dimanche 11 décembre 2011
Plagiats
Rap de Chantilly -
Un froid et ténébreux Silence dort à l’ombre,
Charon m’appelle à soi, je suis désespéré.
Haut d’une vieille Tour mélancolique et sombre,
Tel est, grave et pesant, un Amant désolé.
J’ai des luths les plus doux goûté la Mélodie,
Les flots de la Vendange écument au pressoir,
Je vois en gémissant la Maison de Sylvie
Aussi souvent qu’Amour : Soleil devenu noir.
Froides nuits du Tombeau... J’ois Charon qui m’appelle,
Et la rougeur paraît de dire à cette Belle
Où le Flambeau du jour n’osa jamais venir !...
Ici murmureront les eaux - Dryade approche.
L’effroi de l’Achéron m’apporte le Soupir,
Ta bouche n’est qu’aux cris, au creux de cette roche !
Plagiats en cascade, réponse aux Impromptus littéraires.
Plagiat éhonté aujourd'hui, puisque le même sonnet est paru ici le 22 février 2007.
Plagiat déjà ce jour-là d'El Desdichado.
Plagiat qu'alors aurait pu avoir commis Nerval, en recopiant Théophile de Viau...
... car tous les morceaux collés dans le sonnet ci-dessus provient des odes "Un corbeau devant moi croasse", "Satire première" et autres poèmes de Viau.
« El Desdichado » -
Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.
Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.
Suis-je Amour ou Phœbus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la syrène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.
De la « vieille tour » à la « Dryade » (Eurydice était dryade) en passant par le « Soleil noir », ce Rap de Chantilly compile des indices d'une lecture par Gérard de Nerval de Théophile de Viau, antérieure à l'écriture du Desdichado. Sauf quelques majuscules nervaliennes, il s'agit d'un centon puisé exclusivement et sans rajout dans Viau, surtout les 2 odes Un corbeau devant moi croasse & Satire première.
Nerval en effet a rapporté :
« Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami, que j'appellerai, de son petit nom, Sylvain. C'est un nom très commun dans cette province, - le féminin est le gracieux nom de Sylvie, - illustré par un bouquet de bois de Chantilly, dans lequel allait rêver si souvent le poète Théophile de Viau. » (Angélique - 10e lettre)
« (...) Théophile de Viau, dont vous avez décrit les amours panthéistes, - par le chemin ombragé de l'Allée de Sylvie. » (Petits châteaux de Bohême)
Robert Rapilly,
dimanche 11 décembre 2011
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