Le blogue de Robert Rapilly

Petites morales

Trois petites morales élémentaires portatives à typographie symétrique selon un axe vertical. On note aussi un contraste accentué entre les mots de gauche et de droite.





morale élémentaire	échantillon réduit
tentative

volume égal		sens opposé
paradoxe

ligne à ligne
gauche & droite
agrémentées d’antagonisme
tiendront l’équilibre

composition jumelle		message asymétrique
aporie


*


géométrie juste		somme distincte
pourquoi

arithmétique irréfutable	typographie subcontraire
comment

pareil qu’impair
cinq est pair
six non
quant à douze

compte juste	total inégal
sic


*


grands motifs	effets petits
bof

geste infime	lourde suite
zut

nul feu
aux gaz
mais un fétu
fait boum

rêve évanoui	réalité crue
aïe


*



La même chose élargie au format originel de la morale élémentaire quenaldienne :




chemin égal     partance immobile     sens opposé
oxymoron univoque

typographie jumelle    partage calibré    message asymétrique
affichage invisible

geste infime    tentative contraire    lourde suite
quadrature circulaire

faire en sorte
que peut-être ici
ligne après ligne
gauche & droite
soient égales
mais de sens
inverses

grands motifs    accord justes    effets petits
début final


*


morale élémentaire    pâleur foncée    complexités veules
mesure fausse

pâleur noire    souffrance insensible    blanc obscur
cercle pointu

illusions perdues    écueil simple    réalité retrouvée
pic mou

autant de poudre
nul feu
mais un fétu
fait boum
qu’un
contraste identique
change pareil

là bas     conclusion inaugurale     pic ci
milieu opposé
 

*



Post-scriptum deux petites morales élémentaires portatives, saturées celles-là de mots composés :



hors-d’œuvre bon chic bon genre		amuse-gueule aigre-doux
vol-au-vent

maître-queux taste-vin		eau-de-vie hors d’âge
pot-au-feu

quatre-vingt-neuf
le ci-devant
sous-paye
le sans-culotte

casse-croûte à la six-quatre-deux	pique-nique sous-alimenté
tord-boyaux

*


tue-mouches toxi-infectieux		plus-value agro-alimentaire
arrière-pensée

quant-à-soi trompe-l’œil		à-côtés sous-jacents
sauf-conduit

quelques-uns
mauvais-coucheurs
sous-entendons
contre-attaquer

basse-fosse mal famée		garde-chiourme haut-placé
passe-droit


*

Lipovirgule

1) Essayer d’écrire une phrase unique et longue qui reste intelligible sans autre ponctuation que la majuscule initiale et le point final :

Rédigeons une phrase au format du sonnet dont la syntaxe coure exempte de virgule indispensable puisqu’une maille articule à la suite enchaînée un témoin aussi net qu’une marque dessous la touche de Monet où Saint George Major rougeoie & coagule sans négliger parmi tel vaste crépuscule le moindre des halos duquel se reconnaît à propos de rayon comment signe sa place un contour fugitif en l’opportune espace que nous alignerons au mot le plus banal jusqu’une métaphore empreinte d’amarante sur un cadre coté quatorze fois quarante pas de typographie avec son point final.

2) S’être accommodé des contraintes ci-avant énoncées pour un sonnet en vers isocèles :

Rédigeons une phrase au format du sonnet
dont la syntaxe coure exempte de virgule
indispensable puisqu’une maille articule
à la suite enchaînée un témoin aussi net

qu’une marque dessous la touche de Monet
où Saint George Major rougeoie & coagule
sans négliger parmi tel vaste crépuscule
le moindre des halos duquel se reconnaît

à propos de rayon comment signe sa place
un contour fugitif en l’opportune espace
que nous alignerons au mot le plus banal

jusqu’une métaphore empreinte d’amarante
sur un cadre coté quatorze fois quarante
pas de typographie avec son point final.

3) S’entendre objecter que la séparation des strophes ajoute 3 frappes aux 14 x 40 dénombrées ci-dessus.

4) Dire ben oui mais on voit mieux le sonnet ainsi avant de parapher amicalement Robert_

Sextine métaphorique

Arnaud Daniel a inventé la sextine au XIIe siècle, forme adaptable au courant métaphorique abstrait de la poésie contemporaine la plus radicale. Exemple tout récent :



Je voudrais leur dire qu’on a reçu le chauffeur de coup à la voiture mais que c’est pas parce que vous voulez renverser le pied que vous descendez de la table dont vous vous abstenez de choisir le derrière.

Je voudrais leur dire qu’on a reçu le derrière de chauffeur à la table mais que c’est pas parce que vous voulez renverser le coup que vous descendez du pied dont vous vous abstenez de choisir la voiture.

Je voudrais leur dire qu’on a reçu la voiture de derrière au pied mais que c’est pas parce que vous voulez renverser le chauffeur que vous descendez du coup dont vous vous abstenez de choisir la table.

Je voudrais leur dire qu’on a reçu la table de voiture au coup mais que c’est pas parce que vous voulez renverser le derrière que vous descendez du chauffeur dont vous vous abstenez de choisir le pied.

Je voudrais leur dire qu’on a reçu le pied de table au chauffeur mais que c’est pas parce que vous voulez renverser la voiture que vous descendez du derrière dont vous vous abstenez de choisir le coup.

Je voudrais leur dire qu’on a reçu le coup de pied au derrière mais que c’est pas parce que vous voulez renverser la table que vous descendez de la voiture dont vous vous abstenez de choisir le chauffeur.



Post-scriptum - À l'opposé de la métaphore filée, on qualifiera celle-ci d'écartelée au sens qu'y donne François Le Lionnais.



Post-post-scriptum - Il y a chez cet orateur quelque chose du génie de Gustave Labarbe, maire de Champignac, dont nous reproduisons ci-après un discours inspiré de Marcel Bénabou.

Champignac demain -
Mes discours, ces enfants que je n’ai pas encore corrigés, gardez-vous, chers électeurs, de prendre pour hameçon comptant qu’ils seraient le socle de fleuves éteints. Bien au contraire (et qu’ici tout mutisme soit amplifié) ils sont les rameaux d’une forge aux envols non moins soyeux que champignaciens. Ils regonflent la charrue riante de mes tribunes, par l’embrasement d’une pelletée de slogans au portemanteau de campagnes verdoyantes et électorales - cela afin de n’éluder aucun cas grammatical ni de force majeure. Mais plane autour d’eux la racine d’une lourde baudruche, ils sont englués dans un tel grain de sable, que moi-même à vrai dire, malgré la logorrhée du silence de l’amer, n’ai pas encore réussi à en extraire la pointe du puzzle, à en distiller le sémaphore souterrain. Le fil du monde me paraît plein à ras bords de plagiaires au front chétif, tels des chiens dans la soupe, lesquels font de ma verve joyeuse une longue expectation entre Charybde et l’enclume. Ainsi déclamé-je des fragments menus (du jour) qui, dans le rétroviseur de mes discours futurs, me semblent bien partis pour rester !

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