Nommons protéonet (d'après Protée et son pouvoir de métamorphose) un poème que l'on peut assimiler à des formes fixes différentes. Exemple en jouant de la typographie :

  

On lira d'abord un hermétique quatrain de décasyllabes taratantara...

Du fin fond secret de son Mercure, œuvre
aux enfers un son : calme sommeil, watt...
Elle écoute une onde, hôte d’obscure heure
rêvant embraser noir ce soleil froid.

... mais aussi, en quinconce, un sélénet :

Du fond de Mercure
Aux fers son sommeil
Elle une hôte obscure
Rêvant noir soleil

Fin secret son œuvre
En un calme watt
Écoute onde d’heure
Embraser ce froid



Le phénomène inscrit un même texte dans deux formes fixes distinctes, voire davantage. On pourra convoquer ad libitum d’autres moyens que purement prosodiques — ci-dessus la typographie, mais encore des dispositifs phonétiques, optiques, mécaniques, etc.

Des précédents sur ce blogue, pantounnet, pantrine et 4 billets sur le sonnérailleur. Lire aussi les poésies protéiformes de Gef.




En se limitant à la prosodie, le sélénet suivant...

L’aveugle traverse
Mais à mi-chemin
Il ressent l’angoisse
Des pneus Michelin

Fantasmagorique
Son cœur voit plus loin
Par-delà panique
Et lui pour témoin

... est une petite boîte :

L’aveugle traverse mais
à mi-chemin il ressent
l’angoisse des pneus Michelin
	fantasmagorique
son cœur voit plus loin par-delà
panique et lui pour témoin



Ce haïku...

Nymphéas et d’eau
Monet fait au sonnet lit
d’où jaillit l’haïku

... donne un sonnet de monosyllabes après le titre :

Nymphéas —

Et
d’eau
Mo-
-net

fait
au
so-
-nnet

lit
d’où
jail-

-lit
l’haï-
-ku



Un gestomètre...

Croire Protée comme Poséidon
Vivre lisible telle la pépite
Prendre ta sage sérénité déchaînerait assurément
Coudre la fée Mélusine étrange

... devient une petite morale élémentaire portative par traduction en contrepèterie :

poire crottée / pomme causée
           on-dit
livre visible / pelle lattée
            type

       tendre  passage
       c’est n’hériter
       de chair  aînée
       et   sûr  amant

foudre calée / mulets inertes
           ange



Tétraprotéonet :

1) À supposer :

À supposer  naître jà  protéonet, désormais
peut-être changer de bonnet caméléonesque :
donner au dico sans tricher  — mais presque
en rime — l’écho.

2) Gestomètre :

À supposer
naître jà protéonet désormais
peut-être changer de bonnet caméléonesque
donner au dico
sans tricher ! mais presque en rime l’écho

3) Petite boîte :

À supposer naître jà
protéonet désormais
peut-être changer de bonnet
— caméléonesque —
donner au dico sans tricher
mais presque en rime l’écho

4) Sélénet :

À supposer naître
Jà protéonet
Désormais peut-être
Changer de bonnet
Caméléonesque
Donner au dico
Sans tricher mais presque
En rime l’écho



Protéonet sonnet & pantoum —

1) Sonnet :

Qui se découvre bon, homme égal au pertuis,
Ad hoc devrait passer toute gomme où son doute
Arque et boute Oc égal au pertuis ad hoc huis,
Sur le sac hurlant gamme où son doute arque et boute.

Oc ibère Roland se damne huis sur le sac,
Hurlant gamme ô Sirène ! Ivre onde ou lac ibère,
Roland se damne sous Roncevaux, souffle ubac.
Ô Sirène ivre onde où la cave c’en libère !

Lune sous Roncevaux, souffle, ubac illustré...
D’un carré, rune avec, en libère l’une : ange
À la frange et de stuc illustré d’un carré,
Rune acmé l’ombre en volapük, ange à la frange.

Et de stuc un onyx honore au charme acmé,
L’ombre en volapük pleure, aida-t-on Mallarmé ?

2) Pantoum :

Qui se découvre bonhomme
Égal au pertuis ad hoc
Devrait passer toute gomme
Où son doute arque et boute Oc

Égal au pertuis ad hoc
Huis sur le sac hurlant gamme
Où son doute arque et boute Oc
Ibère Roland se damne

Huis sur le sac hurlant gamme
Ô Sirène ivre onde ou lac
Ibère Roland se damne
Sous Roncevaux souffle ubac

Ô Sirène ivre onde ou lac
Ave c’en libère Lune
Sous Roncevaux souffle ubac
Illustré d’un carré rune

Ave c’en libère l’une
Ange à la frange et de stuc
Illustré d’un carré rune
Acmé l’ombre en volapük

Ange à la frange et de stuc
Un onyx honore au charme
Acmé l’ombre en volapük
Pleure Aïda ton mal — larme

Aïe ! arrivé au dernier vers, je n'avais pas calculé qu'il faudrait faire du même mot final une rime masculine (sonnet) et féminine (pantoum). C'est Mallarmé qui m'a sauvé du sépulcral naufrage.

À suivre là.