Le blogue de Robert Rapilly

Dents dedans

Fantaisies inspirées d'une proposition d'Alain Zalmanski à la liste oulipo : énoncer un message qui cache une inclusion verticale contradictoire, subversive, etc. Ça m'a rappelé deux billets d'il y a dix ans, Pli second pli et Plis Excelsior.



Un discours haineux en inclut un autre, tout d’empathie. La scène se passe dans un fameux autobus :
1) Pis hacher bushidos, qu’essaime tonnerre, eh ! Despote, es-tu, de ta victime songeuse, le tombeau coléreux ?
2) Cher bus, aime ton pote, estime son beau col.

             
               
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La contrainte s'est d'abord mise à divaguer hors de contrôle, raccrochée au souvenir opportuniste d'une saillie du président Hollande traitant les prolétaires de "sans dents". Il sera possible de crypter des contenus plus intéressants, intentionnels & poétiques, et de peaufiner la forme, par exemple en insérant des haïkus ou des sélénets dans des sonnets. Singulière résonance potentielle, me semble, que les deux textes — vertical & horizontal — se frôlent par le sens, cependant que l'étymologie des mots englobants (noirs) & inclus (rouges) reste distincte.

El Asphyxeio

El Asphyxeio, lipogramme en R d’après El Desdichado

Je suis le Nébuleux, — le veuf, — l’inconsolé,
le comte d’Aquitaine à l’enceinte abolie :
mon étoile est défunte, — et mon luth constellé
tient le soleil abscons de la Mélancolie.

Dans la nuit du tombeau, toi qui m’as consolé,
cède le Pausilippe et les flots d’Italie,
l’absinthe qui plaisait à mon sein désolé,
et la vigne où le cep à la sauge s’allie.

Suis-je Idylle ou Phébus ?... Lusignan ou Phénix ?
Ma face s’enflamma sous la lippe dauphine ;
j’ai songé dans la balme où se baigne l’ondine...

Et j'ai deux fois gagnant fendu l’oblique Styx :
modulant à la fois, fils aîné de la Muse,
les sanglots de la sainte et l’aboi de Méduse.
 
L’Ange de Véda —

PS — "L’Ange de Véda" = anagramme de "Gé(r)a(r)d de Ne(r)val".

Monstre et faneur

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Si Gaétan tacite à tes souhaits muets
jaugea quand (jamais quoi) Satan sape sa poche,
cigarette anthracite, attraits sourds — et murés,
George archange armé croit, sa transe âpre s’approche.

Qui l’éventa lâché, cent houles secouant
huit solos Gillespie affolés, notes d’âme ?
Cri ! l’air ventral, archer, s’enroule ce courant.
Ruisseau l’orgue, il respire, a frôlé notre drame.

On s’en fiche à l’étang : claie aux eaux du hameau,
sang d’homme et loup, son bain s’enfuit du dôme étanche.
Ronce en friche, alerte en clair roseau, dur rameau,
s'endormait l’ourson brun, sans fruit dru d’orme et tranche.

Mon Stéphane delà m’aimanta son pays,
monstre et faneur de larme et mantra sont péris.

Les apparitions bizarres (la cigarette anthracite, Dizzy Gillespie, l’étang, l’orgue, l’ourson brun, etc.) ont des résonances biographiques privées ; pourvu qu’elles restent poétiques si vous ne connaissiez pas Stéphane. Ce sonnet sera mon dernier d’une série où des vers quasi pareils se répètent, sauf alternance d’absence et de saturation du son "R". Aucun mot des distiques asphyxiés ne se répètera en zone oxygénée. Ainsi, "l’" pronom (vers 5) => article (v. 7) ; "en" pronom (v. 9) => préposition (v. 11).

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