caviarder à nouveau le texte, en se limitant cette fois aux feuilles 2, 3 et 4 ; parallèlement creuser davantage la plaque, puis imprimer d’une couleur moins claire – rouge impeccable.
Vieil océan , tu ressembles à ce dos meurtri des mousses ; bleu sur le corps de la terre .
8) Ranger 2 à côté de 1 et 0.
9) Renouveler le protocole en retirant à chaque fois une feuille du jeu, et en fonçant les encres : après jaune et rouge, le bleu aux feuilles 3 & 4…
Vieil océan , dos meurtri des mousses , bleu de la terre .
10) … puis l’encre noire finale et fatale sur la seule feuille 4 :
Vieil océan meurtri de la terre .
11) Accrocher la série et apprécier cette progression symétrique entre gravure & poésie : l’image s’enrichit à mesure que le texte s’épure.
Robert Rapilly,
dimanche 3 novembre 2013
[In Vrac] 5 commentaires
- aucun trackback