Le blogue de Robert Rapilly

Contrepantourime

.

Leur silence d’alevin
ne souffle aux cinémas que stupeur œil de pieuvre
et garde la couleur s’il en céda le vin
soustrait d’encre hier la preuve.

Masques-tu peur œil de pieuvre
quand vertical filon ce métal a fondu
cependant tu l’absous trait d’encre hier la preuve
par le maigre résidu.

L’once métal a fondu
retour en minerai d’un crépuscule d’ocre
à l’horizon d’espar le maigre résidu
mer ni vague médiocre.

Rai d’un crépuscule d’ocre
la nuit efface l’or son journal n’est bavard
sauf d’abîmé steamer ni vague médiocre
raz en sursis du hasard.

Or son journal n’est bavard
fors un grand fait divers laquelle ressemblance
suspendue ondoiera zen sursis du hasard
dé qu’un dithyrambe lance.

Vers laquelle ressemblance
la livide couleur silence d’alevin
subterfuge codé qu’un dithyrambe lance
leur sil en céda le vin.

.

Nicolas Graner est l’auteur d’une précédente hybridation pantoum et contrerime, laquelle révélait une ingénieuse trouvaille : il a repris les premiers hémistiches vers 2 et 4 d’une strophe N pour en faire les vers 1 et 3 de la strophe N + 1. Voilà comment adopter un schéma de rimes embrassées en pantoum sans se cantonner aux -ige & -oir de Baudelaire dans Harmonie du soir.

L’esquisse ci-dessus – premier jet qui risque révision à tout moment – n’innove pas quant au schéma de rimes, puisqu’elles sont croisées à la mode de Leconte de Lisle. La nouveauté réside ailleurs : pour accentuer le vertige rythmique inhérent à la contrerime, les vers 1 et 4 sont impairs = 7 syllabes, d’où un jeu d’homographies autour de la césure des alexandrins. Exemple :

retour en minerai / d’un crépuscule d’ocre = 12
              rai   d’un crépuscule d’ocre =  7

La règle en pantoum occidental veut que le dernier vers du poème répète le premier. Elle est ici doublée d’un enchaînement possible "da capo".

Post-scriptum – Nouvelle contrepantourime à rimes embrassées, en 8/12 celle-là, et selon le premier principe de Roubaud. Le dédicataire en serait Leconte de Lisle, visionnaire, précurseur de la contrerime et du pantoum en français.

Accommodons distinct standard,
la forme fixe du pantoum depuis Banville
avec la contrerime, un style
qu’ourdit Paul-Jean Toulet ; misaine, vigie, art.

La forme fixe du pantoum :
cet entrecroisement rimé d’un double thème.
Qu’ourdit Paul-Jean Toulet ? Misaine
de l’isle que le mètre y compte au gré du zoom.

Cet entrecroisement rimé
de sons et de sujets séduit autant Leconte
de Lisle que le mètre y compte
des syllabes en moins pour prime, soulte, acmé...

De sons et de sujets séduit,
qu’on embrasse à la fois pantoum et contrerime,
des syllabes en moins pour prime ;
accommodons jumeaux le douze avec le huit.

Contrerimes

La contrerime, invention de Paul-Jean Toulet, est un quatrain dont on aura déséquilibré le rythme, dissymétrie appliquée aux vers partageant la même rime. Quelques illustrations ci-dessous, la première inspirée de Michelle Grangaud.

Je vais être veuve
des jours anciens et je pleure.
Celui qui pense possède
un sombre mystère.

Force élémentaire
implique sa preuve.
Celui qui pense possède
une aile de ma demeure.

Avant les assauts ton heure
traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

On aura reconnu un centon, par ordre d’apparition : Saki, Verlaine, Grangaud, Ducasse, Rilke, Claudel, Pétrarque, Blok. Principalement deux formes ont été ici combinées, quatrine et contrerime :

assonances /  nb syllabes
A A B B    /   5 7 7 5
B A B A    /   5 5 7 7
A B B A    /   7 5 7 5

D'après Mallarmé dans un rapport de 4/12 :

La flamme extrême
occident de désirs pour la tout déployer
se pose (je dirais mourir un diadème)
vers son foyer.

Mais vive nue
l’ignition du feu toujours intérieur
originellement la seule continue
dans l’œil rieur.

Une diffame
celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
rien qu’à simplifier avec gloire la femme
par son exploit

de doute écorche
ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche.

Enfin une hybridation de quatrine et de contrerime en 8/6 syllabes. Selon le premier principe de Roubaud, le texte présente la contrainte en s'y soumettant lui-même. Le vers 3, immuable en quatrine, est emprunté à l'inventeur de la contrerime Paul-Jean Toulet :

La rime plate de quatrine
vaut-elle en contrerime
que l’océan trempe de pleurs
un naufrage de peurs ?

Habile écueil ces peurs
dans quoi manœuvre la quatrine
que l’océan trempe de pleurs
cap sur la contrerime.

Toulet – par contrerime
pilote de nos peurs
que l’océan trempe de pleurs –
déroute à bon port la quatrine.

Épatante caractéristique décidément des quatrines qui riment : épuiser les 3 dispositions plate, croisée, embrassée.

Le système ancienne

Honte au blogueur qui écrirait des trucs et des machins partout, mais n'afficherait rien depuis des semaines dans la vitrine de sa propre boutique, ici même ! Autrement dit, honte à moi.

Car, au contraire, on me retrouve chez Zazie Mode d'Emploi :
- à Bruxelles pour un reportage
- ou à Lille avec l'accouplement littéraire ci-dessous, exécuté lors d'un atelier d'écriture animé par Martin Granger :

– LE SYSTÈME ANCIENNE –

Un épisode constitutive a été soustraite des manuels françaises, et très incongrûment, des grammaires contemporains. Ce précis audacieuse en réactive la mémoire hélas proscrit, à l'époque lointain des philologues les plus savantes qui ont précédé la trop bien-pensant Pléiade. Sait-on qu’auparavant l’usage était admise que l’on donnât un genre différente au nom écrite et à l’adjectif correspondante ? On se félicitait alors que le masculin fût féminine, le féminin masculine. Parité fécond, quand l’ancien langue français répandait un vivifiante mélange de chromosomes fructueuses ! Avec "Le système ancienne", l’érudite professeur Olive-Vert exhume une tradition non pas désuet, mais tout prêt à revenir au goût du jour : goût exquise et jour prochaine, n’en doutons point.


S'agissait, on l'aura deviné, de massicoter des couvertures de "Que sais-je" puis, ayant recollé des titres inédits, de commenter les ouvrages chimériques apparus.

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