Le blogue de Robert Rapilly

À polir mille fois s'affinent nos forets

14 vers sur la série vocalique A-O-I-I-E-O-I-A-I-E-O-O-E = Aboli bibelot d'inanité sonore ; l’idée m’en a été soufflée par Gef.

Jargon distillé d’Oïl, sabir d’écho sondé,
partons d’infimes mots mi-latins ; ce folklore
va polliniser Oc d’irascible Gomorrhe
sans honnir ni l’espoir Darwin, encor Brontë.

Argo visite Odin, navire d’ors brodé ;
à bord l’irisé foc cristallin se colore
d’aconit liseron, d’irradié phosphore.
Dans son filin s’étoila l’Himéros dompté.

Samson s’il brise gong, sphinx massif et colonne,
ramollit-il des doigts la cire ? Lors comment
accomplir singleton, whist appris de Gorgone ?

N’a-t-on fini le foin, abrité son, froment...
la soif interrompit à-pic ce long moment.
Adonc midi s’endort, s’imagine, s’ordonne.

Post-scriptum 5 jours plus tard — Cheminement repris du billet De Sirène en Pibrac, se rapprocher du Desdichado, cette fois sur 14 séries vocaliques A-O-I-I-E-O-I-A-I-E-O-O-E. Entre-temps Rémi Schulz aussi a écrit une "bibelotabolition" du sonnet de Nerval.

Aboli prince, l’Occitan gris se console
à trop sinistre sort d’Italie obombré :
n’accomplit-il le don d’impartir en obole
l’apport divin étoilant vil tréfonds foré ?

Drapons l’infirme corps ; il bâtit nécropole
d’aplomb, inscrit tel toit latin entr’oblong pré,
val joli, vigne d’onc, cicatrice corolle.
Gascon ci-gît le roi carmin décoloré.

« Car mon livide front signa cippe forclose,
sanglot d’iris dehors, cris d’alliés... ô rose
pardon, dirige-moi d’Aspic en bon Codex ! »

La mort d’instinct répond : « Stigmatisez l’opprobre
— Ra noircit ce tocsin ravivé fors vortex —,
dans l’obit priez Thor, bissant Frigg d’écho sobre. »

NB — Ce sonnet totalise 5555 au Gématron.

Post-post-scriptum 22 jours plus tard — Dans la veine burlesque cette fois, également de gématrie 5555 :

Baron Firmin-Léon, Prinz Raïs de Google,
amortit cinq ressorts, dix chaînes Otto Benz.

Fats Ombilic, de dons imparti, décolore
Lamborghini, vélos italiens, scooters.

Wagons-lits : Vincenzo Bianchi de Bologne,
d’adroits fils dégrossis va visser nos Solex.

Antonin-Philémon Shiva, dit Le Monocle,
à poil filme ton slip, Absinthe Dolores.

Major Philippe mort fit la fine colombe...
malpoli pigeon gris d’avinés colonels !

Sappho d’Izmir — en occitan Philtre Gorgone —
a vomi Christ en croix par litres mordorés.

Dans l’officine Doc vint d’avril en octobre
sans dormir : six, sept mois à lire son Codex.

Torpédo ivre (Rimbaud inédit)

.

En 1873, M.-J. Poot & Compagnie, éditeur à Bruxelles
rue aux Choux, 37, va publier "Une saison en enfer".
La Fondation Gilbert Farelly m’a obligeamment confié
la correspondance qui précéda entre Rimbaud et Poot,
sous une chemise cartonnée dont un volet n’avait pas
été retourné. Or, s’y trouvaient un sonnet inédit et
diverses notes contradictoires. En bref Poot jugeait
ces vers « trop en retrait du réel », à quoi Rimbaud
répliqua : « Alors ? Les forces psychiques déployées
dans mes poèmes surpassent le réel conformiste de ce
siècle... ». Ici le témoignage d’une hallucination :



Torpédo, je ravis la tierce fiancée,
mon essieu réséquant son prétendant Baron.
Moby-Dick imploré par coulpe confessée
cicatrise le creux de corde et d’éperon.

Herse du Grand Désert, la grenade étanchée
coiffera le hameau : blés mûrs hors le sillon.
Quoi gorger de sa treille à peine vendangée...
au gibet, le festin des corbeaux de Villon.

S’y lovait un python d’élastique cintrage,
sur toi l’onde et la foudre, ô Stradivarius !
L’anachorète au ban prophétise l’orage,
il jure galonner d’elliptiques nimbus.

Ce relaps descendu d’Empires de la Lune
vient qui martèle Orphée, épousailles d’enclume.



« Peut-être, à supposer que vous réduisiez de moitié
votre logorrhée, y comprendrait-on quelque chose ? »
Ainsi Poot mit-il au défi Rimbaud, qui renvoya, sans
se départir, ces sept notes à la fin des distiques :

Torpédo, je ravis la tierce fiancée,
mon essieu réséquant son prétendant Baron.

Le cabriolet exogame blessera le vicomte notoire

Moby-Dick imploré par coulpe confessée
cicatrise le creux de corde et d’éperon.

Le cachalot expiatoire blindera le vide noué

Herse du Grand Désert, la grenade étanchée
coiffera le hameau : blés mûrs hors le sillon.

Le cactus explosif blondira le village nourricier

Quoi gorger de sa treille à peine vendangée...
au gibet, le festin des corbeaux de Villon.

Le cadavre exquis boira le vin nouveau

S’y lovait un python d’élastique cintrage,
sur toi l’onde et la foudre, ô Stradivarius !

Le caducée extensible bombardera le violoniste noyé

L’anachorète au ban prophétise l’orage,
il jure galonner d’elliptiques nimbus.

Le catéchiste extradé bordera le virage nuageux

Ce relaps descendu d’Empires de la Lune
vient qui martèle Orphée, épousailles d’enclume.

Le cathare extraterrestre bossèlera le virtuose nubile



Quelques éléments relatifs à l’histoire de la poésie
s’imposent ayant parcouru ces notes. D’abord Rimbaud
a lu Melville, cela on le savait. Surtout on apprend
que le fameux cadavre exquis n’est pas une invention
surréaliste. À l’inverse, Rimbaud sera précurseur du
surréalisme : n’invoque-t-il des « forces psychiques
(qui) surpassent le réel ». Davantage encore, le S+7
n’est pas non plus une invention oulipienne, Rimbaud
généralisant d’emblée le dispositif à SAV ± n. Voici
un cas d’école de plagiat par anticipation d’Oulipo.
Telles précisions encyclopédiques certes utiles sont
barbantes, j’en aurai heureusement fini en proposant
de vérifier cette conjecture : imitant Rimbaud, tout
sonnet peut-il se réduire de moitié, en sept phrases
de syntaxe S-A-V-S-A (où S = subst, A = adj, V = vb)
dont les mots seraient enchaînés par ordre SAV ± n ?

Je suis le ténébreux, — le veuf, — l'inconsolé,
Le prince d'Aquitaine à la tour abolie :

Le ça exorcisé bleuira le velours noble

Ma seule étoile est morte, — et mon luth constellé
Porte le soleil noir de la Mélancolie.

Le cachot expiré blindera le velum noueux

Dans la nuit du tombeau, toi qui m'as consolé,
Rends-moi le Pausilippe et la mer d'Italie,

Le cadavre exquis blottira le vénitien nourri

La fleur qui plaisait tant à mon cœur désolé,
Et la treille où le pampre à la rose s’allie.

Le cadeau exsertile boira le vin nouveau

Suis-je Amour ou Phébus ?... Lusignan ou Biron ?
Mon front est rouge encor du baiser de la reine ;

Le cadet exubérant bouillira le visage novice

J'ai rêvé dans la grotte où nage la sirène...
Et j'ai deux fois vainqueur traversé l'Achéron :

Le cæcum exulté bouleversera le voyageur noyé

Modulant tour à tour sur la lyre d'Orphée
Les soupirs de la sainte et les cris de la fée.

Le cahot ex-voto bourdonnera le wagnerisme nuancé

De Sirène en Pibrac

Aux accents près, les voyelles dans l’ordre du sonnet Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui :

De sirène en sillage — entendez saur bouquin
à Pirou s’éclipser —, ma fleur sous l’ancien signe
est azur d’obscurs cieux, étrave d’outre-ligne,
écarlate papier dès son puits d’or sanguin.

Ulysse pauvre gloire ouït ce blues en juin ;
là s’irrigue, aiguisant le morfil, gente vigne
d’où l’appoint arraché par eight o’clock fût digne
sursaut, festin de miel avec serti sequin.

L’opus cool chez vous Jehanne éclate flacon ivre,
rare transe il piégea loin l’eau d’humide givre :
artimon-cœur, hublot ouvert, quarte péril...

Saborde un galérien, du rouf le mât chavire,
filin hormis rideau l’onde soigne l’exil,
quête dans l’interdit illuminé de lyre.

Cheminements opposés, s’éloigner autant que possible du même sonnet Le Cygne bien que répétant l’ordre exact des voyelles ; cependant se rapprocher du Desdichado, dont le thème général et des mots apparaissent :

En Sirène, en Pibrac, en ténèbre au doux fruit,
plairont sur treille à fleur : lots d’humanité, mines
d’émaux, soupirs écrus de pampre, rouges vignes...
Lear nage baiser ce front pur, Biron la nuit.

Guyenna fut étoile ; ou fille. Un rêve luit,
l’air dingue ait Lusignan encor grisé des isthmes.
Fors Sun-Ra noir jazzman, hélas Berlioz fou signes-
-tu ? Salut reine, prince, affres de pire bruit.

Pour consoler proue agrégeant Mélancolie,
sans ce chant plein ni fée : abolir l’eau. Pluie, île,
maison, grotte d’un luth sont douleur, transe, esprits.

Rancœur, l’asservi veuf modulé d’amant ivre
ici sortit. Rideau. Constellons sistre et cris,
sûrs de ne vaincre Sphinx : il tut fidèle lyre.

Ressort sensible ci-dessus, deux énoncés peuvent comporter dans l’ordre les mêmes voyelles mais sonner très différemment. Il existe des situations radicales d’isovocalismes hétérophoniques, par exemple :

Melle De Broglie / en Hermès jolie    =   E E E O I E

Poor Yankee / cow-boy sans ferme      =   O O Y A E E

etc. ad lib. (en fait...)             =   E A I

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