mardi 19 mai 2015
Le canada-dry de canada-dry de Jacques Roubaud
Le 8 janvier 1988 en réunion d’Oulipo, Jacques Roubaud a proposé une variation de la contrainte dite "canada-dry" : qui aurait l’air d’être canada-dry mais respecterait rigoureusement la contrainte qu’elle feint de feindre. « La bouteille de canada-dry contient du whisky » conclut sobrement JR.
En attendant d’autres formes, administrons ce principe successivement à la parapèterie, au palindrome, à l’anagramme, aux octosyllabes et alexandrins, au haïku, à l'isocélisme.
1) Une parapèterie quasi obscène masque d’innocentes contrepèteries.
La Chine a moqué le mâle Japon. La mine a choqué le mage lapon.
2) Énoncé capillotracté qui a tout l’air saccadé d’une imitation de palindrome lourdingue... exact au cheveu près quand on écrit en toutes lettres les trois symboles €, =, £.
Bon servile € = l’âge, ô ruée, £ snob ! Bon servile euro égale l’âge. Ô ruée, livre snob !
2’) Épeler la ponctuation.
Aussi ô, l’élu grivois sua aussi ô virgule l’élu grivois sua
3) Un énoncé avec de faux airs d’anagramme devient une vraie anagramme si on développe "etc." en "et cetera".
Ta came agrémentera / anagramme etc. Ta came agrémentera anagramme et cetera
4) L’alexandrin présenté trop court (strophe 1) s’avère finalement bien calibré (strophe 2).
À tel alexandrin bien court, tel vrai cheval au galop sourd. L’ersatz souffle l’original. À tel alexandrin, bien court tel vrai cheval ; au galop sourd l’ersatz, souffle l’original.
4’) Autre faux alexandrin qui devient vrai.
Moitié rallongera le rythme : enfle d’un brin l’unique rime, alors éclot l’alexandrin. Moitié rallongera, le rythme enfle d’un brin, l’unique rime alors éclot l’alexandrin.
4’’) Le faux octosyllabe devient vrai ; cf. sur ce blogue le sonnérailleur.
Se divise aux deux tiers la fable chronomètre, s’écoule un sable enfui de rythme octosyllabe. Se divise aux deux tiers la fable : chronomètre s’écoule un sable enfui de rythme octosyllabe.
5) Canada-dry de canada-draïku.
Comme haricots Vol d’échalas et pieux Nous en avions
Because 4-6-4 syllabes, ce poème n’est qu’un canada-draïku ; traduction :
- Idem qu’haricots (h muet),
- arnaque aux asperges et bâtons (synérèse à "pieux") :
- on n’en manquait pas.
M'enfin non pas du tout, ce poème est bien un haïku en 5-7-5 syllabes ; traduction :
- Pareils que haricots (h aspiré),
- voyez léviter ces maigrichons dévots (diérèse à "pi-eux") :
- c’est nous dans des aéroplanes (diérèse à "avi-ons").
6) Fausses lignes isocèles plus ou moins étirées (recyclage pour la circonstance d’un billet précédent).
Les vieilles machines à écrire donnaient un écartement constant, quels que soient les caractères & espaces qu’on frappait. Dans les années 60, il n’existait aucune machine qui justifie du premier coup les colonnes typographiées. À gauche c’était aligné vertical mais à droite il y avait toujours une sorte de zigzag… à moins de rajouter, çà & là, des espaces au milieu des lignes. Or, Suel et Perec ont inventé dans divers recueils & fanzines l’art du calage de lignes justifiées qu’à présent un Ian Monk ou un Gilles Esposito-Farèse exécutent en toute virtuosité. Cela, les publics habitués d’oulipo le connaissent bien : au premier coup d’œil ils verront si ce texte est justifié par l’aide d’un artifice ou écrit suivant un nombre fixe et minimal de caractères à chaque ligne.
Le même texte strictement isocèle, 40 frappes par ligne + retour chariot.
Les vieilles machines à écrire donnaient un écartement constant, quels que soient les caractères & espaces qu’on frappait. Dans les années 60, il n’existait aucune machine qui justifie du premier coup les colonnes typographiées. À gauche c’était aligné vertical mais à droite il y avait toujours une sorte de zigzag… à moins de rajouter, çà & là, des espaces au milieu des lignes. Or, Suel et Perec ont initié dans divers recueils & fanzines l’art du calage de lignes justifiées qu’à présent un Ian Monk ou un Gilles Esposito-Farèse exécutent en toute virtuosité. Cela, les publics habitués d’oulipo le connaissent bien : au premier coup d’œil ils verront si ce texte est justifié par l’aide d’un artifice ou écrit suivant un nombre fixe et minimal de caractères à chaque ligne.
(à suivre...)
Post-scriptum - À propos de lignes isocèles, réminiscence de coïncidence le 5 janvier 2011 :
Robert Rapilly,
mardi 19 mai 2015
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