Le blogue de Robert Rapilly

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Le canada-dry de canada-dry de Jacques Roubaud

Le 8 janvier 1988 en réunion d’Oulipo, Jacques Roubaud a proposé une variation de la contrainte dite "canada-dry" : qui aurait l’air d’être canada-dry mais respecterait rigoureusement la contrainte qu’elle feint de feindre. « La bouteille de canada-dry contient du whisky » conclut sobrement JR.
En attendant d’autres formes, administrons ce principe successivement à la parapèterie, au palindrome, à l’anagramme, aux octosyllabes et alexandrins, au haïku, à l'isocélisme.

1) Une parapèterie quasi obscène masque d’innocentes contrepèteries.

La Chine a moqué le mâle Japon.
La mine a choqué le mage lapon.

2) Énoncé capillotracté qui a tout l’air saccadé d’une imitation de palindrome lourdingue... exact au cheveu près quand on écrit en toutes lettres les trois symboles €, =, £.

Bon servile € = l’âge, ô ruée, £ snob !
Bon servile euro égale l’âge. Ô ruée, livre snob !

2’) Épeler la ponctuation.

Aussi ô, l’élu grivois sua
aussi ô virgule l’élu grivois sua

3) Un énoncé avec de faux airs d’anagramme devient une vraie anagramme si on développe "etc." en "et cetera".

Ta came agrémentera / anagramme etc.

Ta came agrémentera
anagramme et cetera

4) L’alexandrin présenté trop court (strophe 1) s’avère finalement bien calibré (strophe 2).

À tel alexandrin bien court,
tel vrai cheval au galop sourd.
L’ersatz souffle l’original.

À tel alexandrin, bien court tel vrai cheval ;
au galop sourd l’ersatz, souffle l’original.

4’) Autre faux alexandrin qui devient vrai.

Moitié rallongera le rythme :
enfle d’un brin l’unique rime,
alors éclot l’alexandrin.

Moitié rallongera, le rythme enfle d’un brin,
l’unique rime alors éclot l’alexandrin.

4’’) Le faux octosyllabe devient vrai ; cf. sur ce blogue le sonnérailleur.

Se divise aux deux tiers la fable chronomètre,
s’écoule un sable enfui de rythme octosyllabe.

Se divise aux deux tiers la fable :
chronomètre s’écoule un sable
enfui de rythme octosyllabe.

5) Canada-dry de canada-draïku.

Comme haricots
Vol d’échalas et pieux
Nous en avions

Because 4-6-4 syllabes, ce poème n’est qu’un canada-draïku ; traduction :
- Idem qu’haricots (h muet),
- arnaque aux asperges et bâtons (synérèse à "pieux") :
- on n’en manquait pas.
M'enfin non pas du tout, ce poème est bien un haïku en 5-7-5 syllabes ; traduction :
- Pareils que haricots (h aspiré),
- voyez léviter ces maigrichons dévots (diérèse à "pi-eux") :
- c’est nous dans des aéroplanes (diérèse à "avi-ons").

6) Fausses lignes isocèles plus ou moins étirées (recyclage pour la circonstance d’un billet précédent).

Les vieilles  machines à écrire  donnaient un écartement constant,
quels que soient les caractères & espaces qu’on frappait. Dans les
années 60, il n’existait  aucune machine  qui justifie  du premier
coup les colonnes typographiées.  À gauche c’était aligné vertical
mais à droite il y avait toujours  une sorte de zigzag… à moins de
rajouter, çà & là, des espaces  au milieu des lignes.  Or, Suel et
Perec ont inventé  dans divers recueils & fanzines l’art du calage
de  lignes  justifiées  qu’à  présent  un  Ian Monk  ou  un Gilles
Esposito-Farèse  exécutent  en toute virtuosité. Cela, les publics
habitués d’oulipo le connaissent bien :  au premier coup d’œil ils
verront si ce texte est justifié par l’aide d’un artifice ou écrit
suivant un nombre  fixe et  minimal de caractères  à chaque ligne.

Le même texte strictement isocèle, 40 frappes par ligne + retour chariot.

Les vieilles machines à écrire donnaient
un écartement constant, quels que soient
les caractères & espaces qu’on frappait.
Dans les années 60, il n’existait aucune
machine qui justifie du premier coup les
colonnes typographiées. À gauche c’était
aligné vertical mais à droite il y avait
toujours une sorte de zigzag… à moins de
rajouter, çà & là, des espaces au milieu
des lignes. Or, Suel et Perec ont initié
dans divers recueils & fanzines l’art du
calage de lignes justifiées qu’à présent
un Ian Monk ou un Gilles Esposito-Farèse
exécutent en toute virtuosité. Cela, les
publics habitués d’oulipo le connaissent
bien : au premier coup d’œil ils verront
si ce texte est justifié par l’aide d’un
artifice ou écrit suivant un nombre fixe
et minimal de caractères à chaque ligne.

(à suivre...)

Post-scriptum - À propos de lignes isocèles, réminiscence de coïncidence le 5 janvier 2011 :

Sonnérailleur

2 sonnets A & B okapis (*) en alexandrins, aux accents près, acceptent qu'on les dispose en une suite d'octosyllabes. Lors, réduisant d'un tiers la taille des vers (12 -> 8), on augmente de moitié le nombre de poèmes (2 -> 3) : sonnets a, b et c. Cela fonctionne comme un dérailleur de vélo.
Les rimes sont masculines, alternées vocaliques et consonantiques.

(*) okapi désigne l'alternance de voyelles et consonnes


A + B = a + b + c

A-
Orage d’aboli désir à ce ruban
Obère-t’en ici, gitane d'avenir
En épave mura le banal à gémir
À l’Aga d’Irazú relevé d’origan

Opère députés ab irato Médor
En alezan ave César, Ésope, Râ
Si la muse râla Midas à caméra
Mutile nez égal à délires en or

Édile décoré venez ôter Odin
En Agénor idem avivez Aladin
Utile virago l’école dit Éden

Il a - malin Éros - épilé parasol
Étiré le joli marin à mi bémol
Étalé boléro d’ému silex. Amen

a-
Ô rage d’aboli désir
À ce ruban obère-t’en
Ici gitane d'avenir
En épave mura le ban

À l’âge mira l’Agadir
Azur élevé d’origan
Ô père député sabir
Atome d’or en alezan

Ave César, Ésope ras
Il amusera là Midas

À caméra mutile nez
Égal à délire señor
Édile décoré venez
Ôter Odin en Agénor

b-
Idem avivez Aladin
Utile virago le col
Édite de Nil à Malin
Éros épilé parasol

Étiré le joli marin
Amibe moleta le bol
Érode Musil, examen
Écot à paracétamol

Alite kilim itéré
Rat ocarina mode ré
L'étalon étagé viril

On a foré l’abîme là
Mine d’oxyde de béryl
Ô vin à Cana, Dalila

c-
Sénile misère du lis
Érésipèle d'opiné
Lune mirage si biné
Le car a mêlé mur à vis

Apéro sera paru bis
Épuré, déçu, résiné
Galère bus il a zoné
De vin à fécule d’anis

Or adulé décida-t-on 
À ravir usure de ton
Atonal ite de la Mer

Il a mal écopé féru
D’origami si le dahu
Jeta bibelot à l’amer

B-
Éco tapa racé ta molalité kil
Imiter Érato ? Carin a modéré
L’étalon étagé viril on a foré
L’abîme laminé d’oxyde de béryl

Ovin à Canada, lilas en île mis
Ère du liseré si pelé d’opinel
Un émir a gési, biné le caramel
Ému ravi sapé, rosé rap à rubis

Épure de curés, inégal Erebus
Il a zoné devin à fécule d’anis
Or adulé de Cid à ton ara Virus

Ure détona-t-on alité de l’amer ?
Il a mal écopé féru d’origamis
Île, Dahu jeta bibelot à la mer

Ébauche de sonnérailleur

Hisse-toi Zeppelin farci d’ardus rayons
Ça te balise antique et cinglé sous l'église
Du Corbeau (jamais plus ici Laïos ne puise
(…)

3 alexandrins convertibles en 4 octosyllabes :

Hisse-toi Zeppelin farci
D’ardus rayons ça te balise
Antique et cinglé sous l’église
Du corbeau jamais plus ici

L'Hyène (gestomètre du sonnérailleur)

Choisir un sonnet en alexandrins, à "préparer" comme John Cage un piano
Poser les 2 premiers vers, ici ceux du Ténébreux de Nerval :

Je suis le Ténébreux, - le Veuf, - l'Inconsolé,
Le Prince d’Aquitaine à la Tour abolie (...)

Découper et recoller les 2 alexandrins en 3 octosyllabes
12 + 12 = 24 syllabes = 3 x 8

Je suis le Ténébreux, le Veuf
l'Inconso, Le Prince d'A-
-quitaine à la Tour abolie

Ne pas toucher aux rimes initiales (Inconso & abolie)
Arrondir les octosyllabes de sorte qu'aucun mot ne soit coupé et qu'un second système de rime s'ébauche

Je suis le Ténébreux qui plie
Inconsolé sous l’Aquitaine
Ou Prince à la Tour abolie (...)

Répéter 6 fois l'opération avec les distiques successifs d'alexandrins ; ça donne :

Je suis le Ténébreux qui plie, inconsolé
Sous l’Aquitaine, ou Prince à la Tour abolie.
Seule une Étoile morte y mène et, constellé,
Je porte et traîne un luth signé Mélancolie.

Dans la nuit du Tombeau, ta peine eût consolé
De ma folie encor Virgile et l'Italie.
La fleur, qui plaisait tant au chêne, a désolé
La treille pleine en Pampre arrosé de saillie.

Suis-je Amour que Phébus déchaîne où va Biron ?
Pauvre coolie, on rêve au baiser de la Reine,
Le front rosi d’une ancolie à l’Achéron !

Chez la Syrène on nage où fors pieux oublié
Jouant sur une lyre hellène, ai-je crié
Comme on supplie : ô Fée, ô sainte Cantilène !

Recopier au fur et à mesure les octosyllabes correspondants
Augmenter à proportion du raccourcissement des vers le nombre de strophes : 3 quatrains & 3 tercets
Lire l'un & l'autre poèmes

Je suis le Ténébreux qui plie                 A
Inconsolé sous l’Aquitaine                    B
Ou Prince à la Tour abolie                    A
Seule une Étoile morte y mène                 B

Et constellé je porte et traîne               B
Un luth signé Mélancolie                      A
Dans la nuit du Tombeau ta peine              B
Eût consolé de ma folie                       A

Encor Virgile et l’Italie                     A
La fleur qui plaisait tant au chêne           B
A désolé la treille pleine                    B
En Pampre arrosé de saillie                   A

Suis-je Amour que Phébus déchaîne             B
Où va Biron pauvre coolie                     A
On rêve au baiser de la Reine                 B

Le front rosi d’une ancolie                   A
À l’Achéron chez la Syrène                    B
On nage où fors pieux oublie (*)              A

Jouant sur une lyre hellène                   B
Ai-je crié comme on supplie                   A
Ô Fée ô sainte Cantilène                      B

S'être amusé à diverses dispositions des nouvelles rimes (-ie / -ène) : croisées dans un sens, dans l'autre, embrassées
Les avoir examinées de près jusqu'à se souvenir de quelque chose comme de l'hyène de la Rubrique-à-brac
Chaque fois que j’ai lu Gotlib, il m’a semblé que je déchiquète la cervelle d’une hyène
Donner le titre
Dédicacer

(à Marcel Gotlib)

(*) diérèse : pi-eux

Protéonet

Nommons protéonet (d'après Protée et son pouvoir de métamorphose) un poème que l'on peut assimiler à des formes fixes différentes. Exemple en jouant de la typographie :

  

On lira d'abord un hermétique quatrain de décasyllabes taratantara...

Du fin fond secret de son Mercure, œuvre
aux enfers un son : calme sommeil-watt...
Elle écoute une onde, hôte d’obscure heure
rêvant embraser noir ce soleil froid.

... mais aussi, en quinconce, un sélénet :

Du fond de Mercure
Aux fers son sommeil
Elle une hôte obscure
Rêvant noir soleil

Fin secret son œuvre
En un calme watt
Écoute onde d’heure
Embraser ce froid



Le phénomène inscrit un même texte dans deux formes fixes distinctes, voire davantage. On pourra convoquer ad libitum d’autres moyens que purement prosodiques — ci-dessus la typographie, mais encore des dispositifs phonétiques, optiques, mécaniques, etc.

Des précédents sur ce blogue, pantounnet, pantrine et 4 billets sur le sonnérailleur. Lire aussi les poésies protéiformes de Gef.




En se limitant à la prosodie, le sélénet suivant...

L’aveugle traverse
Mais à mi-chemin
Il ressent l’angoisse
Des pneus Michelin

Fantasmagorique
Son cœur voit plus loin
Par-delà panique
Et lui pour témoin

... est une petite boîte :

L’aveugle traverse mais
à mi-chemin il ressent
l’angoisse des pneus Michelin
	fantasmagorique
son cœur voit plus loin par-delà
panique et lui pour témoin



Ce haïku...

Nymphéas et d’eau
Monet fait au sonnet lit
d’où jaillit l’haïku

... donne un sonnet de monosyllabes après le titre :

Nymphéas —

Et
d’eau
Mo-
-net

fait
au
so-
-nnet

lit
d’où
jail-

-lit
l’haï-
-ku



Un gestomètre...

Croire Protée comme Poséidon
Vivre lisible telle la pépite
Prendre ta sage sérénité déchaînerait assurément
Coudre la fée Mélusine étrange

... devient une petite morale élémentaire portative par traduction en contrepèterie :

poire crottée / pomme causée
           on-dit
livre visible / pelle lattée
            type

       tendre  passage
       c’est n’hériter
       de chair  aînée
       et   sûr  amant

foudre calée / mulets inertes
           ange



Tétraprotéonet :

1) À supposer :

À supposer  naître jà  protéonet, désormais
peut-être changer de bonnet caméléonesque :
donner au dico sans tricher  — mais presque
en rime — l’écho.

2) Gestomètre :

À supposer
naître jà protéonet désormais
peut-être changer de bonnet caméléonesque
donner au dico
sans tricher ! mais presque en rime l’écho

3) Petite boîte :

À supposer naître jà
protéonet désormais
peut-être changer de bonnet
— caméléonesque —
donner au dico sans tricher
mais presque en rime l’écho

4) Sélénet :

À supposer naître
Jà protéonet
Désormais peut-être
Changer de bonnet
Caméléonesque
Donner au dico
Sans tricher mais presque
En rime l’écho



Protéonet sonnet & pantoum —

1) Sonnet :

Qui se découvre bon, homme égal au pertuis,
Ad hoc devrait passer toute gomme où son doute
Arque et boute Oc égal au pertuis ad hoc huis,
Sur le sac hurlant gamme où son doute arque et boute.

Oc ibère Roland se damne huis sur le sac,
Hurlant gamme ô Sirène ! Ivre onde ou lac ibère,
Roland se damne sous Roncevaux, souffle ubac.
Ô Sirène ivre onde où la cave c’en libère !

Lune sous Roncevaux, souffle, ubac illustré...
D’un carré, rune avec, en libère l’une : ange
À la frange et de stuc illustré d’un carré,
Rune acmé l’ombre en volapük, ange à la frange.

Et de stuc un onyx honore au charme acmé,
L’ombre en volapük pleure, aida-t-on Mallarmé ?

2) Pantoum :

Qui se découvre bonhomme
Égal au pertuis ad hoc
Devrait passer toute gomme
Où son doute arque et boute Oc

Égal au pertuis ad hoc
Huis sur le sac hurlant gamme
Où son doute arque et boute Oc
Ibère Roland se damne

Huis sur le sac hurlant gamme
Ô Sirène ivre onde ou lac
Ibère Roland se damne
Sous Roncevaux souffle ubac

Ô Sirène ivre onde ou lac
Ave c’en libère Lune
Sous Roncevaux souffle ubac
Illustré d’un carré rune

Ave c’en libère l’une
Ange à la frange et de stuc
Illustré d’un carré rune
Acmé l’ombre en volapük

Ange à la frange et de stuc
Un onyx honore au charme
Acmé l’ombre en volapük
Pleure Aïda ton mal — larme

Aïe ! arrivé au dernier vers, je n'avais pas calculé qu'il faudrait faire du même mot final une rime masculine (sonnet) et féminine (pantoum). C'est Mallarmé qui m'a sauvé du sépulcral naufrage.

À suivre là.

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