Le blogue de Robert Rapilly

Des calamars divins

Sonnet d'holorimes, contrainte initiée en 1892 par Jean Goudezki. Ce poème file un rapport très lointain avec le roman d’Hervé Le Tellier, sauf son prénom vers 8, le titre final du Goncourt, un dédoublement forcené qui est l’argument de l’Anomalie. Ce genre de contrainte produit automatiquement d’impeccables synopsis, prétextes à des récits comme en écrivait Raymond Roussel.

Lardu d’un galbe atroce, ô mort d’Hugo hélant
l’art du dingue albatros au mordu goéland !
Ce facho faux canard sonnant brasse et sardine
se fâche au phoque anar ; son ambre à César dîne.

S’y cacha l’océan, mâle recette à ses
six cachalots céans malheureux cétacés.
Danseur ? Bal énervé d’écho doux par l’amorce ?
Dans sœur baleine Hervé décode ou parla morse.

Mais l’anguille rétorque ! alors Jonas sans dent
mêlant guillerette orque à l’or jaune ascendant
décala mardi vingt ; son seul anneau m’allie.

Ci-gît l’épais lit quand Zarathoustra pond un
sigillé Pelican’s à rate ou strapontin.
Des calamars divins sont-ce l’Anomalie ?

Le transparent glacier

Avant les notes 1, 2 et 3, on peut lire en vitesse :
- vingt-cinq sonnets (1),
- dix millions de sonnets (2),
- une myriade de myllions de byllions de sonnets (3).

              

(1) La version électronique des dix millions de sonnets palindromes "Être venu damer Icare" a été éditée aux Éditions du Camembert (hélas, la maison a coulé / photo ci-dessus du recueil épuisé). Voir encore le film de Bart Van Loo.

(2) Un autre dispositif de sonnets combinatoires existe, codé par Nicolas Graner puis Gef, et logé chez ce dernier : le "Sonnet combinatoire de lui-même" à paraître en 2021 aux éditions Berline-Hubert-Vortex à Lille.

(3) Enfin depuis octobre 2020, c'est grâce à un nouveau programme de Gef que "Le transparent glacier" peut être actionné en ligne :
10 000 000 000 000 000 000 000 000 000 sonnets.

Ces recueils divers s'inspirent d'une même invention, les Cent mille milliards de poèmes de Raymond Queneau.

            
                                            RQ par RR

Il se penche il voudrait attraper sa valise

Un rappel de l'actualité éditoriale de RR —



Une autre actualité vivace et belle se déroule chez Zazie Mode d'Emploi, où Raymond Queneau a été choisi comme Oulipien de l'année 2020. L'un des "Cent mille milliards de poèmes" est proposé à la réécriture : participez si le cœur vous en dit...

Quant à cette page, s'y ajouteront au fur et à mesure mes contributions.

Remarques liminaires sur le décompte des syllabes — à lire seulement si vous aimez triturer la prosodie...

  • Raymond Queneau adorait le jeu ; c'est aussi pur jeu si les réécritures ci-dessous se prononcent à la façon du XIXe siècle : diérèses sur "confusi-on", "provinci-aux", "zi-aux" etc.
  • Le poème source de Queneau modernise en 2 syllabes le verbe arguer (vers 10), autrefois et ci-dessous trisyllabique.
  • Il y a deux manières de prononcer l'hémistiche « cet alcool ouest-est », l'ancienne et la nouvelle :

« cet / al-co-ol / west / est » = « cet / al - cool / ou - est / est »
Découpages différents mais décompte final = 6 syllabes, identique chez les Anciens et les Modernes.




D'après Choses du soir de Victor Hugo dans "L’Art d’être grand-père", un texte mis en musique par Raymond la Valoche, alias Martin Granger.

Le coche au galop de Havre en Avranche
fait claquer son fouet tel un loup ses crocs ;
il craint par la nuit ces hordes d’escrocs
jaloux de valise ; alors il se penche.

Je ne sais plus où, je ne sais plus quand,
Raymond la Valoche a fichu le camp.

Tout était douillet dedans la valise ;
mais au lieu d’effets, chandails et maillots,
il retrouve un sac jadis de fayots ;
un cri ! c’est l’orfraie à la lune grise.

Je ne sais plus où, je ne sais plus quand,
Raymond la Valoche a fichu le camp.

Le voyageur plonge en ses ordes mythes ;
l’ombre du commerce a dressé l’étal
sur quoi lui greffer un fatum létal :
os, tissus, rideaux grignotés des mites.

Je ne sais plus où, je ne sais plus quand,
Raymond la Valoche a fichu le camp.

Vague diable lâche à mine pâlotte,
« Voyez la gadoue ! » argüe un lutin.
Son cothurne accroche au pied le purin,
l’elfe debout donc relève sa cotte.

Je ne sais plus où, je ne sais plus quand,
Raymond la Valoche a fichu le camp.

Dans les bois profonds, l’agreste bicoque
n’était point flouée ; en province encor,
l’écu déparé du vair et de l’or
ornait sans façon chaque infecte loque.

Je ne sais plus où, je ne sais plus quand,
Raymond la Valoche a fichu le camp.



Lipogramme en E —

S’inclinant il voudrait saisir son balluchon
sur quoi guignait d’accord un gang d’impurs marauds.
Alors qu’il s’abaissait, à sa confusion
aussitôt n’y trouva qu’un sac d’aigris fayots.

On vous fait aboutir au point d’ord harpagon,
ravi qu’on usurpât d’ingrats provinciaux.
Dans la mort qui joignit — bis — l’ord califourchon,
la souris grignota tissus, os, pains, ponchos…

D’avant bas-fonds urbains, on troussa son habit
dont, couard à coup sûr, s’argüa qu’il pâlit :
lorsqu’il vit du limon, fouillait-il du purin !

À la fin nous briguons tant l’abri pastoral
où sans façon l’on mit son plus vilain futal.
D’or ni vair, nul blason n’a franchi nul matin.



Monovocalisme en E —

Elle se penche, entend reprendre ses effets
présentement bernée entre de prestes klephtes.
Elle se penche et perce entêtés les secrets
de restes desséchés et sénescentes nèfles.

Êtres dégénérés, relents des benne & frets
rêvez de délester les réserves cheyennes.
Le lent décès greffé d’enchevêtrements blets
pénètre tel le ver les vertèbres et serges.

Des glèbes, préservez revers et vêtement.
Cerné, blême ce hère embêté s’en défend :
dès le pré détrempé, l’excrément je le cherche.

S’égrène de regrets l’enfer de n’héberger
même le serf de ferme en béret de berger !
Chers, l'emblème et le fer ? Le temps les en empêche.

NB — Le Y de cheyenne a valeur de consonne.




Sacoches à M. Knock —

M. Knock trébuchant attrapa ses sacoches :
soupçons d’envie — ici sus à gang trafiquant.
Lequel Knock s’allongea, surpris, tâtonnant sauces,
navarin tout caduc sans semences ginseng...

Souffrons entre transit, licol, saloperies,
surplus à renarder l’engeance d’être pop.
Couic d’aléa létal, travailleront scories
d’eubaphe tortorant squelettes sous tricot.

Ô malstrom sis craspec, ô fief, l’étoffe essuie !
L’embusqué s’argüa teint d’exsangue effigie ;
l’éclaboussure emboue, elle tient encrassé.

Ensuite regretter l’élimé toit d’époque ;
simples, n’y revêtir d’ensemble chic : c’évoque
souquenilles, sequins, magnum ? Mortem ecce !

Contrainte dite de l'aléa furtif : les mots commencent et finissent par la même lettre.




Il se penche à rebours —

Le matin qu’a duré d’or ou de vair l’écu,
sa loque infecte et plus, sans façon il l'agrafe
dans la bicoque agreste, à la fin éperdu
quand le purin cherché peint gadoue au parafe.

Une pâlotte mine arguë : un lâche a pu
— cotte troussant l’urbain limon à l’étalage —
voiler l’os grignoté, tant la mite au tissu
s’abâtardit d’ordure et vous greffe outre d’âge.

Sa province appauvrie est flouée en plaisir,
sauf mercantile ordure — à vous d’y devenir
fayots jadis d’un sac aussi sec qu’on n’en gobe.

La surprise fut grande, alors il s’est penché
sur ces escrocs en horde, assuré du péché
que sa valise en main par-dessous se dérobe.

Les mots, du moins les idées, apparaissent en ordre inverse du poème de Queneau. On peut demander à quelqu’un complice de lire l’original en survolant cette réécriture à rebours.




Sauf les apostrophes, les points sur les i et j et les accents, rien ne dépasse de l’interligne par le haut : les lettres à hampe (b, d, f, h, k, l et t) et les majuscules sont absentes du sonnet suivant.

j’aspirais empoigner ma maroquinerie
que guigne j’en soupçonne un groupe assez coquin
mais saugrenu j’éprouve une grosse surprise
j’aperçois aussi sec un ancien sac à grain

on saccage sa vie en cargaison pas propre
qui s’amuse à gruger nos pauvres provinciaux
en agonie on vous cramponne au magma pouacre
un pou saura manger soierie os paréos

parisienne vermine épargnez-en vos grègues
peureux on arguera ces visages exsangues
crasse ou vaseux engrais je n’y vois que purin

on gémira pour suivre ô cagnas ô campagnes
sapés au pire avec moins que soignés nos pagnes
un jour ça vous épuise or écu vair ou crin



La contrainte inverse se prive des lettres à jambage (g, j, p, q et y) :

Il se dresse il voudrait relever sa valise
dont brûle de désir une horde d’escrocs
il se dresse et alors suite à leur convoitise
il retrouve aussi sec un sac de haricots

On vous fait devenir une orde marchandise
bienheureuse à berner des horsains chemineaux
de la mort on vous ente une orde bâtardise
la mite a dévoré tissus os et rideaux

Devant la boue urbaine on retrousse sa cotte
le lâche fera foi de sa mine falote
scrutant dedans la vase un fumier de bourrin

On se lamente enfin des cabanes rustaudes
on mettait sans chichi ses très infectes robes
l’écu de vair ou d’or ne déborde un matin



Les mêmes voyelles dans le même ordre, y compris accentuées, que celles du sonnet de Queneau

Filet vermeil, soudain l’alarme s’amarine.
Quel looping craint ce fût plus encore le fond ?
Lien des terres ras bord, jà l’ancrage du signe
fit retourner aux cieux, frugal, le sieur Raymond.

Fors pour Zazie enfin que d’ombre, d’accalmie !
L’ultime art gît, là dont Queneau revoit ziaux :
cet alcool ouest-est, surgeon de mât sa vie,
navire par tribord, défi d’un soleil d’eaux…

Tel sapajou feulant, Pierrot le couve aphone.
En âpre peur parue, en ami cher tâtonne
ou dit : moins Mara sort, plus s’est chiendent enfui.

Port et mer deçà d’air, Le Havre ex-impromptue
forgeait tant d’astronefs : l’utile fret tortue
s’élude papillon du cœur bleu Zhuangzi.

Zazie, les ziaux, le sapajou, Pierrot, Mara, le chiendent, Le Havre, le papillon, le bleu, Zhuangzi... sont des références à la vie et à l'œuvre de Raymond Queneau.




À l'inverse du précédent sonnet, voici les consonnes du sonnet de Queneau

Là sapin chu, là vide-ortie et torpeurs viles...
quoi ! c’invitait ce sot surin, hard du scie-arcs
à les punch étaler ? sous-ogre en doser pires ?
L’antre vissé sacquons coude, voix feue, oyats.

Niveau soif et du vin, oui renard y marche — ondes —
quasi plat, fol ardu ; poivré se prouve en cieux
dol amer... ton avis griffon radoub ? tu rôdes,
limite gorgone out tu saisis star ou dieux.

Devint-il bourbon noir, trisse à sauce têtue ?
Lui le chapitre grée, au dais mon aplat tue ;
il risque ulve outil good ; lâche arc houle éperon.

Un roi gratta le foin, l’Ys griset, Saab caïques ;
n’omit toits nus, faucons, souples nufactosliques,
lucide ovaire d’or né du requin-mouton.

Vers 13 assez difficile, au point de transformer le "ç" de façon en "c" de faucon, et d'inventer l'hapax "nufactoslique", peut-être synonyme d'abracadabrant, abscons, abstrus, amphigourique, bizarre, cabalistique, curieux, déconcertant, énigmatique, étrange, hermétique, hors de portée, illisible, impénétrable, impensable, impigeable, inaccessible, inarticulé, incognoscible, incohérent, inconcevable, inconnaissable, indéchiffrable, inexplicable, inintelligible, inscrutable, insondable, mystérieux, nébuleux, obscur, opaque, sans fondement, sibyllin, ténébreux, vague...

L'aléa furtif

Une nouvelle contrainte que nous appellerons "aléa furtif". —
Post-scriptum du 30 mars 2020 — Cette supposée nouvelle contrainte a été jadis triplement plagiée : par anticipation, Éric Angelini et Daniel Lehman.

Non l’aléa furtif n’égare l’évidence.
David, Ali-Baba, Falstaff, Napoléon
transparaîtront tantôt sous radar à Noyon.
Zézayez, médium, l’alinéa d’errance.

L’inouï labial n’écorche l’éloquence :
Sibelius encore articula Ninon,
Ève traduisant Grieg l’éclaire sans néon,
elle l’annoncera — repentir d’élégance.

L’abracadabra tait soixante-trois surplus,
trente-sept addenda, trente-huit superflus,
nonante-et-un sabbats ; Nelligan ensorcelle…

— Caoutchouc sois kayak, baobab sois magnum !
ajoutera l’élève : ô toupet maximum,
tout cognac aura tort d’y raccourcir l’échelle.

"Ali-Baba", "soixante-trois", "trente-huit", "trente-sept" et "nonante-et-un" comptent chacun pour un seul mot. Dès lors, tous les mots du sonnet commencent et finissent par une même lettre, accentuée ou non.

Voir encore Gilles Esposito-Farèse avec Rémi Schulz et Nicolas Graner.




Typographiquement Gutenberg aligna
l’espace nivéen entre symboles d’encre.
Ses signes trait à trait transcrivirent d’entendre
l’infini lilial sous silences d’alpha.

Ô scintillations, l’élytre transparent
s’abolira non sans statuettes sonores !
Nelligan accrocha songes à sémaphores...
Elle, étincelle embue, affleurera torrent :

Eurydice touchant l’étoile évanouie
encore d’Orfeo, l’aura-t-elle éblouie
tantôt salons d’ébène — essence reposoir ?

L’aléa fugitif défend ici l’école
d’esquisse & réflecteur ; tout s’efface, Renoir
embrase l’urubu tourbillonnant d’Éole.

La variante "aléa furtif Gutenberg" autorise à commencer et finir les mots par un même caractère typographique, pas forcément une simple lettre : ci-dessus la touche "&".




PS — Variante où la dernière lettre des mots est l'immédiate suivante alphabétique de la première. Par exemple dans AchaB, BasiliC, ChauD, DiablE, etc.

Goliath éruptif dévale sept ravins.
Salut dingue clébard de faubourg, tu revins
soit quêter, soit quérir. Rogatons sont douzaine,
honni soit mon bivouac ! zézaya Diogène.


PPS — Contrainte d’écarts alphabétiques croissants entre la première et la dernière lettres de tous les mots...
- le premier vers = — 6 / GargantuA / GoûtA / ToN / TintouiN / LaxatiF
- le deuxième vers = — 5 : GurB / QueL / PunK / etc.
- le troisième = — 4
- jusqu’au douzième = + 5
- en passant par GutenberG = 0 au septième vers.

Gargantua goûta ton tintouin laxatif
Gurb quel punk, écoutez je jubile kifkif
Groc iode-moi Bronx, parasol trop jointif

Gounod halète-lui : stop sirop inactif !
Gagarine vendit ça quiproquo hâtif
Gurdjieff fige Odéon sur baba gustatif

Gutenberg s’aligna sous l’aléa furtif
Goliath tu revins de faubourg éruptif
Garibaldi par Lusignan : démonstratif

Guedj blasé quittait-il Paris contemplatif
Gluck appelle Nestor archange bourratif
Gabriel nous visa boomerang addictif



Post-scriptum du 29 janvier 2020 / Observons les mots dans cet alexandrin :

Bob Rapilly d’un gag tutoya Donald Duck.

Sur l’échelle "aléa furtif" les première et dernière lettres y sont :
- identiques (BoB, D’, GaG, DonalD)
- ou +7 en ordre alphabétique (RapillY, TutoyA, DucK)
- ou —7 (UN).
Tous les mots du sonnet suivant occupent l’un de ces 3 degrés.

L’accent d’Élise avait un vélo luminaire.
Aussitôt montait-elle, aussitôt le niveau
tutoyait le soleil, modulant un nouveau
tempérament — l’un d’eux motet d’éveil lunaire.

Zeus éructe grognon : Licite seul j’éclaire...
L’Éternel lâche lors : Lestons l’ardent vélo.
Ses lourds quintaux d’argent tarirent le halo,
assourdirent les sons d’étoile limonaire.

Le biclou tomba mort, palefroi sans litière.
D’entre les eaux bondi, hurla l’Ogopogo :
Trident à lotus bleu, biscornu vertigo !
Ô zèbres galopez lanterne sous lanière !

Lettre d’Élise, avant d’y lire un mot égal,
d’égaux quasi-cristaux traduiront le signal.



Post-scriptum du 30 janvier 2020 / 7 strophes burlesques / le curseur "aléa furtif" = —7 ou 0 ou +7.

Missouf taquinait le goujon,
elle avait un nouveau kayak.
Les eaux mouillaient le bleu gazon ;
ta faim, Vasco, happa le vrac.

Zadig habita Wonderland,
ardant boutefeu l’Envieux.
Sommons l’Ermite maintenant :
sortez le xénophobe d’eux !

Lisons Donald, Gaston, Bambi...
Le zig alarmant d’Othello
s’affligerait d’être parmi
Lamartine, Musset, Hugo.

Lesseps transpercerait Suez,
Eiffel n’égale ses sagas.
Les quintaux d’émaux zigouillés,
ç’a blondi sous le brou d’un gaz.

Un gong à quarante-cinq sons
affolerait un écureuil.
Sautons-y, lestes limaçons,
les zèbres tourneront l’écueil.

Électre montait à vélo :
zigzag, le guidon s’abîmait
d’y kilométrer l’Ohio.
Le biclou livre un rock muet.

Le tram accélérant tout seul
sans l’arrêt logique, Tesla
heurta Biniou l’épagneul...
Ho ! le Roy Lyre l’avala.

Sonnet culinaire

Imité de Nerval et de Gef, ce sonnet répète l'ordre des voyelles et des consonnes du Desdichado, ainsi que les espaces et la ponctuation :

   El dEsdIchAdO / lE dÉshÉrItÉ
=> En pErsIllAdE / lA cArbOnAdE (etc.)
En persillade —
(la carbonade)

Ne bois ce marasquin, — du moût, — d’ensorcelé,
Sa trempe d’agioteuse a bu tout ébahie :
La soupe écoule onc sèche, — un bar long surplombé
Gicle du mazout loin vu ta pyrophobie.

Sens le goût de mildiou, bai fou d’oc rescapé,
Corps-roi la sauterelle en ce bac s’avarie,
Le preux gui pleureur donc y fut deuil dépité,
Or sa plainte ou sa menthe a sa dose d’orgie.

Vaut-ce aveux au tripot ?… Racontar au fanon ?
Ses flans ont douze appas de louves Pô ni Seine ;
D’où bave tant sa glotte au râle de sélène…

Ys d’Eu suit leur bourgueil chapardé d’artimon :
Libérant quel y fuit tel le jaja d’exclue
Son puisard si la source en sol plat ne se rue.

Robert le Norman

Sonnets holorimes 2019

Lien à l'actualité de L'Encrier Revanche / Un Voyage d'Envers.

Ci-après, avec grand retard, une salve de sonnets holorimes (de strophes, de vers, d'hémistiches) composés depuis le début de l'année. Des sonnets différents suivront, encore en vrac dans mon ordinateur.

Baudet strié l’on craint maint simulacre au pôle.
Quand on frime on coche, on boude véracité.
Doux sagittaire, Till c’est l’égal ausculté :
son talion l’aigu Mahler choqua ce rôle.

Beau destrier, Long-Crin mincit mule Acropole.
Canton frit mon cochon, bout de verrat cité.
D’où s’agitèrent-ils ? Selle et galop sculpté
sont à lion légume, à l’air chaud casserole.

La conique otarie éleva talus, mer
et creux vice ou saccage, ire, parafe amer…
c’était tard galéjade à gaver maigres nouilles.

Laconique eau tarie, elle va t’allumer
écrevisse où sa cage y repart affamer
ses têtard, galet, jade, agave et mes grenouilles.
Sait-on debout, girafe ou léopard à l’aile,
qu’aux mandibules dame ! on dut l’os caribou ?
Cette onde bouge, ira foulée au parallèle
comme en dix bulles d’âme ondule Oscar hibou.

Émile à merci trompe, attaque, escroque Odile.
Si tel alligator mordit rondelle et dent
et mit l’amer citron pataquès crocodile,
citez la ligue à tort, mort d’hirondelle aidant !

Lune, voici Bob l’okapi cool en étoile.
Éléphanteau meunier, Sade est faon secoué.
L’une voit si beau bloc à pis coulant n’est toile,
elle est fantôme, nièce à défense Coué.

Leurrez les cailles loin, six lapins sont du râble,
leur aile écaille l’oint : Scylla pinson durable.
À quoi relatif on aquarella typhon
Stentor n’a de ton hertz temps tornade tonnerre
De vents sa lime aux nerfs devança limonaire
Marimba l’orphéon ma rime balafon

L’ouragan leste au mât louera quand l’estomac
Étau s’y clone basket ô cyclone basque
Debout Rascar Capac de bourrasque arqua Pâque
Tigre au coude t’abattit gros coup de tabac

Où l’orage hiver part houle eau rage hyperbare
Au bal à fracas barreau balafra gabare
Glacis Moon honnit vos glas simoun haut niveau

En ta mer tumulte y ment amertume ultime 
Chenue à genoux fauche nuage nouveau
Héra phalange free mais rafale ange frime

El Dochadides

Les mots, du moins les idées, apparaissent en ordre inverse du Desdichado. Un exercice fluide et plaisant : réciter l’original en survolant à rebours celui-ci, où dansent boum boum de légères chevilles.

Quand la fée a crié, la sainte à demi-voix
depuis l’orphique lyre à son tour y nuance
que, l’Achéron franchi, vainqueur j’allai deux fois
où la sirène nage ; en sa grotte, ma transe.

La reine, d’un baiser, m’empourpre le minois ;
je suis Léon d’Uzès ou l’évêque Constance
alliant rose et pampre ainsi qu’un vin de noix
dont, désolé, mon cœur prise l’efflorescence.

Romain Pausilypon, me reviens-tu d’au loin ?
Secourable sois-tu lorsqu’en ma tombe terne
la mélancolie ombre un noir soleil en berne !

En constellant ce luth, feu mon astre orphelin
vit abolir la tour d’Aquitaine. Et moi, Lige
inconsolé, car veuf et ténébreux, qui suis-je ?

La Taupe

Contradiction de Mallarmé, dont Le Cygne rime tout en I, ce sonnet-ci rien qu’en O.

Le boueux, le caduc et le flétri tempo
va-t-il nous colmater bercé de ballast sobre
ce mol erg ressurgi pour qu’en fulmine et sorte
un nébuleux geyser tout évanescent d’eau.

Une taupe aujourd’hui déracine l’ego
effroyable qui donc sans crainte se garrotte
de n’avoir suffoqué que l’utopie est morte
quand du prodigue été s’estompa l’allégro.

Rien sa griffe a figé cette noirceur éclose
par le vide épargnée au fouisseur qui l’ose,
mais oui délice au ciel de fourrure dehors.

Objet que nulle part l’obscurité galvaude,
elle se balance au torride éveil du corps
qu’y dénude céans nécessaire la Taupe.

À polir mille fois s'affinent nos forets

14 vers sur la série vocalique A-O-I-I-E-O-I-A-I-E-O-O-E = Aboli bibelot d'inanité sonore ; l’idée m’en a été soufflée par Gef.

Jargon distillé d’Oïl, sabir d’écho sondé,
partons d’infimes mots mi-latins ; ce folklore
va polliniser Oc d’irascible Gomorrhe
sans honnir ni l’espoir Darwin, encor Brontë.

Argo visite Odin, navire d’ors brodé ;
à bord l’irisé foc cristallin se colore
d’aconit liseron, d’irradié phosphore.
Dans son filin s’étoila l’Himéros dompté.

Samson s’il brise gong, sphinx massif et colonne,
ramollit-il des doigts la cire ? Lors comment
accomplir singleton, whist appris de Gorgone ?

N’a-t-on fini le foin, abrité son, froment...
la soif interrompit à-pic ce long moment.
Adonc midi s’endort, s’imagine, s’ordonne.

Post-scriptum 5 jours plus tard — Cheminement repris du billet De Sirène en Pibrac, se rapprocher du Desdichado, cette fois sur 14 séries vocaliques A-O-I-I-E-O-I-A-I-E-O-O-E. Entre-temps Rémi Schulz aussi a écrit une "bibelotabolition" du sonnet de Nerval.

Aboli prince, l’Occitan gris se console
à trop sinistre sort d’Italie obombré :
n’accomplit-il le don d’impartir en obole
l’apport divin étoilant vil tréfonds foré ?

Drapons l’infirme corps ; il bâtit nécropole
d’aplomb, inscrit tel toit latin entr’oblong pré,
val joli, vigne d’onc, cicatrice corolle.
Gascon ci-gît le roi carmin décoloré.

« Car mon livide front signa cippe forclose,
sanglot d’iris dehors, cris d’alliés... ô rose
pardon, dirige-moi d’Aspic en bon Codex ! »

La mort d’instinct répond : « Stigmatisez l’opprobre
— Ra noircit ce tocsin ravivé fors vortex —,
dans l’obit priez Thor, bissant Frigg d’écho sobre. »

NB — Ce sonnet totalise 5555 au Gématron.

Post-post-scriptum 22 jours plus tard — Dans la veine burlesque cette fois, également de gématrie 5555 :

Baron Firmin-Léon, Prinz Raïs de Google,
amortit cinq ressorts, dix chaînes Otto Benz.

Fats Ombilic, de dons imparti, décolore
Lamborghini, vélos italiens, scooters.

Wagons-lits : Vincenzo Bianchi de Bologne,
d’adroits fils dégrossis va visser nos Solex.

Antonin-Philémon Shiva, dit Le Monocle,
à poil filme ton slip, Absinthe Dolores.

Major Philippe mort fit la fine colombe...
malpoli pigeon gris d’avinés colonels !

Sappho d’Izmir — en occitan Philtre Gorgone —
a vomi Christ en croix par litres mordorés.

Dans l’officine Doc vint d’avril en octobre
sans dormir : six, sept mois à lire son Codex.

Torpédo ivre (Rimbaud inédit)

.

En 1873, M.-J. Poot & Compagnie, éditeur à Bruxelles
rue aux Choux, 37, va publier "Une saison en enfer".
La Fondation Gilbert Farelly m’a obligeamment confié
la correspondance qui précéda entre Rimbaud et Poot,
sous une chemise cartonnée dont un volet n’avait pas
été retourné. Or, s’y trouvaient un sonnet inédit et
diverses notes contradictoires. En bref Poot jugeait
ces vers « trop en retrait du réel », à quoi Rimbaud
répliquait « Alors ? Les forces psychiques déployées
dans mes poèmes surpassent le réel conformiste de ce
siècle... ». Ici le témoignage d’une hallucination :



Torpédo, je ravis la tierce fiancée,
mon essieu réséquant son prétendant Baron.
Moby-Dick imploré par coulpe confessée
cicatrise le creux de corde et d’éperon.

Herse du Grand Désert, la grenade étanchée
coiffera le hameau : blés mûrs hors le sillon.
Quoi gorger de sa treille à peine vendangée...
au gibet, le festin des corbeaux de Villon.

S’y lovait un python d’élastique cintrage,
sur toi l’onde et la foudre, ô Stradivarius !
L’anachorète au ban prophétise l’orage,
il jure galonner d’elliptiques nimbus.

Ce relaps descendu d’Empires de la Lune
vient qui martèle Orphée, épousailles d’enclume.



« Peut-être, à supposer que vous réduisiez de moitié
votre logorrhée, y comprendrait-on quelque chose ? »
Ainsi Poot mit-il au défi Rimbaud, qui renvoya, sans
se départir, ces sept notes à la fin des distiques :

Torpédo, je ravis la tierce fiancée,
mon essieu réséquant son prétendant Baron.

Le cabriolet exogame blessera le vicomte notoire

Moby-Dick imploré par coulpe confessée
cicatrise le creux de corde et d’éperon.

Le cachalot expiatoire blindera le vide noué

Herse du Grand Désert, la grenade étanchée
coiffera le hameau : blés mûrs hors le sillon.

Le cactus explosif blondira le village nourricier

Quoi gorger de sa treille à peine vendangée...
au gibet, le festin des corbeaux de Villon.

Le cadavre exquis boira le vin nouveau

S’y lovait un python d’élastique cintrage,
sur toi l’onde et la foudre, ô Stradivarius !

Le caducée extensible bombardera le violoniste noyé

L’anachorète au ban prophétise l’orage,
il jure galonner d’elliptiques nimbus.

Le catéchiste extradé bordera le virage nuageux

Ce relaps descendu d’Empires de la Lune
vient qui martèle Orphée, épousailles d’enclume.

Le cathare extraterrestre bossèlera le virtuose nubile



Quelques éléments relatifs à l’histoire de la poésie
s’imposent ayant parcouru ces notes. D’abord Rimbaud
a lu Melville, cela on le savait. Surtout on apprend
que le fameux cadavre exquis n’est pas une invention
surréaliste. À l’inverse, Rimbaud sera précurseur du
surréalisme : n’invoque-t-il des « forces psychiques
(qui) surpassent le réel ». Un peu plus tard, le S+7
n’est pas non plus une invention oulipienne, Rimbaud
généralisant, d’emblée, le dispositif à SAV+n. Voici
un cas d’école de plagiat par anticipation d’Oulipo.
Telles précisions encyclopédiques certes utiles sont
abstruses, j’en aurai heureusement fini en proposant
de vérifier cette conjecture : imitant Rimbaud, tout
sonnet peut-il se réduire de moitié, en sept phrases
de syntaxe S-A-V-S-A (où S = subst, A = adj, V = vb)
dont les mots seront enchaînés dans un ordre SAV+n ?

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :

Le ça exorcisé bleuira le velours noble

Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Le cachot expiré blindera le velum noueux

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,

Le cadavre exquis blottira le vénitien nourri

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Le cadeau exsertile boira le vin nouveau

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

Le cadet exubérant bouillira le visage novice

J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :

Le cæcum exulté bouleversera le voyageur noyé

Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Le cahot ex-voto bourdonnera le wagnerisme nuancé

De Sirène en Pibrac

Aux accents près, les voyelles dans l’ordre du sonnet Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui :

De sirène en sillage — entendez saur bouquin
à Pirou s’éclipser —, ma fleur sous l’ancien signe
est azur d’obscurs cieux, étrave d’outre-ligne,
écarlate papier dès son puits d’or sanguin.

Ulysse pauvre gloire ouït ce bluës en juin ;
là s’irrigue, aiguisant le morfil, gente vigne
d’où l’appoint arraché par eight o’clock fût digne
sursaut, festin de miel avec serti sequin.

L’opus cool chez vous Jehanne éclate flacon ivre,
rare transe il piégea loin l’eau d’humide givre :
artimon-cœur, hublot ouvert, quarte péril...

Saborde un galérien, du rouf le mât chavire,
filin hormis rideau l’onde soigne l’exil,
quête dans l’interdit illuminé de lyre.

Cheminements opposés, s’éloigner autant que possible du même sonnet Le Cygne bien que répétant l’ordre exact des voyelles ; cependant se rapprocher du Desdichado, dont le thème général et des mots apparaissent :

En Sirène, en Pibrac, en ténèbre au doux fruit,
plairont sur treille à fleur : lots d’humanité, mines
d’émaux, soupirs écrus de pampre, rouges vignes...
Lear nage baiser ce front pur, Biron la nuit.

Guyenna fut étoile ; ou fille. Un rêve luit,
l’air dingue ait Lusignan encor grisé des isthmes.
Fors Sun-Ra noir jazzman, hélas Berlioz fou signes-
-tu ? Salut reine, prince, affres de pire bruit.

Pour consoler proue agrégeant Mélancolie,
sans ce chant plein ni fée : abolir l’eau. Pluie, île,
maison, grotte d’un luth sont douleur, transe, esprits.

Rancœur, l’asservi veuf modulé d’amant ivre
ici sortit. Rideau. Constellons sistre et cris,
sûrs de ne vaincre Sphinx : il tut fidèle lyre.

Ressort sensible ci-dessus, deux énoncés peuvent comporter dans l’ordre les mêmes voyelles mais sonner très différemment. Il existe des situations radicales d’isovocalismes hétérophoniques, par exemple :

Melle De Broglie / en Hermès jolie    =   2 x (E E E O I E)

Poor Yankee / cow-boy sans ferme      =   2 x (O O Y A E E)

etc. ad lib. (en fait...)             =   2 x (E A I)

Indécence d'un des sens

Sonnet sans sens, mais à rimes ou assonances millionnaires hétérosexuelles : "oxymore" féminine / "occis mort" masculine, etc.

Mort-vivant vaut pour oxymore
mais pléonasme un occis mort.
Le frac et le froc et les gants
avec du fric font l’élégance.

L’une Aquitaine Éléonore
frappe Albion : elle est au nord.
Joute tribale et différends,
Miss Angleterre et Lady France.

Biche noyée en l’hallali
bois ta fureur jusqu’à la lie ;
la meute promiscuité
aux cors t’a promise cuitée.

L’adolescence s’aime en slip,
qu’il s’abaisse l’on s’émancipe.

Sonnets vocaliques normands

Retour sur le contexte d’un billet antérieur publié en retard.

Il arrive que le présumé hasard produise des circonstances oulipiennes si improbables qu’on les croirait inventées. Eh bien non, jugez-en ci-après en lisant mes notes préparatoires, collectées à la façon de Frédéric Forte. Je voulais composer un bristol de comice agricole, du côté de Pirou dans la Manche. À cette fin, j’avais saisi des bribes de conversations dans les travées. On y parlait du député local appelé à devenir ministre de l’agriculture, et de son rapport gourmand à la chimie phytosanitaire. La même voix écolo redoutait qu’il zappât le recours moins périlleux à la fermentation de pelures herbacées. Quelqu’un du même groupe vantait au chaland le bénéfice cardiaque des huiles riches en acides polyinsaturés. Quant au voisinage tout proche, syndicat des graisses animales, on y appelait à boycotter le lunch inaugural et ses laitages d’Indre et Cher, un comble en plein bocage normand. Une goutte (sic) de bonne humeur perlait toutefois au comptoir du calvados — à propos, sait-on qu’un flacon d’un demi-litre à 40° réclame avant distillation 320 pommes, pas moins.

Assez de détails, revenons-en au pseudo-hasard oulipien. Transcription mot à mot de chaque réplique sur un bristol :

— À Stéphane Travert, l’appétit vint par Monsanto...
— ... sans cependant la crème au purin d’oignon.
— Fondre de son cholestérol ? Margarine fine !
— Que du beurre du Berry ? N’y touchons plus...
— Gallon donnant l’alcool : par degré huit fruits.
— etc. (99 bristols en tout)

J’ai soumis pour relecture le manuscrit à Gef l’oulipote. Épatant ! m’a-t-il répondu, toutes spontanées qu’elles semblent, les conversations normandes se donnent pour contrainte automatique d’être des sonnets vocaliques. En effet, lisant les voyelles dans l’ordre, on en retrouve chaque fois 14, organisées comme 2 quatrains et 2 tercets aux rimes ordonnées :

À Stéphane Travert, l’appétit vint par Monsanto...
À   é  a e   a e      a  é i   i    a   o  a  o
=> A E A E - A E A E - I I A - O A O
... sans cependant la crème au purin d’oignon.
     a    e e  a    a   è e au  u i    oi  o
=> A E E A - A E E A - U U I - O I O
Fondre de son cholestérol ? Margarine fine !
 o   e  e  o    o e  é o     a  a i e  i e
=> O E E O - O E E O - A A I - E I E
Que du beurre du Berry ? N’y touchons plus...
 ue  u  eu  e  u  e  y     y  ou  o     u
=> U E U E - U E U E - Y Y O - U O U
Gallon donnant l’alcool : par degré huit fruits.
 a  o   o  a     a  oo     a   e  é  ui    ui
=> A O O A - A O O A - E E U - I U I

Il serait fastidieux de tous les transcrire. Ci-dessus donc les 5 premiers bristols sur une série de 99. Rien que par sonnets vocaliques, voici comme on cause dans les comices agricoles au pays de Pirou. Si vous ne me croyez pas, rendez-vous l’oreille à l’affût au festival Pirouésie, douzième édition l’été prochain.

Haïkunnets vocaliques

En réponse à une proposition de Gef d’écrire des sonnets vocaliques (= 14 voyelles), donnons-nous pour contrainte supplémentaire que ce soient des haïkus (5 + 7 + 5 = 17 syllabes). On compensera cette inégalité arithmétique en recourant aux abréviations, par exemple "JFK" (= 0 voyelle) se dira "John Fitzgerald Kennedy" (= 7 syllabes).

XIIe siècle à Saint-Jacques-de-Compostelle, une ligue municipale se fait fort d’arrêter les méfaits imputés aux sombres chemineaux :

Mal etc.
l’Hermandad scelle la fin
d’importuns obscurs

A E * * *
E A / A E E A / I
I O / U O U

XXe siècle au Texas, le président des États Unis fait l’objet d’un marché lettriste, où sa fuite en Cadillac prendrait la tangente :

En Dallas ce deal
JFK
sans frein Isou court

E A A E / E A
* * * * * * *
A E / I I O / U O U

Londres XXIe siècle, l’ex-Prime Minister et son épouse pratiquent le naturisme culturel dans un club où on bouquine Les Misérables :

Naked England Art
M. et Mme Blair
liront Hugo nus

A E E A / A
* * E * * E A / I
I O / U O U

Extrait des Écritures où la promesse de pêche miraculeuse se double de pain (sonnet de symboles vocaliques en alphabet phonétique) :

Souvent dans l’houmous
l’enfant J.-C. trouvait
poissons et moissons

(u) (ɑ̃) (ɑ̃) (u) (u)
(ɑ̃) (ɑ̃)  * * *  (u) (e)
(wa) (ɔ̃) (e) (wa) (ɔ̃)

Il y a péril, s’approchant des sonnets en monosyllabes, de se brûler les ailes à vouloir imiter la perfection de Rességuier... Le haïkunnet cependant prend précaution de démanteler le sonnet, perceptible non plus à l'oreille mais à l’œil. Une façon de filigrane.

El Dezzzichadodo

Avatar de Nerval composé en situation contraire du sommeil décrit : pendant une insomnie la nuit dernière. Simple règle : qu'en filigrane sonore, syntaxique, voire sémantique, transparaisse clairement le sonnet original.

Je suis le comateux — switch off sous l’oreiller —
que berce la verveine au Séjour d’inertie,
qu’alcaloïde exhorte, ô stup ! à sommeiller,
imprégnant mon plumard de molle anesthésie.

Camomille et dodo, matelas infirmier,
j’emploie un narcotique en cuiller assoupie.
Ronfleur qui pionce, un flanc sur le crin du sommier,
je m’affale en ma chambre où l’hypnose roupille.

Suis-je Diafoirus prescrivant doux ronron ?
Sans frein je couche et dors, l’œil oppressé de cerne ;
je me rêve marmotte à l’âge qu’elle hiberne.

Et j’ai, la soie au cœur, roulé le polochon :
avalant, soporeux dans les bras de Morphée,
les vapeurs de l’absence et l’oubli par bouffée.

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