vendredi 2 mars 2007
Imitation de Guillaume d'Aquitaine
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Je ferai ce vers de pur rien Qui n'est ni d'autres gens ni mien Ni de jeunesse ou tendre lien À rien égal Trouvé d'un sommeil sélénien Sur un cheval Je ne sais l'heure où je suis né Je ne suis allègre ou peiné Ni sauvage ni pensionné Legs initial De nuit qu’une fée a donné Du haut d'un val Ne sais quand me suis endormi Ni si je veille à moins déni Guère mon cœur serait puni Sans deuil ni mal Aussi peu que d’une fourmi Par Saint Martial Je suis malade et crois mourir Selon ce que j’en puisse ouïr Qu’un médecin j’aille quérir Hasard crucial Il sera bon à me guérir Sinon létal Mon amie est qui je ne sais Jamais ne nous sommes croisés N’a rien de plaisant ni mauvais Ça m’est égal N’existe Normand ni Français En mon journal Je ne l’ai vue et l’aime fort Qui ne m’a fait ni bien ni tort Sans différend et sans accord Fi d’animal D’une autre noble beauté sort Amour fatal J’ignore où ses pénates sont Dans une plaine ou sur un mont Et je tairai ce heurt profond Entracte oral Qu’elle ne suive où mes pas vont De son local Le vers fait par je ne sais qui Je le transmettrai vers celui Qui le transmettra par autrui À Sourdeval Qui me transmet hors son étui La clé du bal
Réécriture d'après Guillaume d’Aquitaine, "premier troubadour en date et en qualité" dit Bernard Delvaille (Mille et cent ans de poésie française - Laffont 1991).
Marcel - ici Martial - Sourdeval, dédicataire, est un contemporain qui vécut à Lille.
Caractéristiques de l’original, restaurées au prix d'infimes trahisons :
- strophes en 8 8 8 4 8 4 syllabes,
- rime constante (en -al) des tétrasyllabes (en -au à l’origine),
- rime unique des octosyllabes d’une même strophe.
Premiers vers lyriques signés dans une langue moderne, autour de l’an 1100, période cruciale pas seulement en littérature, puisque l’écriture musicale passe alors du statut d’aide-mémoire à celui d’outil de création. C'est l’acte de naissance de la composition comme moment autonome à distance de l'interprétation, singularité de la musique occidentale. Or, en écho aux mots "quelque peu sibyllins" d'Apollinaire : Tu ne connaîtras jamais bien / les / Mayas, entendrons-nous jamais chanter Guillaume d'Aquitaine ?
Lusina trouve « dans la poésie de Mallarmé de constantes allusions aux troubadours - ne serait-ce que le coup de dés… »
Tiens,
Je ferai un vers de pur rien Ne sera sur moi ni sur personne
n'appelle-t-il en écho, à 800 ans de là :
Rien cette écume vierge vers
par quoi commence le sonnet intitulé Salut ?
Robert Rapilly,
vendredi 2 mars 2007
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