Le blogue de Robert Rapilly

El Asphyxeio

El Asphyxeio, lipogramme en R d’après El Desdichado

Je suis le Nébuleux, — le veuf, — l’inconsolé,
le comte d’Aquitaine à l’enceinte abolie :
mon étoile est défunte, — et mon luth constellé
tient le soleil abscons de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
cède le Pausilippe et les flots d’Italie,
l’absinthe qui plaisait à mon sein désolé,
et la vigne où le cep à la sauge s’allie.

Suis-je Idylle ou Phébus ?... Lusignan ou Phénix ?
Ma face s’enflamma sous la lippe dauphine ;
j’ai songé dans la balme où se baigne l’ondine...

Et j'ai deux fois gagnant fendu l’oblique Styx :
modulant à la fois, fils aîné de la Muse,
les sanglots de la sainte et l’aboi de Méduse.
 
L’Ange de Véda —

PS — "L’Ange de Véda" = anagramme de "Gé(r)a(r)d de Ne(r)val".

Monstre et faneur

.

Si Gaétan tacite à tes souhaits muets
jaugea quand (jamais quoi) Satan sape sa poche,
cigarette anthracite, attraits sourds — et murés,
George archange armé croit, sa transe âpre s’approche.

Qui l’éventa lâché, cent houles secouant
huit solos Gillespie affolés, notes d’âme ?
Cri ! l’air ventral, archer, s’enroule ce courant.
Ruisseau l’orgue, il respire, a frôlé notre drame.

On s’en fiche à l’étang : claie aux eaux du hameau,
sang d’homme et loup, son bain s’enfuit du dôme étanche.
Ronce en friche, alerte en clair roseau, dur rameau,
s'endormait l’ourson brun, sans fruit dru d’orme et tranche.

Mon Stéphane delà m’aimanta son pays,
monstre et faneur de larme et mantra sont péris.

Les apparitions bizarres (la cigarette anthracite, Dizzy Gillespie, l’étang, l’orgue, l’ourson brun, etc.) ont des résonances biographiques privées ; pourvu qu’elles restent poétiques si vous ne connaissiez pas Stéphane. Ce sonnet sera mon dernier d’une série où des vers quasi pareils se répètent, sauf alternance d’absence et de saturation du son "R". Aucun mot des distiques asphyxiés ne se répètera en zone oxygénée. Ainsi, "l’" pronom (vers 5) => article (v. 7) ; "en" pronom (v. 9) => préposition (v. 11).

Sonnet asphyxié / oxygéné

Le sonnet ci-après alterne des alexandrins asphyxiés (sans R) puis oxygénés (les mêmes truffés du son R). Cela imite une mécanique inventée par Luc Étienne :

Cette rosse amorale a fait crouler la salle ivre.
Cet os à moelle a fait couler la salive.

On considèrera comme équivalents les sons "é", "è" et "ê" ; idem des "o" & "ô" ; des "e" dans "me", "meurt" et "meuh"...

Poulet secouant des pâtés à foie obèses,
pour l’air ce courant d’air par terza — froid aux braises —
habitait sous ces bas aux mille toits ; ma noix
abrite et source et bar hormis leurs trois manoirs.

Séville et poulet foie aux aspects gélatine
serviraient pour l’air froid rose asperge et latrine.
Pâle écho bas sa voix secoue antenne à quai :
par laid crobar ! savoir ce courant air nacré.

Tes mythes qu’ont fondés cent bosses à hauts manches,
termites, confondraient sans brosses Arromanches.
Lou posséda Modène, embusquant huit andains :
lourd procès d’art moderne en brusque, en huître, en drains...

Ce fou voyait ça faux ; de tes tantes tu bines ?
Sœurs ! fourvoyez sa Ford, heurtez trente turbines.

Autre singularité, 555 lettres / gématrie = 6666.

Sonnet d'isogrammes

Sonnet à vers isogrammes (même orthographe sauf les accents) selon :
une disposition croisée A-B-A-B / A-B-A-B / C-D-C-D
puis une coda plate (E-E).

Tonneau mal érotique pour l’échelon gorge
Brûla fou l’Éden ; vois son désespoir estoc
Tonne au mâle rôti que pourlèche long orge :
Bru ! la foule d’envois sonde ses poires toc.

Ventru bistrot tabou car Centaure au Bic orne
D’écumer l’intérim eût-il éther Moloch.
Vent-rubis trotta bouc, arc en taureau bicorne ;
Déçu Merlin te rime utile Thermo Loch.

L’ancêtre flétri but, l’ancêtre bûche terre.
Ta clef, l’âne urubu la gondole rondeau,
Lance trèfle tribut, lance trébuchet, erre...

Tacle flâneur Ubu, lagon d’Oléron d’eau,
Démâté l’astérisque lasse zéro gêne,
De matelas te risque l’assez érogène.

Rémi Schulz en a relevé la gématrie 5408, chaque vers étant double = deux fois 2704, qui est le carré 52x52. Nul doute, l'exégèse y trouvera matière ;-)

El Isogrammo

Les couples d’alexandrins sont isogrammes = même orthographe sauf les accents. Le sonnet s’inspire, à distance respectueuse, du Desdichado de Nerval. Une vertu des contraintes dures, raviver des mots presque disparus : sanguignon, tan, téorbe, orbe, moiti, none, thrène. Et visiter des lieux insoupçonnés : le lac Estom, Bessac...

Foule d’ennui, sitcom, ténèbres, sanguignon :
fou l’Éden nuisit comte né bressan guignon,
m’étoila râble mine, Antarès, tan téorbe ;
met Oïl à Ra blêmi, néant à restante orbe.

Là ces tombes. Sa cloche Aude recela don,
lac Estom, Bessac Loch, eau d’ère céladon...
Pô le Duc en trépas ? Moi Tibre fleur à Rome ?
Pôle du centre pas moiti ? Bref leur arôme.

À chevelu signa : non ce clip ! sabir, on
achève Lusignan, onc éclipsa Biron,
on dîne — âpres décès de ses Pères — de sole.
Ondine après, de ces désespérés désole.

D’où chants ou pire luth, rêne de jade, vin
douchant soupir élu, thrène déjà devin.

Sonnet à rimes impossibles

En passant par le site Carnets paresseux, le sujet des orpherimes m'a fait replonger aux archives de mon ordinateur. Précisément un sonnet inspiré du Cygne de Mallarmé sur des rimes inexistantes en français, proposition de Gilles Esposito-Farèse à la liste oulipo en février 2002 :
- icre
- èple
- agle
- odre
- ousme
Cliquez ici pour lire diverses réponses listoulipiennes à l'époque. Texte ci-dessous légèrement retouché 15 ans après — entre-temps je suis devenu sensible à des points jadis indifférents.

La serge s’assouvit biais rebelle et drap d’huicre
Gracile ou modelée affecte un coupon klèple
Sur l’axe déplié Queneau glisse la guêple
En phosphorant drapier dont le col rajusticre

Son signe certes foi cherche au vent l’accès d’Hycre
Morne gris maquillant anse et bois éthélèple
Courbe noire étanchée on réagit au vèple
Sans qu’un périlleux vers eût expié l’énicre

Sourd ton sol sec hourra sous ta gangue mortagle
Parle et passe et figé voile ce qu’il énagle
Mène à l’Azur l’envol houle en hommage prodre

Toute ombre passe mieux au port les clés d’Hassousme
Lisse folle hélice oh plonge droit où vers l’Odre
Mallarmé vit l’esquif d’aucun isthme et nul ptousme.

PS — Quatrain bonus. Un enjambement déchirant scinde les mots "lequel" et "ressuscité". Ça complique le décompte (et la diction) d'octosyllabes sur deux rimes orphelines, "muscle" & "sépulcre" :

Moby Dick secrète du musc, le-
-quel déborde, terrible muscle :
l’océan vert le mue en Hulk res-
-suscité d’abyssaux sépulcres.

Trois autres quatrains de même facture ici.

Pantounnet irrégulier

Voici un pantounnet non académique : les vers 2 et 4 ne sont pas répétés, remplacés par des holorimes.

Disposition 1 –

Verre au lait baratté, qui l’a ?
Serge de Rome avec rhésus :
lasso sculptant six ogres nus
en glaise, Kant ange parla.

Sers-je deux rhums ? Ave Crésus !
Hello Sang-Bleu, Mozart, Ella...
Anglaise qu’entends-je par là ?
Ce dos en nous – you say « back us ».

Et l’eau semble mozzarella,
mâle eau-Ricard dans ce rébus,
se dosant nouille où c’est Bacchus.
Taine, hébreu vœu, fait tombola.

Malo rit car danseraient bus,
vérole et bar à tequila.

Disposition 2 –

Verre au lait baratté, qui l’a ?
Serge de Rome avec rhésus !

Lasso sculptant six ogres nus
en glaise, Kant ange parla :
« Sers-je deux rhums ? Ave Crésus !
Hello Sang-Bleu, Mozart, Ella... »

Anglaise qu’entends-je par là ?
Ce dos en nous – you say « back us ».
Et l’eau semble mozzarella,
mâle eau-Ricard dans ce rébus.

Se dosant nouille où c’est Bacchus,
Taine, hébreu vœu, fait tombola ;
Malo rit car danseraient bus,
vérole et bar à tequila.

Ô ce soir le Dos

Ô ce soir le Dos (à Paso del Río Seco)

Pampa du Ténébreux, du veuf, de l’exilé,
Argentine où s’esquive une tour abolie :
Sevré de Pausilippe et d’accorte Italie,
Ombre d’Hombre j’échoue au tombeau désolé.

Défunte étoile enfuie, une mélancolie
Enclôt de soleil noir ce tango constellé,
Lumière qu’à la rose aucun pampre n’allie.
.
Renais-je Cervantes ? Pedro de Calderón ?
Incarnat fut mon front du souffle de Syrène :
Ona chez les géants chevauchant la Baleine.
-
Seconde fois vainqueur j’ai franchi le Cap Horn,
Entonnant tour à tour sur la lyre d’Orphée :
Caramba Santa Fe ! Basta la Vierge Fée !
Olé la Floralis Genérica, Péon !

Ce sonnet sur schéma deux mil.dix-sept ABBA BAB CDD CEEC, acrostiche de "Paso del Río Seco" en Argentine, vient après des centaines d'Avatars de Nerval compilés par Nicolas Graner.

L'existence de Paso del Río Seco m'a été signalée par Gilles Esposito-Farèse. Je l'en remercie, ainsi que du palindrome qui s'ensuit = Ô ce soir le Dos à Paso del Río Seco.

Cités dans le poème, liens à Pedro de Calderón, aux Onas, à la Floralis Genérica.

Pantounnet

Nommons pantounnet la forme qui concilierait le schéma rimique du pantoum (plus exactement "pantoun") et la structure d’un sonnet Abba-Baab. Ci-dessous deux découpages différents du même texte :
=> 3 quatrains + 1 distique => AbbA - bAAb - AbbA - bA (rimes embrassées),
=> 1 distique + 3 quatrains => Ab - bAbA - AbAb - bAbA (rimes croisées).
Composé en pensant au Monet de Giverny... chez qui Rabelais a fait irruption sans prévenir.

PS – Alain Chevrier me signale un précédent de Fernand Clerget en 1891, deux sonnets où la mécanique pantoum se relâche à partir des tercets (sinon la répétition du premier vers à la fin, règle moderne et française instituée par Banville). Ça s’intitule Séparation et L’Outrage.

Disposition 1 :

L’étang ploya
ce pont courbé
arc dérobé
d’un nymphéa

Ce pont courbé
reflet boa
d’un nymphéa
monte au jubé

Reflet boa
d’orbe nimbé
monte au jubé
Gargantua

D’orbe nimbé
l’étang ploya
            

Disposition 2 :

L’étang ploya
ce pont courbé

Arc dérobé
d’un nymphéa
ce pont courbé
reflet boa

D’un nymphéa
monte au jubé
reflet boa
d’orbe nimbé

Monte au jubé
Gargantua
d’orbe nimbé
l’étang ploya

Sonnet Abba-Baab

Dans la compilation Quasi-Cristaux de Jacques Roubaud, les sonnets dont les quatrains riment en AbbA bAAb ont un goût d’inachevé, comme si la contrainte était adoptée puis abandonnée en plein poème, sans excuse sinon l’écueil des tercets. Pour vague exception, non aboutie, Maurice du Plessys avec Le feu sacré s’occupe quand même de forme globale, puisque du moins ses tercets répètent les rimes des quatrains.

Tentons mieux : divisons nos 14 vers en 3 quatrains + 1 distique qui fera office d’envoi. Puis recopions exactement le même sonnet... sauf la division : distique en exergue + 3 quatrains. Eh bien dans les deux cas, on observe une interversion des rimes au sein des quatrains...

=> AbbA - bAAb - AbbA - bA => ici quatrains à rimes embrassées,
=> Ab - bAbA - AbAb - bAbA => et là à rimes croisées.

Ci-dessous illustration à moitié burlesque d’après Gérard de Nerval.

Disposition 1 :

Je suis le liquoreux qui surfe vent gonflé
Et grince capitaine à la proue abolie
J’ai mouillé l’ancre au dock où plongea la poulie
Et par deux fois chiqueur fumé le narghilé

L’effroi trempe sa lippe et la mer sourd emplie
Dans le bruit du bateau que Méduse a coulé
Ma voile étole torte âme au mât constellé
Porte ce cocktail noir de la coupe à la lie

Suis-je Achab ou Haddock ? Phytéas de Thulé ?
Ma gueule est pourpre encore ô ballast de folie
J’appareille ! l’étrave à la drosse s’allie
Barfleur glisse et s’étend sous mon quart désolé

Modulant sans retour son délire Ophélie
Soupire en Bruges morte un cri d’au-delà lai

Disposition 2 :

Je suis le liquoreux qui surfe vent gonflé
Et grince capitaine à la proue abolie

J’ai mouillé l’ancre au dock où plongea la poulie
Et par deux fois chiqueur fumé le narghilé
L’effroi trempe sa lippe et la mer sourd emplie
Dans le bruit du bateau que Méduse a coulé

Ma voile étole torte âme au mât constellé
Porte ce cocktail noir de la coupe à la lie
Suis-je Achab ou Haddock ? Phytéas de Thulé ?
Ma gueule est pourpre encore ô ballast de folie

J’appareille ! l’étrave à la drosse s’allie
Barfleur glisse et s’étend sous mon quart désolé
Modulant sans retour son délire Ophélie
Soupire en Bruges morte un cri d’au-delà lai

Sonnet 2017

Une disposition de sonnet pourrait s’appeler 2017, en toutes lettres « deux mil. dix-sept » ("mil" en 3 lettres étant réputé singulier, ajoutons-y un point tel que "mil." soit l'abréviation typographique de "mille"). Les strophes feraient défiler dans l’ordre un quatrain, deux tercets, enfin un quatrain... soit le nombre de lettres du mot composé que l’on placerait en acrostiche. Se trouve-t-il des villages dédicataires potentiels d'un sonnet 2017, du genre (au pif) Vert-Bac-sur-Rive (1) ? Mieux encore quand la gématrie du poème est un nombre premier, ci-dessous 2549 – à défaut de 2017, top du must.

Deux mil.dix-sept
Eaux d’acrostiche
Urbain qu’affiche
Xemple hui sonnet

Mais l’interstice
Isthme onc tercet
Loin s’invertisse
.
Deux prédit trois
Il fait sa course
Xérès puis source
-
Suit quatrain las
En strophe quatre
Perd de ne battre
Train pris au pas

(1) Ayant lu ce sonnet 2017, Gilles Esposito-Farèse a entrepris un tour du monde des communes dont le nom se divise en 4 mots de 4-3-3-4 lettres. Aucune en France ; parmi ses trouvailles ailleurs :
Eind van Den Hout / Goth Ali Gul Khan / Goth Ali Jan Khan / Goth Ali Mir Shah / Goth Azi Ali Khan / Goth Huh Ali Shah / Goth Nur Ali Shah / Goth Nur Din Khan / Ksar aït ben saïd / Làng Dak Nay Kram / Miro Wal Mir Khan / Oasi dei Due Mari / Paso del Río Seco / Phum Bat Sna Snap / Phum Kas Sam Thom / Phum Kon Kae Kaet / Phum Pou Ang Kand / Save You All Bank / Shah Beg Dra Khan / Sidi Ali Ben Youb / Thon The Chi Dong

Statue équestre DB

Statue équestre la pointe du pied,
triple galop, souffle et charivari.
Anniversaire on y compose un lied,
trente fois deux mesures de tutti ;
uhlans frappés – ô cadence oulipote –
errons contraints & panache léger.

Équilibrons l’éther avec le plomb,
que notre pas au milieu s’insinue,
un sabot : sol, l’aile à Pégase : azur,
eurythmie où se harnacher de joug
sublimerait l’obstacle littéraire.
Troubadour qui t’avises découvrir,
reçois ce don, mon sonnet antipode,
envoi d’ores loin Didier Bergeret.



Un prénom et un nom respectivement de 6 et 8 lettres, voilà bien circonstances où composer une statue équestre, appellation dont les 14 lettres font ici acrostiche. Sans ponctuation et dans une police à chasse fixe (Courier), les décasyllabes justifiés permettent de lire aisément "Didier Bergeret" en télostiche :

Statue équestre la pointe du pieD
Triple galop souffle et charivarI
Anniversaire on y compose un lieD
Trente fois deux mesures de tuttI
Uhlans frappés ô cadence oulipotE
Errons contraints & panache légeR

Équilibrons l’éther avec le plomB
Que notre pas au milieu s’insinuE
Un sabot sol l’aile à Pégase azuR
Eurythmie où se harnacher de jouG
Sublimerait l’obstacle littérairE
Troubadour qui t’avises découvriR
Reçois ce don mon sonnet antipodE
Envoi d’ores loin Didier BergereT

Post-scriptum – Ce sonnet à l'envers a été composé pour l'anniversaire imminent, 60 ans, d'un ami poète abonné à la liste oulipo. Je savais Didier Bergeret très malade, j'espérais lui procurer un peu de consolation à la lecture d'une "statue équestre" dont il serait le héros. Car (cliquez voir son nom) il appréciait les textes contraints, en écrivait lui-même d'époustouflants. Trop tard, la voix douce s'est tue. L'hommage intact reste cependant – sauf le dernier vers, joyeux, entre-temps retouché de tristesse.

El Holorimo

Après les récents El Oulipico de Ponto-Combo & El Norteñorgullo...

C’est toi l’assombri Kay luttant d’opacité,
comte aquitain sot, laid, défait sur sa folie.
S’étoila son briquet, luth en do pas cité
qu’on t’acquitte insolé : d’effet sûr Sapho lie.

Par tombeau télépathe aurez-vous saboté,
langoureux Pausilippe, Oc ta vamp l’Italie ?
Partons botter l’épate au rêve où sa beauté,
langue ou repos, s’y lippe : Octave emplit ta lie.

L’Amour hantait Nerval, avide en jachère on
peut rougir ondoyant sensible merci, Reine,
peur ou gironde oyant sang si bleu, mer, Sirène...

Là mourante énerva la vidange Achéron,
mots du lent Faune et tic y récitant qu’Orphée
module en phonétique ire et Scythe encor Fée.

... voici un nouvel avatar de Nerval où l'on rencontre John Kay, Anglais exilé en Aquitaine, l'inventeur de la navette volante.
Les vers sont dits holorimes = rimes intégrales sur 12 syllabes.

Variante isocèle = largeur constante des vers :

El Isocelholorimo –

Je dis : ténèbres d’Ouille, étoile, mie, olé !
Tôt noble à kakis teints parla : Tour abolie ?
Jeudi t’es né bredouille ; eh ! toi le miaulé,
tonneau black aquitain par latte ou rabot lie.

Tombeau, fleurs, tristement barricadés au lai,
malheureux Pausilippe outre est vamp l’Italie.
Ton beau flirt Rijks te ment, Barry cas désolé
mâle repos s’y lippe où trêve emplit ta lie...

Qui ? Phébus ô vainqueur défit bronzer Barons,
car maintenant on naît sensible ! Merci, Reine
carmin tenant ton nez sans cible, mer, sirène.

Kiffer bus au vain cœur : défibrons et barrons
mots du lent Faune et tic y récitant qu’Orphée
module en phonétique ire et Scythe encor Fée !

El Norteñorgullo

Encore un Avatar de Nerval, cette fois avec des antonymes. Et puis le sonnet méridional de Gérard de Nerval s’est déplacé au septentrion. Les quatrains riment correctement, les tercets se satisfont d’assonances. Majuscules et ponctuation sont à la mode de l’original. Arnoul puis Godefroy ont été seigneurs de Condé-sur-l’Escaut. L’écluse des Repenties figure sur une carte du fleuve en 1731.

El Norteñorgullo -

Je suis le Lumineux, – l’Époux rasséréné –,
le Valet d’une mine active en Picardie :
mes vivaces Trous Noirs hors étouffoir cerné
laissent rouler la Lune albe et ragaillardie.

Au matin du berceau, Toi qui m’avais peiné,
prends-moi l’Escaut captif d’écluse Repentie
et ce froid qu’abhorrait, insensible et fané,
une orge sans Houblon pour fade Eucharistie.

Suis-je Faune ou Satyre ?... Arnoul ou Godefroy ?
Ma nuque n’a bleui d’une servile beigne ;
je veille où, dans l’Azur, plane l’Hydre de Lerne.

Resté deux fois à quai, j’ai renoncé d’effroi
faire taire en accord Hamelin et la flûte,
la pécheresse apnée et le Silence occulte.

El Oulipico de Ponto-Combo

Samedi 9 juillet 2016, dans le grand jardin de la maison familiale, Nicolas Graner a organisé les premiers Jeux Oulipiques. C'était à Grandvillé dans la Brie, non loin de Mormant et de Pontault-Combault. Une trentaine de gens composions ensemble de la poésie, quand un phénomène s'est produit tel que Walter Benjamin l'entendait (cf. Alex Dutilh sur France Musique / avancer à 44:00 ; le commentaire dure 2 minutes), quelque chose aussi improbable que l'hallucinant dernier chapitre d'Anquetil tout seul de Paul Fournel.

Nous nous souviendrons d'une journée d'impeccable, d'exemplaire, d'extrême civilité.

Je suis – Éden heureux – l’hôte de Grandvillé :
province d’une plaine alentour ample Brie,
familiale porte et clos ensoleillé
qu’orne l’accort fermoir d’un bouquet de prairie.

Mormant suivant Combault, Nicolas travaillé
d’émoi très oulipique espère non tarie
la source emprès l’étang sous l’arbre tortillé,
où l’oreille se chante une prose euphorie.

Suis-je Syagrius l’évasé de Soissons ?
Mon français bouge encore, assez se rassérène
pour changer une faute en hapax clinamène...

Et j'ai vingt fois veinard l’adresse de maisons
hébergeant tout un jour près la rive dallée
ce qu’inspire sans crainte une exquise assemblée.

À ranger sous l'ombre tutélaire des Avatars de Nerval, chaque vers ici visant à sonner en rappelant l'original.

Notes –
1) Il y a bien un petit étang, un arbre tortillé, etc. dans le jardin Graner.
2) Syagrius est le dernier "roi romain" maître de la Brie, avant que Clovis ne le vainque à Soissons.
3) Au lieu de "clinamen", "clinamène" est en effet un hapax, du moins une cheville.

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