Le blogue de Robert Rapilly

Vide Kwxyz

Sonnet allégorique d'un autre -

Phaedrus jonglant vermeil qualifie où Baucis
d'Angoisse acquit faveur, jabot lampadophore,
maint brusque et vespéral joug des fers Lachésis,
fonds que Jubal végète en cinéraire amphore,

gomme à fréquents ajoncs, bals huppés, vide Kwxyz,
pudique œuf bibelot juché vain monsignore
(Du bas Maître âge et char vont puiser jonque au fils,
plume et tragique objet ; veuf donc Néant s'honore.)

fors global jaquemart : phare écrivant d'un or
qu'ombre visât jamais camphre ou flagrant décor,
joli chrome voguant, pur feu comblé d'esquisse,

veste puis chagrin flasque, ingambe jade encor
qu'Ohm, dans l'oubli fermé par juste cage, visse
déjà choquant mais fable au vague septuor.

Chaque vers est un quasi-pangramme sauf le premier du second quatrain, qui contient tout l'alphabet y compris KWXYZ, cinq lettres qu'on pourrait croire les plus rares en français.

Or, ayant lu ci-dessus, Gilles Esposito-Farèse m'indique que ce site de statistiques « classe les plus rares dans l'ordre WKZY_J_X (puis HQBFGV), mais les auteurs du Scrabble français ne le savaient pas, et Perec non plus quand il a défini ses règles des belles absentes. D'ailleurs, le Scrabble attribue 3 points au très courant C, alors qu'il n'en donne que 2 au bien plus rare G. »

Le manitou mena l'outil

Sonnet d'antistrophes.

Londres, Channel, Harlow, sigle et billet de train,
l’onde charnelle alors glisse étrier de bain.
Fissure après son cœur, du secret gain de place
suffira compresseur. Sucrez deux pains de glace !

Selon que la révolte a dit temps de cochon,
le son veut la récolte à dix champs de coton.
Les pinces rongeaient l'os, ma truie usante vibre,
l’éponge rince au sel, musa bruyante vitre.

Le Manitou fêlé d’élimés serre-joints
mena l’outil ; l’effet gémit les raides soins
à sirène égoïste, où sa vie implacable

resta scie égoïne, assouvit l’incapable,
sembla perceuse au fil avançant lourd marteau.
Plaçant berceuse il faut l’Avare Ours en manteau.

« La magie ne peut rien contre la mécanique » admet Mandrake entravé sous une sorte de pendule d'Edgar Allan Poe ou de machine à décerveler d'Alfred Jarry. Alors quel super-pouvoir la mécanique ? Prenons le catalogue de Monsieur Bricolage pour sujet d'un sonnet de contrepèteries ; eh bien, ça nous expose à un retour de manivelle puissant et lyrique. C'est que dans « compresseur » tourne « cœur », qu'au cœur de « Manitou » résonne « outil », etc. Hé hé, triomphe de la moulinette poétique.

Anaphonnet

Appelons « anaphonnet » un sonnet dont les vers, en plus de rimer, répètent dans un autre ordre les mêmes phonèmes - soit des contrepèteries, mais trop généralisées pour qu'on les déchiffre à l'oreille. Il n'empêche que ça puisse générer une singulière musicalité, non ?

À récit que blonde
hisse black et ronde,
Athéna l’oint, poire
pointée à la noire.

Bâtir où sa planche ?
soupira ta blanche.
Hop ! modale croche
commode l’approche.

Modèle où biaise
bémol ou dièse,
pâliraient bécarre,
béret, palikare...

La chance si lente,
chante-la silence.

Épitaphe d'Henri-Désiré Landru par Jean-Baptiste Botul

Manuscrit 1922 attribué à Jean-Baptiste Botul / Épitaphe d'Henri-Désiré Landru / Fonds Bernard-Henri Lévy aux enchères de Lairière.

Chaleureux malgré que bourru,
quel amant déclarant sa flamme
fut-il sincère avec la femme
au degré qu'afficha Landru ?

Mais les jurés, gobeurs tout cru
du boniment d'un juge infâme,
décollèrent sous une lame
l'Henri-Désiré qu'ont pas cru.

Basta des marmots & marmite
et morne besogne broyer,
vive Landru le féministe !

Point phallocrate à condescendre,
ni reléguer femme au foyer,
il n'y garda qu'un peu de cendre.
          

Dernier portrait de Botul par Pierrot Labryl, huile sur toile - 1946 / Neue Galerie de Nueva Königsberg

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VOCALISATIONS BIS

Gradation :
sans l'ouvrir, choisir un bouquin lu il y a dix ou vingt ans ;
accomplir, plus ou moins au pif, plagiat d'un folio qui vous marqua ;
puis rouvrir l'opus, ici « La Disparition » où GP imita Arthur Rimbaud.

A noir, (un blanc), I roux, U campan, O smalt : aux
jours prochains nous dirons vos apparitions :
A, noirs bodys poilus d'imagos ou grillons
dont bombina l'attrait puant d'humus brutaux,

fjords obscurs ; (nuls parfums virginaux, aiguillons
d'inlandsis... ni douars, rois blancs, frissons floraux) ;
I, carmins, sang vomi, ris d'affriolants crocs
sous un courroux d'alcools hurlant damnations ;

U, sagas, vibratos divins du lac cobalt,
paix aux pâtis diffus d'animaux, galuchat
qu'imprima l'or au front d'assidus mistigris ;

O, l'absolu Clairon d'un flux divin partout,
soupirs qu'a parcourus Cosmos ou Marabout :
- Ô rayon Omicron, lilas dans Son Iris !

Rimbaud 6666

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Vendredi 13 janvier, une agence de notation a dégradé l'économie française de sa note AAA. Profusion de textes s'ensuit d'inspiration oulipienne, joyeux antidote à l'appauvrissement proclamé ; par ex. Joël Martin sur Mediapart. Présente contribution, le sonnet Voyelles de Rimbaud sans la lettre A ; et, dans l'élan, sans I, sans U, sans O (Georges Perec, cf. La Disparition, s'est déjà s'est chargé du E).

Poker des voyelles
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(Un noir) – E vierge, I rouge, U vert, O bleu : voyelles,
Nous dirons quelque jour vos courses imminentes :
(Rien, noir corset velu des mouches nitescentes
Qui bombillent dessus les essences cruelles,

Golfes d’ombre) ; E, lueurs des fumets et des tentes,
Flèches des névés fiers, rois vierges, vols d’ombelles ;
I, pourpres, lésion, rire des lèvres belles
D’une colère ou des ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Doux les lopins semés de bêtes, douces rides
Que l’hermétisme imprime en nos fronts studieux ;

O, suprême Cornet des strideurs inouïes,
Silences déchirés des Mondes et Génies :
– Ô l’Omicron, briquet violet de Tes Yeux !

Lipogramme en A - Titre + sonnet = gématrie 6666.

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Le quatuor passa rouge vu
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A khôl, E blanc, (sans rouge), U vert, O bleu : voyelles,
Rapportons quelque jour vos genèses latentes :
A, corset khôl velu des mouches éclatantes
Dont bourdonne l’aplomb des puanteurs cruelles,

Golfes d’ombre ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des forts séracs, ducs blancs, spasmes d’ombelles ;
(Nuls pourpres, sang craché, nul son des lèvres belles
Dans la colère ou les voluptés repentantes) ;

U, cycles, tremblements sacrés de mer chartreuse,
Pacte herbager semé de bêtes, pacte où creuse
Ce qu’estampe Grand Œuvre aux grands fronts penchés tard ;

O, suprême Cornet ample d’haros étranges,
Entractes traversés des Mondes et des Anges :
– Ô l’Oméga, rayon mauve de Son Regard !

Lipogramme en I - Titre + sonnet = gématrie 6666.

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Rien ni toi vieil océan d’orient en l'occident
ni rien sans la prairie de septentrion en méridien
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A noir, E blanc, I sang, (verdage), O smalt : voyelles,
Je dirai très bientôt vos naissances latentes :
A, brachycères noirs à gaines éclatantes
Bombinant dans l’abord d’abjections vandales,

Golfes d’ombre ; E, bontés des esprits et des tentes,
Lances des glaciers fiers, rois blancs, frissons d’ombelles ;
I, grenats, sang craché, rire des lèvres belles
Dans la colère et les ivresses pénitentes ;

(Vains cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés de bêtes, paix des rides,
L’alchimie en gommant des grands fronts le scrabble) ;

O, capital Clairon plein des abois étranges,
Silences traversés des Mondes et des Anges :
– Ô l’Oméga, rayon violet de Son Œil !

Lipogramme en U - Titre + sonnet = gématrie 6666.

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Quartet câblé sans timbre bleu
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A jais, E blanc, I brique, U vert, (que du bleu) : timbres,
J’en dirai quelque nuit les naissances latentes :
A, jais du busc velu des diptères à fientes
Qui bruissent par dessus les puantes étreintes,

Spectres d’anse ; E, candeurs des vapeurs et des tentes,
Lances des glaciers fiers, ducs blancs, spasmes sisymbres ;
I, grenats, sang craché, rire des lèvres simples
Dans la fureur et les ivresses pénitentes ;

U, cycles, vibrements divins des mers virides,
Paix des pâtis semés d’animaux, paix des rides
Que l’alchimie imprime aux esprits studieux ;

(Suprême Hélice rien plein des strideurs étranges,
Silences traversés des Sphères et des Anges :
– Eh le Terme, lueur janthine de Ses Yeux !)

Lipogramme en O - Titre + sonnet = gématrie 6666.

Plagiats


Rap de Chantilly -

Un froid et ténébreux Silence dort à l’ombre,
Charon m’appelle à soi, je suis désespéré.
Haut d’une vieille Tour mélancolique et sombre,
Tel est, grave et pesant, un Amant désolé.

J’ai des luths les plus doux goûté la Mélodie,
Les flots de la Vendange écument au pressoir,
Je vois en gémissant la Maison de Sylvie
Aussi souvent qu’Amour : Soleil devenu noir.

Froides nuits du Tombeau... J’ois Charon qui m’appelle,
Et la rougeur paraît de dire à cette Belle
Où le Flambeau du jour n’osa jamais venir !...

Ici murmureront les eaux - Dryade approche.
L’effroi de l’Achéron m’apporte le Soupir,
Ta bouche n’est qu’aux cris, au creux de cette roche !



Plagiats en cascade, réponse aux Impromptus littéraires.
Plagiat éhonté aujourd'hui, puisque le même sonnet est paru ici le 22 février 2007.
Plagiat déjà ce jour-là d'El Desdichado.
Plagiat qu'alors aurait pu avoir commis Nerval, en recopiant Théophile de Viau...
... car tous les morceaux collés dans le sonnet ci-dessus provient des odes "Un corbeau devant moi croasse", "Satire première" et autres poèmes de Viau.



« El Desdichado » -

Je suis le Ténébreux, – le Veuf, – l’Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie :
Ma seule Étoile est morte, – et mon luth constellé
Porte le Soleil noir de la Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, Toi qui m’as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d’Italie,
La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le Pampre à la Rose s’allie.

Suis-je Amour ou Phœbus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la Reine ;
J'ai rêvé dans la Grotte où nage la syrène...

Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :
Modulant tour à tour sur la lyre d’Orphée
Les soupirs de la Sainte et les cris de la Fée.

De la « vieille tour » à la « Dryade » (Eurydice était dryade) en passant par le « Soleil noir », ce Rap de Chantilly compile des indices d'une lecture par Gérard de Nerval de Théophile de Viau, antérieure à l'écriture du Desdichado. Sauf quelques majuscules nervaliennes, il s'agit d'un centon puisé exclusivement et sans rajout dans Viau, surtout les 2 odes Un corbeau devant moi croasse & Satire première.
Nerval en effet a rapporté :
« Je ne voyage jamais dans ces contrées sans me faire accompagner d'un ami, que j'appellerai, de son petit nom, Sylvain. C'est un nom très commun dans cette province, - le féminin est le gracieux nom de Sylvie, - illustré par un bouquet de bois de Chantilly, dans lequel allait rêver si souvent le poète Théophile de Viau. » (Angélique - 10e lettre)
« (...) Théophile de Viau, dont vous avez décrit les amours panthéistes, - par le chemin ombragé de l'Allée de Sylvie. » (Petits châteaux de Bohême)

El Caspero

Je suis par estran creux l'Éteuf que l’on dégomme
quand grince la misaine et chavire le dôme ;
mon étoile de mer dans la Dune Fantôme
suinte le cidre roux des chais où chut la Pomme.

Tant le bruit des væntaux toque entre Dol et Somme
qu'on n'oit l’appeau Mathilde à l'amer bois Guillaume ;
le serpolet portant les senteurs de la môme
y verrouille, envoûtante, une ruine de Rome.

Suis-je onagre ou roseau dont l’alizé s’embaume
selon que couve au nord, sous l’armure et le heaume,
naufragé l'Isotope envers Hague tout comme ?

Archer m'en viens, grapheur tapissant d’ors et chrome
l’absinthe de la Tour et la mire astronome
dont l’armoise normande a refleuri ma paume !
         
Jean-Kri Viseux, guide à Pirou-Fantôme / Photo François du Béarn

Lundi 8 août 2011 dans la dune de Pirou-Fantôme, Olivier Salon a proposé aux Pirouésiens d'écrire un sonnet français.
L'alternance des rimes en serait phonétique et subtile : homme / heaume.
Celui ci-dessus est un nouvel avatar de Nerval.
Absents du dictionnaire, les « væntaux » du vers 5 hybrident « vantaux » et « ventaux » (un ventail est un vantail de heaume) à la mode des « æncrages » perecquiens de Bernard Magné.

Billet à Dyer

Soit une rafale objective,
la sorte d’école du vent,
ou vol que l’œuvre relative
fabrique en danseuse souvent :

du tourbillon qu’incise un glaive
vite d’écumante fureur,
mécanique un genou soulève
ce même souffle avant-coureur.

Le noroît calé dans la pipe
immobilise sans équipe,
foudroie avec le dérailleur.

Autrement poussé des épaules,
puisse l’air inverser les rôles
et Bacon éventer Dyer.


Sources :
- Besoin de vélo, de Paul Fournel
- Billet à Whistler, de Stéphane Mallarmé
- George Dyer à bicyclette, de Francis Bacon

Sonnet cyclique de lui-même

Son périlleux effort défiant l'objectif,
l'équilibre parvient, spasme dedans Éole,
à soustraire du vent statisme relatif
pour opposer au monde œuvre de son école,

sur des circuits d'espace vide : enfin d'un ptyf
avéré, le corps mû verdit la parabole
(or, le cycliste ôté d'instantané hâtif
plonge seul au foyer qu'incurve son épaule).

Plein la pipe installée au nord du prochain col,
une amitié soudaine accidente le sol
d'inévitable marque au monde mécanique.

Face et profil ensemble allés au charbon fol,
George Dyer ouvert par le cadre fabrique
séquence de rayons comme preuve d'envol.

Mixonnet empruntant aux poètes Stéphane Mallarmé (Sonnet en X, ou « allégorique de lui-même ») et Paul Fournel (« Besoin de vélo »), au peintre Francis Bacon. La peinture source a pour sujet George Dyer à bicyclette.

Mixonnet de Roubaud et Perec

Les vers à soie ont franchi la frontière,
un cocon rond tissé les enrobe où,
œufs clandestins en cannes de bambou,
les vers à soie ont passé la barrière.

Barrière en bois, limite imaginaire :
adieu mûriers de l'empire mandchou ;
salut Byzance, et pourvu qu'on mâche ou
bave une feuille alors fil somnifère !

Nouveau pays, l'empereur Justinien
plante un mûrier ; on y mâche aussi bien
et l'on murmure emmailloté de soie.

Sa belle dame en robe également
avec allure - il n'est qu'elle qu'on voie -
cuit, non de riz, la galette au froment.



Mixonnet des « Vers à soie » de Roubaud & de « Passer une frontière » de Perec ; un « mixonnet » est un sonnet intertextuel, composé à partir de 2 textes ou davantage.

Vers héroïques = 4 + 6 syllabes.

En 552, l'empereur Justinien de Byzance prend livraison des premiers œufs de vers à soie passés à l'ouest, en fraude dans les cannes de bambou de deux moines nestoriens.

La caravane passe une frontière

La caravane humaine aux frontières du monde,
toujours par ce chemin qui n’a pas de retour,
passe traînant le pied aux limites du jour,
buvant l’imaginaire émouvant qui l’inonde.

Le paysage change, où la tempête gronde ;
une barrière en bois abolit Prince, et Tour,
et la Boulangerie : un pain sorti du four
là-bas se croque-t-il sous une croûte blonde ?

On avance surpris des routes que l'on voit ;
quelque chose inconnu ? Tout se montre du doigt,
panneaux indicateurs et balises routières.

Il faut s’acclimater au désert sous le vent ;
pour cornes d’abondance on tient des panetières
dont la manne a perdu goût et forme d’avant.



(d'après « Espèces d’espaces » de Perec & « La caravane » de Théophile Gautier)

Regrets de Jeumont et d'Erquelinnes

Retour de Babel se produira à Lille vendredi 22 mai prochain, Gare Saint-Sauveur...

Heureux qui comme Ulysse a franchi la frontière
ou comme celui-là qui poursuivit le vent,
et puis a repassé le bois de la barrière
vivre dans l’autre sens quelque chose émouvant.

J’ai souvent enjambé - limite imaginaire
qui suffit à gommer la province d’avant
en un nouveau pays sur une même terre -
la borne du faubourg où j’étais un enfant.

L’enrobé macadam des routes jeumontoises
se transmuait béton par le site wallon ;
tout changeait : les panneaux, le pavé, les ardoises.

Pour la boulangerie et le goût du pain, l’on
restait en Avesnois ; tabacs de Borinage...
tant m’ont plu les saveurs douces de métissage !

(d'après du Bellay et Perec)

La Desdichada

Ténébreuse je suis, et Veuve inconsolée,
Princesse d'Aquitains au Donjon aboli :
Mon seul Soleil est mort, et ma lyre étoilée
Porte une Lune noire en son Spleen accompli.

Dans le soir de la Tombe, où tu m'as consolée,
Rends-moi d'entre les flots Naples et Tripoli,
Le bouquet qui ravit mon âme désolée,
Le cep alliant grappe et lilas, d’un repli.

Suis-je Hathor ou Vénus ?... Sibylle la baronne ?
Ma joue est rouge encor de l'étreinte du Roi ;
J'ai rêvé dans l'aven, y piaffe Palefroi...

Et j'ai deux fois gagnante accosté de Garonne :
Modulant tour à tour sur l'oud de Santa Fe
Les plaintes du Martyr et les clameurs d'Urfé.


Le genre de chaque nom dans l'original est inversé. Idem des rimes, quasi identiques à celles de Nerval sauf que les féminines deviennent masculines ; et réciproquement.
Rappel : desdichadoctement parlant, c'est le Cothurne étroit de Nicolas Graner qui fait autorité !


Autogreffe d'alexandrins

Le Peau-Rouge et l'ours gris hors du charnier natal
Humaient encor dans l'air leurs misères hautaines,
Et les centurions inclinaient leurs antennes
À la vaste rumeur du monde occidental.

À mes pieds c'est la nuit, le fabuleux métal
Au fracas des buccins dans ses mines lointaines !
Sur le lugubre lac, routiers et capitaines
Dorent l'âpre sommet héroïque et brutal.

Des landes, des ravins, des lendemains épiques
S'envolèrent ainsi de la mer des Tropiques,
Avec des cris stridents en un ciel ignoré.

Et la sueur coulait des blanches caravelles :
Ce souffle, étrangement, d'un mirage doré
Vit dans ses larges yeux des étoiles nouvelles.


Rapportés, d'épars hémistiches de José-Maria de Heredia précèdent les hémistiches rimants des Conquérants, sonnet du même auteur. Sur les alexandrins greffés, voir Marcel Bénabou et Jacques Roubaud.

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