Le Renard et le Corbeau, ou quand les rôles s’inversent —

Maître Renard, sur le sol allongé,
tenait en sa gueule un fromage
quand un corbeau, pleurant être piégé,
croassa au cœur du bocage :
« Au secours, Monsieur du Renard,
libérez ma carcasse en proie au traquenard !
Vous reprendrez votre bombance
l’instant d’arrêter ma souffrance... »

Croquer l’oiseau d’abord, ensuite un camembert ?
calcule l’autre ; et comme il y pouvait atteindre,
s’avance jusqu’au fourré vert,
lâche la pâte pour la chair qu’il veut étreindre
sans assiette ni sans couvert.
Il ouvre grand la bouche...

Sitôt, depuis la souche,
le piaf a sauté dans son dos
et plane avec le calendos.
Maître Corbeau, haut perché, dit : « Pauvre Monsieur,
apprenez qu’un bon chasseur
ne lâche pas l’acquis pour l’ombre.
Consolez-vous de fruits, peut-être d’un concombre ? »

Le Renard fuit chez les voisins ;
Gascons sinon Normands, auraient-ils des raisins ?

La contrainte d'écriture tient en peu de mots, imiter une fable connue en inversant les rôles. Par exemple "La Tortue et le Lièvre" se terminerait par la victoire du lièvre, photo finish à l'appui. Imaginer ensuite "L'Agneau et le Loup", "Le Roseau et le Chêne", etc.
Il y a ci-dessus 5 vers de plus que chez La Fontaine. À cela près, le schéma des rimes et le format des vers sont inchangés. Ainsi, l’unique heptasyllabe « Apprenez que tout flatteur » a été dûment traduit en « Apprenez qu’un bon chasseur ».
Enfin on note des allusions à une autre Fable, Le Renard et les Raisins, suite trop peu roborative. Consolons donc notre malchanceux renard ci-après.




Les Raisins et le Renard, ou qui dort dîne —

Un renard rubicond, goupil au bois dormant,
gros et gras, le poil frais et la truffe vermeille,
s’assoupit dessous un sarment
débordant de juteuse treille.
Les grappes effleuraient sa babine, un repas
dont l’effluve allait au nez poindre.
« Midi sonne et je dors ; grâce ! éloignez vos pas :
Morphée engraisse mieux que goinfre. »

Ci-dessus avec les rimes de La Fontaine, ci-dessous sans.

Certain renard gourmet à l’heure du dessert
s’assoupit satisfait sous le pied d’une vigne.
Le cep était de fruits couvert,
qui lui chatouillaient la babine.
— Qu’attends-tu pour croquer, Renard, l’exquis raisin
dont un bouquet de rêve exsude ?
— Mais le temps d’une sieste où sursoir au festin
en rehausse la plénitude !