Le blogue de Robert Rapilly

Grand Persil

30 ans qu’existe par la grâce d’un poète clown
le Grand Persil

d'aucuns posent
opposent
la question du sens à la poésie
oulipienne souvent méchamment parfois
il y en a qui n'aiment pas qu'on "traite" leur maternelle langue
qu’en dire

à moins d’avoir étudié Kandinsky et retrouvé son explicite intention
qui pourrait jurer que Bleu de Ciel est à l'envers comme ci
à l'endroit comme ça
pourquoi écoutant La Valse de Ravel
l’un croit survoler un azur de lavandes
l’autre déchiqueter la cervelle d'un jaguar
or
dépourvues d'intelligibilité discursive
les mêmes peinture et musique ravissent l'un et l'autre

alors bon sang de chien
privera-t-on la poésie de pétrir
si bon lui semble
son signifiant de lettres et de mots
comme on fait ailleurs des pigments et des sons

enfances des arts
souvenons-nous des fatrasies d’Arras
ou de la souris verte
verte parfaitement
qui courait dans l'herbe
gamin sans remords on l’a trempée dans l'huile et dans l'eau
ça faisait un escargot tout chaud
aucun sens
mais un puissant jeu d'assonances
de rythme
d'images surgies de l’oralité pure

une souris verte
qui courait dans l’herbe
je l’attrape par la queue
je la montre à ces messieurs
(...)

même rigueur d'oulipo en dernier ressort chez Gilles Defacque
un soir de 1976 salle Marx Dormoy à Lille
après "Brésil" ou "babil" je ne sais plus
mais je me souviens au mot près que sur le fil d’un poème instantané
le clown invoqua
l'ombre du Grand Persil
à la seule gloire de la Rime

Plis Excelsior

Sonnet rapporté d'après Remémoration d'amis belges :

Que l’heure arrive où rien ne siffle encor t'émeuve
Des vétustés couleur d’oubli presque d’encens
Comme furtive es-tu visible où je le sens
Tu te dévêts pli selon pli toi pierre veuve

Havre des Ziaux tel us n’aurait vu cette preuve
Tout à s'épandre un baume antique avant les temps
Mémoriaux du seul secret d’un lien contents
En vive Flandre ouïr implique amitié neuve

Chers rencontrés dès lors ici ça n’est banal
À Bruges près cette aube aussi défunt canal
La promenade éparse et mainte avec le cygne

Biefs solennels d’abord cité dont on apprit
Entre lesquels des fils l’ite qu’un vol désigne
Prompte s’évade autour l’enceinte aile en l'esprit.

2 plis délimitent 3 colonnes :


Après le sonnet déplié (1+2+3),
ci-dessous 6 autres pliés (à la suite 1, 2, 3, 1+2, 1+3, 2+3) :

1-
Que l'heure arrive
Des vétustés
Comme furtive
Tu te dévêts

Havre des Ziaux
Tout à s'épandre
Mémoriaux
En vive Flandre

Chers rencontrés
À Bruges près
La promenade

Biefs solennels
Entre lesquels
Prompte s'évade

2-
Où rien ne siffle
Couleur d'oubli
Es-tu visible
Pli selon pli

Tel us n'aurait
Un baume antique
Du seul secret
Ouïr implique

Dès lors ici
Cette aube aussi
Éparse et mainte

D'abord cité
Des fils l'ite
Autour l'enceinte

3-
Encor t'émeuve
Presque d'encens
Où je le sens
Toi pierre veuve

Vu cette preuve
Avant les temps
D'un lien contents
Amitié neuve

Ça n'est banal
Défunt canal
Avec le cygne

Dont on apprit
Qu'un vol désigne
Aile en l'esprit.

12-
Que l'heure arrive où rien ne siffle
Des vétustés couleur d'oubli
Comme furtive es-tu visible
Tu te dévêts pli selon pli

Havre des Ziaux tel us n'aurait
Tout à s'épandre un baume antique
Mémoriaux du seul secret
En vive Flandre ouïr implique

Chers rencontrés dès lors ici
À Bruges près cette aube aussi
La promenade éparse et mainte

Biefs solennels d'abord cité
Entre lesquels des fils l'ite
Prompte s'évade autour l'enceinte

13-
Que l'heure arrive encor t'émeuve
Des vétustés presque d'encens
Comme furtive où je le sens
Tu te dévêts toi pierre veuve

Havre des Ziaux vu cette preuve
Tout à s'épandre avant les temps
Mémoriaux d'un lien contents
En vive Flandre amitié neuve

Chers rencontrés ça n'est banal
À Bruges près défunt canal
La promenade avec le cygne

Biefs solennels dont on apprit
Entre lesquels qu'un vol désigne
Prompte s'évade aile en l'esprit.

23-
Où rien ne siffle encor t'émeuve
Couleur d'oubli presque d'encens
Es-tu visible où je le sens
Pli selon pli toi pierre veuve

Tel us n'aurait vu cette preuve
Un baume antique avant les temps
Du seul secret d'un lien contents
Ouïr implique amitié neuve

Dès lors ici ça n'est banal
Cette aube aussi défunt canal
Éparse et mainte avec le cygne

D'abord cité dont on apprit
Des fils l'ite qu'un vol désigne
Autour l'enceinte aile en l'esprit.

Pli second pli

Pliant Remémoration d'amis belges de Mallarmé, on escamotera une colonne verticale délimitée par « pli selon pli » (vers 4). Un nouveau sonnet apparaîtra alors. Cela rappelle La redondance chez Phane Armé de Queneau qui, lui, ne conserve que les sections rimantes, qualifiées de lumineux élixir. Plier ne masque pas le sens initial, même si la charpente grammaticale bouge un peu. Paul Bénichou dans Selon Mallarmé lit : « toute la vétusté (v.2) flotte ou semble (v.5) épandre pour baume le temps (v.6) sur la soudaineté de notre amitié (v.8) » ; les tercets complètent cette phrase d'un vocatif.

Post-scriptum dix ans après, mercredi 11 octobre 2017 — Fantaisies inspirées d'une proposition d'Alain Zalmanski à la liste oulipo : énoncer un message qui contienne une inclusion verticale contradictoire, subversive, etc.

              
           

La contrainte s'est d'abord mise à divaguer hors de contrôle, raccrochée au souvenir opportuniste d'une saillie du président Hollande traitant les prolétaires de "sans dents". Il sera possible de crypter des contenus plus intéressants, intentionnels & poétiques, et de peaufiner la forme, par exemple en insérant des haïkus ou des sélénets dans des sonnets. Singulière résonance potentielle, me semble, que les deux textes — vertical & horizontal — se frôlent par le sens, cependant que l'étymologie des mots englobants (noirs) & inclus (rouges) reste distincte.

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