Le blogue de Robert Rapilly

Caviar !

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Épisode de rare
(c'est plus que jamais vrai à Hénin-Beaumont)
mais intense bonheur le 31 mars 2010...

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Gestomètre en chemin vers le havre de Geffosses

Fouler, semelle sensible vers le havre de Geffosses, de l’herbe sous la plante gauche, la caillasse sous la droite.
Mixer dans la tête deux bourdons, le souffle marin d’ouest et le glissement automobile de la route touristique.
Coiffer, regard horizontal, les graminées au vent.
Peindre mentalement tout ça, chaque zone avec un toucher propre, tiens je n’y avais jamais pensé : un peintre doit non pas balayer, mais brosser du regard le paysage, le tacher ; par exemple ici une touche mauve sur un dripping vert, là un point jaune...

Pincer la corde d’une harpe involontaire, fil de fer épais sur chevalet en piquets à vaches.
Chatouiller du nez des pétales d’exquis colza sauvage.
Mâchouiller le lin défleuri, le jonc maritime, la tige finale des feuilles de phragmite.
Saler le bout de sa langue d’une pointe de salicorne.
Répertorier en chemin le potentiel rimique du mot salicorne : borne, corne, morne...


(20 juillet 2009)

Gestomètre du marcheur rue Ferdinand Mathias à Hellemmes

Rue Ferdinand Mathias à Hellemmes
inventorier regard rivé au trottoir
 croûtons de pain imbibés de sable et de ciment
 liste de courses sur papier bleu plié 
 (chantilly, soupline, œufs, planta, illisible, râpé)
 débris de briques
 plus ou moins gros chiens
 cellophanes de bonbons
 cordon rouge d’emballage cadeau
 sangle de pack d’eau "cristalline"
 carton gaufré de biscuits
 ticket de bus
 pailles en plastique
 kleenex usagé
 emballage de sandwich "pain nordique poulet"
 mégots de cigarettes filtres
 mégots de roulées
 canettes éventrées
 brique explosée de jus de fruit
 dépliant publicitaire "réduction immédiate"

Fouler
 le pavé
 le béton
 les plaques en fonte de Pont-à-Mousson
 les enrobés
 entre quoi d’impossibles brindilles d’herbe 

Penser
 lève les yeux bonhomme
 traverse le long faubourg
 il doit s’y trouver une issue

Longer alors
 le commun des murs
 trait de brique ininterrompu de 2 kilomètres
 3,50 mètres de haut
 rouge sang jadis
 noir sang séché maintenant
 finira-t-il jamais le mur sang

Lire des slogans qu’estompent le temps 
et l’habitude du regard
 OAS
 FLN
 OUI
 NON
 Vive De Gaulle
 CGT
 Grève générale
 Ne travaillez jamais
 Mange ton maître
 Vive Mesrine ange de pureté
 Défense d’afficher

Flotter au-delà du vague, du gris, du médiocre

Aider l’hydre à vider son brouillard

Lever les yeux
 comme précédemment dit
 comme l’émeute affamée jadis ici même

Suivre la ligne d’horizon hachurée
 de tuiles faîtières
 d’antennes hertziennes
 de fûts de cheminées cylindriques
 de poteaux métalliques
 de chiens assis
 de faîtes de peupliers
 d’un château d’eau pour locomotives à vapeur pacific
 de pigeons
 de lampadaires rouillés
 de plaques de zinc
 de brique et brique encore
 de charpentes en fer

Basculer l’instant venu
 du sol aux nuages
 merveilleux nuages n'est-ce pas

Le gestomètre


Le gestomètre ou comment (d'après approches de quoi, l’introduction de Perec à l'infra-ordinaire) mesurer nos emplois du temps, en débusquer le banal, l'évident, le commun, l'ordinaire, le bruit de fond, l'habituel ; établir un inventaire d'actes & gestes de la vie quotidienne dans un laps de temps donné ; cerner une séquence de vie, mesurable en minutes ou en heures, décrire chronologiquement nos manières de table, un trajet en ville ou à l'intérieur de la maison, notre usage des outils et accessoires d'atelier ou de bureau, etc.

Écrire à l'infinitif la succession précise des gestes accomplis

S'interdire la première personne du singulier en vertu de l'incisive caractéristique du gestomètre : froideur de l’outil sur l'intimité palpitante

Passer à la ligne à chaque nouvel acte

Se relire une première fois avant d’imiter Jacques Jouet (l’homme qui dédia Navet, linge, œil-de-vieux aux peintres et conforta par ce geste congru mon entêtement chaque soir que je rentrais du travail à appliquer des couleurs à l’huile sur des surfaces de carton, consolation richissime de l’âme qui pacifie les sens et fait des impressions que je ne garantis pas fâcheuses), à savoir choisir dans la chronologie un geste crucial dont l'infinitif se prolongera d'un moment conjugué qui capte tous les affects, comme cette suspension de la semelle du Poète :

rentrer chez soi
accrocher le trousseau de clefs au clou
tomber la veste
accrocher la veste au portemanteau
quitter la première chaussure

quitter la seconde chaussure, enfin ! et là, ce sont des kilos de fatigue que j'abandonne à l'oubli, raison pour laquelle sans doute je considère comme un devoir d'orienter la semelle vers le plafond pour qu'elle ne se trouve pas, encore une fois, en contact avec le sol : son repos à elle

allumer l'ordinateur
vérifier s'il y a des messages téléphoniques
se laver les mains
faire le thé

Lire à voix haute

Recommencer ad libitum jusqu’à explorer les extrêmes, d’une séquence très longue résumée sommairement (naître, vivre, mourir) à un instant fugace détaillé comme au microscope (répertorier la multitude de fonctions biologiques et impulsions psychiques au cours d'une seconde de vie, mais une seconde vie y suffirait-elle ?)

Gestomètres

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