Approches de quoi ? est l'introduction à l'infra-ordinaire (Seuil 1989). Georges Perec : Comment parler de ces "choses communes", comment les traquer plutôt, comment les débusquer, les arracher à la gangue dans laquelle elles restent engluées, comment leur donner un sens, une langue : qu'elles parlent enfin de ce qui est, de ce que nous sommes.

Nicolas Frize (1), compositeur, apporte des réponses d'impeccable justesse au questionnement de Perec, par un collectage de sons suivant les techniques de la musique concrète de Pierre Schaeffer et Pierre Henry. Les matériaux proviennent pour beaucoup des lieux de travail, usine Renault, Hôpital de Saint-Denis (2), poste de Marseille, etc. Son attention peut s'arrêter sur un rituel comme la bise du matin entre collègues de bureau, interroger quoi que ce soit de nos ustensiles, nos outils, nos emplois du temps, nos rythmes. L'effet en est de nous sortir de l'anesthésie quand - Perec encore l'écrit - nous dormons notre vie d'un sommeil sans rêves. Comme si l’ouïe, sens relégué, nous rendait la vue.

(1) Lire aussi cet entretien en 2005.
(2) Hôpital Silence ? Les enregistrements de Nicolas Frize révèlent que seul le malade obéit à l'injonction. Des kilomètres de bande magnétique attestent du vacarme perpétuel des portes, chariots, paroles de soignants (les plus surpris en se réécoutant) ; à l'hôpital, il n'y a que les patients qui se taisent. Exception, les unités de soins palliatifs où tout est feutré par effet de morphine et de moquette aux murs. Eh bien là, les pensionnaires regrettent qu'on leur parle tout bas, y compris la famille, et demandent qu'on ouvre leur porte de chambre. Simple réconfort d'entendre la vie dehors.