Le blogue de Robert Rapilly

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Quatrine tétracéphale d'Alexandre

Quatrine - à supposer que fût tétracéphale -
advint quand trois joueurs attablés au salon
laissèrent le roi mort dans la paix sépulcrale,
n'en retenant qu'un vers, immuable jalon.

Chacun garda son mot. L'un copiant « jalon »
et l'autre qui rima tantôt « tétracéphale »
laissèrent le roi mort dans la paix sépulcrale.
Ne tournaient que valets : funéraire salon

autant que littéraire, à propos de salon.
Nos joueurs s'activaient, et tous posant jalon
laissèrent le roi mort dans la paix sépulcrale...
d'où le trèfle a jailli comment ? Tétracéphale !



Quatre n'est pas un nombre de Queneau, puisque le vers 3 conserve sa position de strophe en strophe. Seuls les vers 1, 2 et 4 permutent, dans l'ordre d'une terine.
Cette quatrine pose les règles d'un jeu de société auquel participe un mort, comme au bridge ; la feuille passe de main en main entre les poètes vivants. On s'y essaiera vendredi 10 octobre 2008 au Prato à Lille.
Le vers « Laissèrent le roi mort dans la paix sépulcrale » est d'Hugo (Légende des Siècles, XVII La Massue).

Kasenine d'Edo

(poème paru en mai 2009 dans la Revue du Tanka francophone)

Rosée évanouie
Rien à faire au monde impur
Paroles d'Issa

Désormais neige elle efface
La vase encrant les crevasses

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Le lombric creuse son trou
Sur le dôme des Écrins

Et sous la risée
De tes regards irisés
Mes vers sont brisés

Bout la sève en ton calice
Gelée au bord du ravin

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Fière crête Demoiselle
Or Dahu je me retourne

Dans le double-fond
Abîmé de mon chapeau
Fond une tulipe

Je me souviens du Pamir
Rêche route de la soie

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Où de grelottants photons
Hérissent l'air de coton

Bashô nous observe
Et retient de son bâton
Un pied téméraire

Une ombre nous apostrophe
Passants suspendez la marche

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

Élidant de nos mémoires
Ce rond pas tout à fait clos

Recelée en berne
Dessous le masque mutique
Quoi l'Éternité

Échappe aux strophes impaires
Et le soleil plonge en mer

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

Astre pâle ombre si trouble
Reflet où pure hydre éclaire

Le monde s'endort
Mais ignore si le disque
Va durer toujours

La terre est plate en un an
Elle fait trente-trois tours

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

La ritournelle se fige
Sursis donnant sur les cieux

La muse amnésique
De Buson immobilise
Une blanche sombre

Un cri dans la nuit d'effroi
Ce n'est qu'un demi-soupir

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

Que la corde rie ou pleure
Le plectre opiniâtre crisse

Mon tympan fêlé
Maintenant demande grâce
Au musicien fou

Silence avec ironie
Proche tourbillon d'horreur

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

Grillons sous l'ocre point d'orgue
Ô cyclope de l'été

Face c'est ténèbres
Mais pile pièce embrasée
Où mon béret joue

Finis l'automne aux mains rousses
Et l'hiver aux yeux de verre

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

L'homme est le rêve d'une ombre
Soufflons trente-six chandelles

Trois complices - Gilles Esposito-Farèse, Martin Granger, moi - avons ci-dessus combiné deux formes poétiques :

- un renga japonais, poème collectif alternant strophes de 5/7/5 et 7/7syllabes, précisément un renga « kasen » en 36 versets ;

- des quatrines tétracéphales réparties en 3 x 12 strophes où les « morts » successifs sont des grands maîtres de l'époque Edo au japon :
Issa, auteur du refrain en positions 3, 7 et 11 ;
Bashô, refrain 15, 19 et 23 ;
Buson, 27, 31 et 35.

D'autres contraintes - prosodiques, rhétoriques ou thématiques - ont été appliquées : métrique classique, répétitions réduites au clinamen, séquences où devaient apparaître une forte opposition, ou une citation classique, ou une prosopopée.

Ordre d'intervention dans les 3 quatrines successives :
- Ro(bert) - Gi(lles) - Issa - Ma(rtin) / Gi - Ma - Issa - Ro / Ma - Ro- Issa - Gi
- Ma - Ro - Bashô - Gi / Ro - Gi - Bashô - Ma / Gi - Ma - Bashô - Ro
- Gi - Ma - Buson - Ro / Ma - Ro - Buson - Gi / Ro - Gi - Buson - Ma

Quatrines tétracéphales

LA QUATRINE TÉTRACÉPHALE, UNE FORME DUCASSIENNE

Isidore Ducasse, Poésies 2 : « La poésie doit être faite par tous. Non par un ». Comment satisfaire à l’injonction du Poète ? Trois quatrains y suffisent, pourvu qu’il s’agisse d’une quatrine tétracéphale !

Cette forme associe 4 auteurs autour d’un même poème, lequel passe de main en main. Jeu de société où, comme au bridge, il y a un mort : un auteur classique effectivement disparu, dont le vers occupe la 3e position dans toutes les strophes.

Quant aux vivants, ils voient permuter leur tour d’écriture. Par exemple Alexandre, Milord et Cassandre opérant dans cet ordre :

En un Alexandre
En deux le Milord
Puis l’illustre Mort
En quatre Cassandre

Aussitôt Cassandre
Avant Alexandre
Puis l’illustre Mort
Précède Milord

Qui revient ? Milord
Suivi de Cassandre
Puis l’illustre Mort
Enfin Alexandre

La répétition de l’immuable « vers du mort » donne effet de refrain. À supposer qu’elle rime classiquement, la quatrine tétracéphale épuise la variété des dispositions possibles : rimes embrassées, plates, croisées.

La forme s’avère assez souple pour s’accommoder de contraintes multiples (sélénet, néo-alexandrin...) ou d’autres règles à la discrétion des protagonistes, notamment l’ordre dans lequel chacun écrira.

Les auteurs vivants du présent recueil, composé en septembre et octobre 2008, sont Gilles Esposito-Farèse, Nicolas Graner et Robert Rapilly ; les morts successivement apparus Oskar Pastior, Jean de La Fontaine, Catherine Des Roches, Aimable Lubin, Edmond Rostand et Alphonse Allais.

El Desdiquatrino
par Oskar Rogini

Quatrine ton prénom outrepasse les bornes
Et plonge dans la nuit mon refrain constellé
Dans le jardin c’est une orange avec deux cornes
Dans mon cœur un tourment nullement consolé

Quatrine c’est pourtant toi qui m’as consolé
Toi la comète noire on sait ce que tu bornes
Dans le jardin c’est une orange avec deux cornes
Sous mon crâne un dédale au plafond constellé

Quatrine taisez-vous l’Astérion constellé
Brave plus que l’enfant qu’Ariane a consolé
Dans le jardin c’est une orange avec deux cornes
N’aiguillant vous ni toit ni Calabre sans bornes

Shepherd’s mate
par Jean de Nirogi

Jamais l’esprit humain n’a paru plus futile
Ne faites société qu’après satin d’un loup
Ce service vous peut quelque jour être utile
Pour masquer les échecs ou jouer un bon coup

Arlequin l’entendit sitôt troisième coup
Offrant à Colombine un couvert bien futile
Ce service vous peut quelque jour être utile
Dame qui redoutez les fous plus que le loup

Vivent les distractions les fous rires mon loup
Les ponts que j’ai dressés resteront dans le coup
Ce service vous peut quelque jour être utile
Traversât-il vainqueur tout pion se sait futile

Le rêve de Tzinacán
par Catherine Giniro

Le tigre et moi le sage au fond de nos prisons
Contemplons le progrès du mal qui nous terrasse
Et l’effroyable mort dans l'horrible crevasse
D’un miroir où ma chambre engloutit les toisons

L'autre tigre frissonne en vain ne le toisons
Fallait-il que je visse et la nuit des prisons
Et l'effroyable mort dans l'horrible crevasse
Fallait-il que je fuisse ou que je me terrasse

Le cauchemar m’éveille à poil sur la terrasse
Fuir ce vide papier où s’enivrent oisons
Et l'effroyable mort dans l'horrible crevasse
Renaître sous le fauve astre que nous prisons

Shogun Shadow
par Lubin Ronigi

L’horizon s’allume
L’étoile pâlit
Prête-moi ta plume
Car je rame au lit

S’il faut qu’on me lie
Dans un blanc velum
Prête-moi ta plume
Et crois ce qu’on lit

Bois jusqu’à la lie
Mon douloureux lied
Prête-moi ta plume
J’épingle un péplum

Retentit l’enclume
Quand le Khan en short
Au clair de la lune
Se tapa Hayworth

Cognant à la porte
L’insolent Shogun
Au clair de la lune
Veut trancher Wordsworth

Les cornes qu’il porte
D’Honshū sur Newport
Au clair de la lune
Ombrent la Full Moon

La tirade des noms d’oiseaux
par Edmond Gironi

Héron héron patte à paon marabout
Khan arrimé descend ce volatile
C’est bien plus beau lorsque c’est inutile
Un bec si long qu’on n’en voit pas le bout

Quand un rat passe ou qu’un œuf pourri bout
Qu’on dort serein qu’hui cuit le marabout
C’est bien plus beau lorsque c’est inutile
Sachant tant d’eau d’émoi nô volatile

Le bœuf n’en a pourquoi le volatile
En a-t-il plus mais l’écaille du bout
C’est bien plus beau lorsque c’est inutile
Qu’on soit dragon pape gay marabout

Quatrinette nouvelle par Alphonse Nigiro

À Mourmelon-le-Grand, le vingt-cinq novembre,
Dès l’issue de la confection en chambre,
Amène ta bonne amie, ça nous fera plaisir :
Hors gaudriole, Pompée Faure eût-il été vizir ?

Organisons la fête : offrons du gingembre,
Amourachons-nous de fière Sicambre...
Amène ta bonne, amie, ça nous fera plaisir,
Des lys et des gardénias sur son chef en équilibre !

Délice d’en avaler suc et fibre,
Or, grenats, diamants, saphirs... Non ! ça ferait mauvais genre.
Amène ta bonne amie : ça nous fera plaisir
À mourir, un brame ou rire en la baisant.

Mélenchon pas les tâcherons et les soviets

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L'orthographe « blog » peu à peu s'impose, alors à quoi bon s'encore intituler « blogue » ? Eh bien, désinence augmentée, ornement & salutation, un blogue ça serait un blog de luxe. Quelque chose en vacance du quotidien, affranchi du vague, du gris, du médiocre ; rien du tintamarre qui nous presse si souverainement. Pas d'actualité sinon comme sujet littéraire. Tiens par ex., 2012 et les élections présidentielles en France ; de quoi composer quelques sentences à la mode de Luc Étienne. Sans poésie vague ni sentiment doucereux de l'insatisfaction, non, mais au filtre de l'invention technique. La subversion à ce prix, voyons voir.

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STROPHES classées dans l'ordre alphabétique des formes : calembour, contrepèterie, katrainbour, palindrome phonétique, palindrome syllabique, quatrine. L'actualité, pauvre mais bavarde, pourrait accroître ce billet au cours des semaines.

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CALEMBOUR
Alphonse Allais et François Caradec l'assurent, les meilleurs calembours sont les pires.

Mélenchon pas les tâcherons et les soviets !

Autrement dit, faut pas prendre les ouvriers spécialisés pour des conseils de délégués élus.
Variante, ne pas confondre ces mêmes conseils avec du poisson à caviar :

Mélenchon pas l'esturgeon et les soviets !

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CONTREPÈTERIE

Écologie ?
OK Joly !

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KATRAINBOUR
Sorte de fable express, devinette au cœur d'un quatrain d'octosyllabes ; une œuvre citée du dédicataire aide à la résolution (ci-dessous « Fouquet's », « PS » et « prise d'intérêts illégale »).
Davantage sur le katrainbour ici, sur sa déclinaison anglo-saxonne le punkwatrain et .

Rendez-vous Fouquet's, cercle des
fortunes en douillette niche
fiscale, dont nul coup de dés
n'abolit rutilance riche.

Nickel hasard cosy.
= Nicolas Sarkozy
Réputé gel à mous remous,
il paraît qu'ondulant tu couves
au petit chef le croc des poux.
PS : Et que s'agrippe aux touffes !

Flan, sois aux lentes !
= François Hollande
Eh ! ton frac chic tu découdras
où s'escamotait l'argent sale.
Oh ! te voici dans de beaux draps :
prise d'intérêts illégale.

Ah ! linge huppé...
= Alain Juppé

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PALINDROME PHONÉTIQUE
Le palindrome phonétique est un cas particulier de contrepèterie. Luc Étienne, qui a tenu l'Album de la Comtesse au Canard enchaîné, a aussi publié « L'art du palindrome phonétique » (BO n°27). À quelques contorsions d'oreille près (par ex. confondre les sons « un » et « in »), l'enregistrement diffusé à l'envers restitue le même texte, très intelligible. Deux maximes ci-dessous, obscènes, sont réduites à leur moitié présentable ; devinettes exactement comme dans l'Album de la Comtesse.

Rude à la biche à racket,
homme accédant d'escamoter Karachi :
Balladur.
Rocco, un toubib, eut la lubie Boutin au corps.
Chirac : artiche à gâchis, tracas riche.
Copé l'écœure, quelle époque !
Emmenez vœux chéris, virez Chevènement !
Hollande est dans l'eau.
Oh ! l’Eva Joly loge à vélo.
Jappe-le ni roquet ni matou qui coûta minet : Corinne Lepage !
N'épelez ce délice ni rame, Marine si laide c'est Le Pen.
Nés peloton, honte aux Le Pen.
Oh ! crasse élue, candidat n'est Peul...
Sarkozy vise aux crasses.
Kid Rémi te pela, souda la mise aux crasses ?
Élu qui est valise aux crasses
comme en slip à ténu décor,
roquet d'une étape, il s'en moque :
Sarkozy l'a véhiculée.
Un peu livide, dis, Villepin ?
Molle Elbe affadit Villepin ;
ça l'écœure et Dominique aime.
Mais qui n'y modère qu'hélas
un peu livide, affable est l'homme ?

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PALINDROME SYLLABIQUE afin que le candidat centriste bénisse l'attachement de la Métropole Nord à la Grande Boucle :

Qu'oint Tour, Bayrou le lie à Lille, Roubaix, Tourcoing !
-> KOIN-TOUR-BÉ-ROU-LE-LI-A-LI-LE-ROU-BÉ-TOUR-KOIN <-

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QUATRINE
La quatrine est une n-ine dont les éléments permutent en gidouille ;
exemple, les syllabes de Her / vé / Mo / rin :

Rein, air mauvais,
vérin, mohair :
Hervé Morin.

Viva Molenbeek !


Don Quichotte à Molenbeek

Loin de la Mancha pied sec,
Don Quichotte à Molenbeek
remiserait son armure :
palme tiendrait de chaussure,
pour heaume un scaphandrier,
en place de destrier
la sirène Rossinante...
Brandisse çui qui se gante
non plus lance, mais harpons
catapultés sous les ponts :
que du Moulin hydraulique
la roue au mythe se pique !

Balnéothérapie :
à Molenbeek
c'est Noël !

L'étymologie nomme « moulin sur le ruisseau »
la commune bruxelloise où l'onde guérit tout,
où chaque matin nous réinvente une Nativité !
      +....+
      |    |
    BA|LNÉO|THÉRAPIE :
   À M|OLEN|BEEK
C'EST |NOËL| !
      |    |
      +....+

Le « tronc » encadré ci-dessus voit permuter en quatrine les lettres L, N, E, O.
Retrouvez Molenbeek ici par Marianne et là chez Wikipédia.

Contrerimes

La contrerime, invention de Paul-Jean Toulet, est un quatrain dont on aura déséquilibré le rythme, dissymétrie appliquée aux vers partageant la même rime. Quelques illustrations ci-dessous, la première inspirée de Michelle Grangaud.

Je vais être veuve
des jours anciens et je pleure.
Celui qui pense possède
un sombre mystère.

Force élémentaire
implique sa preuve.
Celui qui pense possède
une aile de ma demeure.

Avant les assauts ton heure
traverse la terre.
Celui qui pense possède
la rive et le fleuve.

On aura reconnu un centon, par ordre d’apparition : Saki, Verlaine, Grangaud, Ducasse, Rilke, Claudel, Pétrarque, Blok. Principalement deux formes ont été ici combinées, quatrine et contrerime :

assonances /  nb syllabes
A A B B    /   5 7 7 5
B A B A    /   5 5 7 7
A B B A    /   7 5 7 5

D'après Mallarmé dans un rapport de 4/12 :

La flamme extrême
occident de désirs pour la tout déployer
se pose (je dirais mourir un diadème)
vers son foyer.

Mais vive nue
l’ignition du feu toujours intérieur
originellement la seule continue
dans l’œil rieur.

Une diffame
celle qui ne mouvant astre ni feux au doigt
rien qu’à simplifier avec gloire la femme
par son exploit

de doute écorche
ainsi qu’une joyeuse et tutélaire torche.

Enfin une hybridation de quatrine et de contrerime en 8/6 syllabes. Selon le premier principe de Roubaud, le texte présente la contrainte en s'y soumettant lui-même. Le vers 3, immuable en quatrine, est emprunté à l'inventeur de la contrerime Paul-Jean Toulet :

La rime plate de quatrine
vaut-elle en contrerime
que l’océan trempe de pleurs
un naufrage de peurs ?

Habile écueil ces peurs
dans quoi manœuvre la quatrine
que l’océan trempe de pleurs
cap sur la contrerime.

Toulet – par contrerime
pilote de nos peurs
que l’océan trempe de pleurs –
déroute à bon port la quatrine.

Épatante caractéristique décidément des quatrines qui riment : épuiser les 3 dispositions plate, croisée, embrassée.

Hors-champ / cahier des charges d'une nouvelle

Bloomsday à Grandvillé, sur le modèle de Joyce ("Ulysse") et de Perec ("La Vie mode d’emploi"), François Graner a proposé d’établir le cahier des charges d’un roman à écrire par la suite. Ci-dessous projet d’une nouvelle intitulée "Hors-champ" — à l’attention prioritaire et imminente du LaProPo (Laboratoire de Procrastination Potentielle) : quatre chapitres de quatre paragraphes ordonnés en quatrine quant à l’ordre d’entrée en scène de quatre personnages.

Caractéristique fondamentale de "Hors-champ", le récit se fonde sur l’éclipse des protagonistes principaux. Autrement dit, ils n’apparaîtront... qu’absents. Liste non exhaustive de situations (inventaire provisoire, qu’il faudra décliner en ordre logique) : grimés, cachés, pas encore nés, en fuite, fantômes, à l’état d’êtres imaginaires, mythiques, défunts, etc.

Les quatre se nomment Abipone, Rōnin, Nyx et Huitzilopochtli.

Deux d’entre-eux de chair et de sang :

  • Abipone incarne l’esquive. Chaque fois que le récit la concerne, elle aura quitté la scène.
  • Rōnin est en quête perpétuelle. Sa présence imminente plane déjà sur le lieu de l’action, dont le récit s’écarte juste avant son arrivée.

Les deux autres sont des prosopopées au caractère tranché, sans complexité psychologique :

  • Nyx la nuit, le vide, le trou noir, occupe une place invariante au cœur des quatre chapitres du roman.
  • Huitzilopochtli le soleil apparaît certes au grand jour... mais ne luit pour personne.

Bien présents et concrets, divers personnages secondaires (liste à établir logiquement, du genre au pif patron de bistro, conductrice d’autobus, courtier d’assurances, caissière de cinéma...) parlent d’Abipone la fugitive, de Rōnin le paladin, de Nyx la nuit et de Huitzilopochtli le soleil, s’en souviennent, les imaginent, les attendent, les craignent, leur vouent un culte, les maudissent, leur adressent des messages, etc. (établir ici aussi un classement de postures à ordonner au fil des pages).

Les quatre chapitres comportent quatre paragraphes dont chacun, tel un plan fixe cinématographique (s’attarder à la liste des lieux et leur cadre), est marqué d’une sorte de "souffle" dans le décor ou dans les propos des personnages secondaires. En ordre de quatrine, les paragraphes relateront les circonstances suivantes (à quoi manque encore (j’écris ceci le 27 juin 2018) un ressort narratif assez puissant pour entraîner l’envie de lire la suite) :

1) Premier chapitre, 4 paragraphes A, R, N, H :

  • A = le départ récent d’Abipone,
  • R = l’arrivée imminente de Rōnin,
  • N = l’infini sidéral de Nyx la nuit,
  • H = la splendeur vaine de Huitzilopochtli.

2) Deuxième chapitre, 4 paragraphes H, A, N, R.

3) Troisième chapitre, 4 paragraphes R, H, N, A.

4) Quatrième et dernier chapitre, retour à l’ordre initial A, R, N, H.

(à suivre... / ci-dessus état du projet au 27 juin 2018)

Pantrine autoréférente

Appelons pantrine un pantoum dont les vers ne se répètent pas exactement...
A—B—a—b
B—C—b—c
C—D—c—d
D—A—d—a
... puisque leur taille varie dans l'ordre d'une quatrine métrique :
1—2—3—4
4—1—3—2
2—4—3—1
1—2—3—4 syllabes.

Mon
couplet
se répète
en dix mesures.

Second couplet
à
dix mesures
encore.

Puis à
permuter tout,
l’ordre encore
change.

Tout
en mon
pantoum change
mais se répète.

Post-scriptum, 2 tentatives de pantrines à la limite, qui riment celles-là :
0—1—2—3 / 3—1—2—1 / 1—3—2—1 / 1—1—2—3 syllabes la première,
0—1—1—2 / 2—0—1—1 / 1—2—1—0 / 0—1—1—2 la suivante.
Quelques chevilles du genre h muet au huit de Pie_VIII.

Hans
fonde
les temps
d’outre-tombe :

sa profonde
nuit
en tombe
huit.

Nuit
vaticane,
Pie VIII
moine

cane
sans
stramoine.
Contretemps.
?
Beaux
rêves
Booz

Tombeaux
:
Oz
pleure

L’heure
d’hivers
pleure
!

...
Sèves
vers
ses rêves

Pantrine de l'Encrier Revanche

Pantrine = pantoum + quatrine
=> quatrine métrique :
6—8—10—12 // 12—6—10—8 // 8—12—10—6 // 6—8—10—12 syllabes par vers.
=> pantoum selon le cycle :
A—B—a—b // B—C—b—c // C—D—c—d // D—A—d—a
où les vers ne se répètent pas tout à fait, puisque leur taille change.
L'encrier revanche du MusVerre de Sars-Poteries est le sujet d'un recueil à paraître en octobre aux éditions Invenit, collection Ekphrasis.

                    
Un encrier revanche
inverse au gré des points de mire
limpide puits mais abysse cyan ;
affleure alors un trait sous le poids des azurs.

Le contraste s’inverse au gré des points de mire :
çà, du bleu Pausilippe
affleure un trait sous le poids des azurs,
le ptyx cernant un soleil noir.

Avec çà du bleu Pausilippe,
mouiller les ciels brouillés couvrant Sars-Poteries,
brûler le ptyx cernant un soleil noir :
protocole verrier.

Couvrant Sars-Poteries
l’ombre d’un encrier revanche
décrit le gai protocole verrier,
marge et limpide puits mais abysse cyan.

Le recueil sera "à réalité augmentée".
Par exemple, en manipulant un smartphone au-dessus des pages, on verra s'envoler des mots du poème fondu : paroles aussitôt ouïes d'une chanson par L'Humeur Vitrée (Lætitia Gallego et Martin Granger).

Inverse au gré des points de mire
couvrant Sars-Poteries
limpide puits mais abysse cyan
le ptyx cernant un soleil noir

Affleure un trait sous le poids des azurs
protocole verrier
un encrier revanche
çà du bleu Pausilippe
                   

Steeple-chase pantrine

Une pantrine (= pantoum + quatrine) autoréférente sur 3, 5, 8, 13 syllabes — quatre nombres dans la suite de Fibonacci.

En pantrine
de Fibonacci
l’assonance à moins que la rime
se mesurera d’étalon ample ou rétréci

Que rodéo soit la suite de Fibonacci
steeple-chase
d’étalon ample ou rétréci
par trois cinq huit treize

Pareil steeple-chase
revient sur ses pas mais sans répéter le parcours
de segments par trois cinq huit treize
longs ou courts

Le parcours
quinconce en quatrine
achoppe à des vers longs ou courts
doublant du pantoum l’assonance à moins que la rime

Post-scriptum — Même forme dont le lexique a été puisé au Lento de Charles Cros. L'alternance des rimes est irrégulière : F-M-F-M / M-M-M-M / M-F-M-F / F-F-F-F.

De la rime
pour ensevelir
le malaise grand qui t’opprime
j’aurai fait un vers du linceul de ce souvenir

Le cœur fut trop grand quelque soir pour ensevelir
froids défunts
du linceul de ce souvenir
nos soie et parfums

Premiers froids défunts
piétinez d’abord avec les rythmes que personne
à l’encan nos soie et parfums
ne lui donne

Que personne
lueur de la rime
ni bien des trésors ne lui donne
sans vide revoir le malaise grand qui t’opprime

Observation de Rémi Schulz sur ce poème aux vers de 3, 5, 8, 13 syllabes :

358 lettres => gématrie 4329 = 13 x 333
358                            13

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