Le blogue de Robert Rapilly

Sonnet d'isogrammes

Sonnet à vers isogrammes (même orthographe sauf les accents) selon :
une disposition croisée A-B-A-B / A-B-A-B / C-D-C-D
puis une coda plate (E-E).

Tonneau mal érotique pour l’échelon gorge
Brûla fou l’Éden ; vois son désespoir estoc
Tonne au mâle rôti que pourlèche long orge :
Bru ! la foule d’envois sonde ses poires toc.

Ventru bistrot tabou car Centaure au Bic orne
D’écumer l’intérim eût-il éther Moloch.
Vent-rubis trotta bouc, arc en taureau bicorne ;
Déçu Merlin te rime utile Thermo Loch.

L’ancêtre flétri but, l’ancêtre bûche terre.
Ta clef, l’âne urubu la gondole rondeau,
Lance trèfle tribut, lance trébuchet, erre...

Tacle flâneur Ubu, lagon d’Oléron d’eau,
Démâté l’astérisque lasse zéro gêne,
De matelas te risque l’assez érogène.

Rémi Schulz en a relevé la gématrie 5408, chaque vers étant double = deux fois 2704, qui est le carré 52x52. Nul doute, l'exégèse y trouvera matière ;-)

El Isogrammo

Les couples d’alexandrins sont isogrammes = même orthographe sauf les accents. Le sonnet s’inspire, à distance respectueuse, du Desdichado de Nerval. Une vertu des contraintes dures, raviver des mots presque disparus : sanguignon, tan, téorbe, orbe, moiti, none, thrène. Et visiter des lieux insoupçonnés : le lac Estom, Bessac...

Foule d’ennui, sitcom, ténèbres, sanguignon :
fou l’Éden nuisit comte né bressan guignon,
m’étoila râble mine, Antarès, tan téorbe ;
met Oïl à Ra blêmi, néant à restante orbe.

Là ces tombes. Sa cloche Aude recela don,
lac Estom, Bessac Loch, eau d’ère céladon...
Pô le Duc en trépas ? Moi Tibre fleur à Rome ?
Pôle du centre pas moiti ? Bref leur arôme.

À chevelu signa : non ce clip ! sabir, on
achève Lusignan, onc éclipsa Biron,
on dîne — âpres décès de ses Pères — de sole.
Ondine après, de ces désespérés désole.

D’où chants ou pire luth, rêne de jade, vin
douchant soupir élu, thrène déjà devin.

Sonnet à rimes impossibles

En passant par le site Carnets paresseux, le sujet des orpherimes m'a fait replonger aux archives de mon ordinateur. Précisément un sonnet inspiré du Cygne de Mallarmé sur des rimes inexistantes en français, proposition de Gilles Esposito-Farèse à la liste oulipo en février 2002 :
- icre
- èple
- agle
- odre
- ousme
Cliquez ici pour lire diverses réponses listoulipiennes à l'époque. Texte ci-dessous légèrement retouché 15 ans après — entre-temps je suis devenu sensible à des points jadis indifférents.

La serge s’assouvit biais rebelle et drap d’huicre
Gracile ou modelée affecte un coupon klèple
Sur l’axe déplié Queneau glisse la guêple
En phosphorant drapier dont le col rajusticre

Son signe certes foi cherche au vent l’accès d’Hycre
Morne gris maquillant anse et bois éthélèple
Courbe noire étanchée on réagit au vèple
Sans qu’un périlleux vers eût expié l’énicre

Sourd ton sol sec hourra sous ta gangue mortagle
Parle et passe et figé voile ce qu’il énagle
Mène à l’Azur l’envol houle en hommage prodre

Toute ombre passe mieux au port les clés d’Hassousme
Lisse folle hélice oh plonge droit où vers l’Odre
Mallarmé vit l’esquif d’aucun isthme et nul ptousme.

PS — Quatrain bonus. Un enjambement déchirant scinde les mots "lequel" et "ressuscité". Ça complique le décompte (et la diction) d'octosyllabes sur deux rimes orphelines, "muscle" & "sépulcre" :

Moby Dick secrète du musc, le-
-quel déborde, terrible muscle :
l’océan vert le mue en Hulk res-
-suscité d’abyssaux sépulcres.

Deux autres quatrains de même facture ici.

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