Le blogue de Robert Rapilly

Dans « L'Histoire poèmes » de Jacques Jouet

« Pour Évariste Galois » côtoie tout seul la suite fulgurante des 226 poèmes dans «L'Histoire poèmes » de Jacques Jouet.



À supposer – anneau, corps cryptographié – que l’Histoire suspende au 31 mai 1832 poème en acrostiche, Évariste Galois descendrait hasardé en une voie insolite, où dériver console de l’imposture scolastique : gracieux au contraire rechercherait quoi que ce soit en des directions nouvelles, abolirait d'opacité l’antique leçon, éclairerait les circonstances de demain et – vertiges des résonances – prônerait l’analyse de l’analyse, croîtrait au cœur de la mathématique qui croîtrait en son cœur et le monde, fustigeant la concurrence c'est-à-dire l'égoïsme mais s'empressant de partager la moindre observation pour peu qu'elle soit nouvelle, jamais dissimulant la difficulté invaincue ; alors


Évanouir pourtant déchiffrer ce mémoire
vaste abyme à tes pieds géomètre élégant
afin que le matin en relève le gant
resté là sur le pré dont blanchit ton déboire

isoler parmi l’heure aux hélices d’ivoire
survie imaginaire à trouver profit quand
ton apparition n’advînt plus reléguant
en un vierge héros qu’attente de l’histoire

Galois il est tombé parmi l’herbe Galois
après ça pour jouet qu’espace des exploits
livre plus précieux « je ne sais pas le reste »

où haute et transcendante en rares manuscrits
idéale la nue affiche un manifeste
s’éloigne épars le vol de n’avoir point compris


quoi ? notre aide à la taille d’une vivante ambiguïté.



Sources :
_ Léonce Lesieur : La vie d’Évariste Galois (1811–1832) « Bulletin de l’association des professeurs de mathématiques de l’enseignement public » n°232, bimestriel – 43e année – octobre 1963
_ Stéphane Mallarmé : Toast funèbre, Tombeaux, etc.
_ Jacques Jouet : « À supposer » - éditions Nous 2007

Paysage du Fer

Pavé au sol, brique verticale ; chaussées rutilantes, limites rugueuses. Un plan cadencé par la voirie, des segments de toitures, des reliefs de tuile ; pour frange à ce tissu froncé rouge sang, l’écume des fourneaux ; le long de la rue, une enceinte sans faille ; des cheminées en guise de tours à meurtrières, de distance en distance ; sur tout le faubourg à l’est, un parapet massif, ponctué de chevrons et de gouttières qu’étreint le lierre sous le vent pluvieux, seul assiégeant à craindre avec le Prussien ; tracé du trottoir au détour de moulins démontés, à huile, à blé, à scier les bois ; quelques-uns, au Pavé-du-Moulin, au Bas-Chemin, sur la route de Froyennes, tournaient encore il y a peu ; une flotte de paquebots à l’envers, tranquilles au printemps, rebelles à la tempête ; quelques nefs déjà trop étroites, contre le Mont-de-Terre et le dispensaire des Sœurs-de-l’Usine ; dans le pavage, un réseau de rails ; dans les travées, une fourmilière humaine ; l’ingénieur et le chaudronnier en quête et en travail ; sur la voie bombée, les charrettes des maraîchers et des brasseurs contournant la citadelle ; sous la bourrasque des façades noires ; présence de coqs, poules et même fumier, il suffit que la courée laisse vacant un confetti de terrain ; partout des murs cyclopéens ; ceux de l’ancienne usine toléraient le bois en façade et en charpente, urgence oblige d’abriter la production ; désormais puissants poteaux de fer, lourds portails ; granges en périphérie, Rouges-Barres qui superposent brique et pierre de Lezennes ; champs grignotés d’année en année, l’ancienne ferme dite « de Louis XIV » bientôt alignée à la nouvelle rue de Lannoy ; çà et là, un rempart autour d’un bosquet, le lustre d’une maison bourgeoise adossée au magasin prospère ; à l’ouest no man’s land potentiel, huttes noires goudronnées, baraques en torchis à voligeage, cabanes bonnes à se coucher sous la mitraille ; parfois, dans la rue la plus sombre, un bâtiment neuf, adossé à une vaste cour ; impeccable symétrie pour diviser l’école des filles et des garçons ; deux ou trois ruisseaux au fond des parcelles ; une maison réputée du XVIe siècle, la dernière debout qui fut bâtie non mitoyenne, enserrée depuis, pignon pointu à bardage vertical en façade ; dans la saison des labours, d’occasionnelles charrues à chevaux de race boulonnaise, on évite maintenant la traversée d’une ville ; un alignement chorégraphique devant les maisons, piliers caténaires du récent tramway dont la fonte s’envole en dentelle ; parfois par l’entrebâillement d’un portail, un jardin de genre mélancolique et romantique à tilleuls, pins noirs et hêtres pourpres, une grotte d'apparence mystérieuse, un plan d’eau rêveur, un kiosque à musique, un verger, un potager ; et l’exubérant Prieuré où des fleurs d’amateur parsèment un enclos paysan ; des rhododendrons parmi les pommes de terre ; au cimetière une théorie de croix, mécréants et croyants à la même enseigne ; un clocher façon gothique, compère des cheminées par-dessus l’horizon brisé des toits et des pignons ; imitation de vieille église, dogme neuf : le rite médiéval logé dans l’architecture capitaliste ; dans les creux et sur les faîtes, l’énigme européenne éparse sous ses formes diverses, scories, fumées, pigments noirs, chiens-assis au coin de la tuile, balcons ciselés, modénatures pour runes, claires-voies vénitiennes, réclames et chansons, fer et bois, Scandinavie mâtinée d’Espagne . Voilà Fives, voilà Hellemmes. (1)


Sources : Victor Hugo, « L'Archipel de la Manche ». - Souvenirs depuis 1958, explorations in situ, investigations multiples.

(1)
Hellemmes,
kif-kif
idem
que Fives.

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