Le blogue de Robert Rapilly

Gestomètre en chemin vers le havre de Geffosses

Fouler, semelle sensible vers le havre de Geffosses, de l’herbe sous la plante gauche, la caillasse sous la droite.
Mixer dans la tête deux bourdons, le souffle marin d’ouest et le glissement automobile de la route touristique.
Coiffer, regard horizontal, les graminées au vent.
Peindre mentalement tout ça, chaque zone avec un toucher propre, tiens je n’y avais jamais pensé : un peintre doit non pas balayer, mais brosser du regard le paysage, le tacher ; par exemple ici une touche mauve sur un dripping vert, là un point jaune...

Pincer la corde d’une harpe involontaire, fil de fer épais sur chevalet en piquets à vaches.
Chatouiller du nez des pétales d’exquis colza sauvage.
Mâchouiller le lin défleuri, le jonc maritime, la tige finale des feuilles de phragmite.
Saler le bout de sa langue d’une pointe de salicorne.
Répertorier en chemin le potentiel rimique du mot salicorne : borne, corne, morne...


(20 juillet 2009)

P.S. / Motet des Archers de Pirou —

À la chasse souvent, les archers de Geffosses
soufflent en leurs appeaux des rengaines si fausses
que les oiseaux fuiront loin du champ de tir… où ?
Delà le havre au nord, dans l’azur de Pirou,
par dix, par cent, par mille et par tant d’affluences
que la nuée ondoie aux confins de Créances.
Alors pleut un gibier, çui qu’on n’a point laissé
déborder sus la Lande et rallier Lessay.
Les archers de Pirou goûtent canards et sauces,
louant d’autres canards : ceux des gars de Geffosses.

Courts poèmes d'été en vrac

érable sycomore
l’ombre est impressionniste

_

orchestre où brait l’âne
bourdon d’outils et moteurs
le mur lui se tait

_

le rat se rappelle
quand il oit un bruit d’égout
le bon goût du son

des signes confus
le bruit d’ode correspond
à l’odeur du buis

_

conseil aux poètes
évitez le coq-à-l’âne
oh... une hirondelle !




Nul fors les esprits purs
des spectres et des anges
ne murmure en nos murs
habités de mésanges

C’est un nid dans nos murs
la maison des mésanges
que franchissent les anges
plumes des esprits purs

Porte close les anges
puisqu’ils sont esprits purs
planent à travers murs
où nichent les mésanges

Les fantômes les anges
prévenants esprits purs
ménagent les mésanges
qui couvent dans nos murs

_

L’hiver en Oregon
flamboie un rouge-gorge
rien n’éteint le dragon
ni le vent ni Saint George




J’en ai mangé des geais
cols jaunes pieds légers
si lestes volatiles
piégés de lacs agiles

Plumé d’un geste adroit
digeste chaud ou froid
jamais ne vis-je un geai
que je n’aurais mangé

_

les marins se gaussent
vastes tourments d’albatros
au poète égaux

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