Le blogue de Robert Rapilly

Indécence d'un des sens

Sonnet sans sens, mais à rimes ou assonances millionnaires hétérosexuelles : "oxymore" féminine / "occis mort" masculine, etc.

Mort-vivant vaut pour oxymore
mais pléonasme un occis mort.
Le frac et le froc et les gants
avec du fric font l’élégance.

L’une Aquitaine Éléonore
impute l’Oïl qu’elle est au nord :
à quoi ça tient les différends
d’entre Miss France et Lady France.

Biche noyée en l’hallali
bois ta fureur jusqu’à la lie ;
la meute promiscuité
aux cors t’a promise cuitée.

L’adolescence s’aime en slip,
qu’il s’abaisse l’on s’émancipe.

Sélénet potager

Peu de sens ci-dessous, mais assez peut-être pour ressentir du contentement que ce double sélénet (prosodie = « Au clair de la lune ») a des vers holorimes, le premier de chaque strophe associant à un verbe ou à un auxiliaire le pronom personnel "-je".

Vent pyromane ai-je
Mis le feu nantais
Vampire au manège
Mille foehns hantés

Tasse ou pâle accours-je
Cool Adam se but
Ta soupe à la courge
Coula dans ce but

Hallali m’endors-je
Sœur Ève dotant
À l’aliment d’orge
Ce rêve d’autant

La cive m’en ceins-je
Hourra paradis
Lascivement singe
Ou râpe à radis






Post-scriptum — Sur la même rime en "-je", distique holorime dont l’accentuation varie : d’abord trimètre romantique = 3 x 4 syllabes, puis alexandrin "moderne" sans césure bien marquée :

— Vit ! stupre au pas ! gant de toilette en dure éponge !
— Vis-tu propagande, toi l’étendu ? réponds-je.

Hors-champ / cahier des charges d'une nouvelle

Bloomsday à Grandvillé, sur le modèle de Joyce ("Ulysse") et de Perec ("La Vie mode d’emploi"), François Graner a proposé d’établir le cahier des charges d’un roman à écrire par la suite. Ci-dessous projet d’une nouvelle intitulée "Hors-champ" — à l’attention prioritaire et imminente du LaProPo (Laboratoire de Procrastination Potentielle) : quatre chapitres de quatre paragraphes ordonnés en quatrine quant à l’ordre d’entrée en scène de quatre personnages.

Caractéristique fondamentale de "Hors-champ", le récit se fonde sur l’éclipse des protagonistes principaux. Autrement dit, ils n’apparaîtront... qu’absents. Liste non exhaustive de situations (inventaire provisoire, qu’il faudra décliner en ordre logique) : grimés, cachés, pas encore nés, en fuite, fantômes, à l’état d’êtres imaginaires, mythiques, défunts, etc.

Les quatre se nomment Abipone, Rōnin, Nyx et Huitzilopochtli.

Deux d’entre-eux de chair et de sang :

  • Abipone incarne l’esquive. Chaque fois que le récit la concerne, elle aura quitté la scène.
  • Rōnin est en quête perpétuelle. Sa présence imminente plane déjà sur le lieu de l’action, dont le récit s’écarte juste avant son arrivée.

Les deux autres sont des prosopopées au caractère tranché, sans complexité psychologique :

  • Nyx la nuit, le vide, le trou noir, occupe une place invariante au cœur des quatre chapitres du roman.
  • Huitzilopochtli le soleil apparaît certes au grand jour... mais ne luit pour personne.

Bien présents et concrets, divers personnages secondaires (liste à établir logiquement, du genre au pif patron de bistro, conductrice d’autobus, courtier d’assurances, caissière de cinéma...) parlent d’Abipone la fugitive, de Rōnin le paladin, de Nyx la nuit et de Huitzilopochtli le soleil, s’en souviennent, les imaginent, les attendent, les craignent, leur vouent un culte, les maudissent, leur adressent des messages, etc. (établir ici aussi un classement de postures à ordonner au fil des pages).

Les quatre chapitres comportent quatre paragraphes dont chacun, tel un plan fixe cinématographique (s’attarder à la liste des lieux et leur cadre), est marqué d’une sorte de "souffle" dans le décor ou dans les propos des personnages secondaires. En ordre de quatrine, les paragraphes relateront les circonstances suivantes (à quoi manque encore (j’écris ceci le 27 juin 2018) un ressort narratif assez puissant pour entraîner l’envie de lire la suite) :

1) Premier chapitre, 4 paragraphes A, R, N, H :

  • A = le départ récent d’Abipone,
  • R = l’arrivée imminente de Rōnin,
  • N = l’infini sidéral de Nyx la nuit,
  • H = la splendeur vaine de Huitzilopochtli.

2) Deuxième chapitre, 4 paragraphes H, A, N, R.

3) Troisième chapitre, 4 paragraphes R, H, N, A.

4) Quatrième et dernier chapitre, retour à l’ordre initial A, R, N, H.

(à suivre... / ci-dessus état du projet au 27 juin 2018)

Bloomsday 2018 à Grandvillé

Nicolas Graner organise certains printemps des "Jeux Oulipiques divers" dans sa douce campagne de Grandvillé. Le 16 juin 2018, Bloomsday, il a invité les oulipotes à écrire et cuisiner d'après Joyce. Sur place, entre autres stands poétiques en libre service, on pouvait aussi inventer de nouvelles disciplines sportives, exclusivité des Jeux Oulipiques va sans dire...




DIALOGUE IMAGINAIRE DE CHARLES DICKENS & JAMES JOYCE
(inspiré du Lol n'Bob Show)

(Dickens)
  À moi, Joyce, deux mots : connais-tu le prénom
  de Twist ? C’est Oliver, purement anglais...

(Joyce)
                                              Non !
  Ce blase émane, Dick, de ma natale Irlande.
  Dis voir quel Saint Patron régala de provende
  le pays dont Merlin enchantait l’alambic ?

(Dickens)
  Comment ne l’assavoir ! C’est l’évêque Patrick
  qui chassa le sorcier, suppôt de satanismes ;
  qui délivra du mal les rouquins et rouquines
  sujets en ta paroisse aux hurlevents d’ajoncs.

(Joyce)
  Que nenni, que nenni ! Là-bas nous dirigeons
  nos fervents angélus vers l’unique auréole
  secourant dénuement, tristesse, rubéole,
  peines de cœur, prurits... Nos suppliques et vœux
  vont au seul Oliver !

(Dickens)
                        Mais donc, si vos cheveux
  s’enflamment de la sorte au singulier mélange
  de paganisme obscur éclairé par un ange,
  qu’en professent les clercs ?

(Joyce)
                                Sic prêchent les gourous :
  « Le bel ange Oliver, il protège les roux ! »



RECETTE À SERVIR AU BLOOMSDAY
(acrostiche marabout sur 2 lettres)

Tous les 16 juin, en souvenir de son premier amour, James Augustine Aloysius se régalait d’une joue d’oye ychoussoise en cervelas — saucisse traditionnelle du canton de Mont-de-Marsan, à base de délicate chair prélevée autour du gosier de palmipèdes.

   JOue
 d’OYe
   YChoussoise
en CErvelas



SOUFFLER N’EST PAS JOUER
(d'après une idée de Jacques Jouet)

« Souffler n’est pas jouer », sport coopératif,
prend longanimité pour morale première.
On n’y vainc rien sinon qu’un prodige sportif :
sans les mains, sans la bouche, éteindre la lumière.

Dessous un paravent large de douze pieds,
on craque une allumette, et la flamme s’allume
d’une obscure chandelle entre deux équipiers
qui s’en vont l’écraser, tel marteau sur enclume.

Mais cet air percussif, ils le vrillent comment ?
Par simple mouvement des pavillons d’oreilles
dont le premier zéphyr esquisse tournoiement,
puis résonne simoun de djinns à Jrhymareyes.



DÉDICACE

Le 16 juin 18
Grandvillé l’espoir luit
Robert chante en l’honneur
de Bloomsday chez Graner

Steeple-chase pantrine

Une pantrine (= pantoum + quatrine) autoréférente sur 3, 5, 8, 13 syllabes — quatre nombres dans la suite de Fibonacci.

En pantrine
de Fibonacci
l’assonance à moins que la rime
se mesurera d’étalon ample ou rétréci

Que rodéo soit la suite de Fibonacci
steeple-chase
d’étalon ample ou rétréci
par trois cinq huit treize

Pareil steeple-chase
revient sur ses pas mais sans répéter le parcours
de segments par trois cinq huit treize
longs ou courts

Le parcours
quinconce en quatrine
achoppe à des vers longs ou courts
doublant du pantoum l’assonance à moins que la rime

Post-scriptum — Même forme dont le lexique a été puisé au Lento de Charles Cros. L'alternance des rimes est irrégulière : F-M-F-M / M-M-M-M / M-F-M-F / F-F-F-F.

De la rime
pour ensevelir
le malaise grand qui t’opprime
j’aurai fait un vers du linceul de ce souvenir

Le cœur fut trop grand quelque soir pour ensevelir
froids défunts
du linceul de ce souvenir
nos soie et parfums

Premiers froids défunts
piétinez d’abord avec les rythmes que personne
à l’encan nos soie et parfums
ne lui donne

Que personne
lueur de la rime
ni bien des trésors ne lui donne
sans vide revoir le malaise grand qui t’opprime

Observation de Rémi Schulz sur ce poème aux vers de 3, 5, 8, 13 syllabes :

358 lettres => gématrie 4329 = 13 x 333
358                            13

Le songe d'espace

Les sélénets suivants ont une couleur symboliste qui renvoie à l’observation de Queneau : Mallarmé est parfaitement potentiel. Réciproquement, l’oulipisme est souvent mallarméen. La poésie soumise à contrainte force les mots à se dépasser, à se doter de sens davantage. Voyons voir.

En acrostiche d’un sélénet, les mots du premier vers du Cygne de Mallarmé :

Le vierge, le vivace et le bel aujourd’hui...

Les autres mots seront puisés au même sonnet, sans cependant en reprendre les rimes — d’où les assonances "espace-plumage" et "blanche-hante". Ça colle bien à la mode du premier sélénet de l’histoire : "lune-plume" chez l’ami Pierrot.

Le songe d’espace
vierge a fui du sol,
le cygne est plumage,
vivace son col.

Et l’aile ivre blanche
le vêt pour avoir
bel éclat que hante
aujourd’hui l’espoir.

Mêmes contraintes appliquées au Desdichado :

Je suis le ténébreux, le veuf, l’inconsolé...
Je nage et toi morte
suis-moi dans mon cœur :
le tombeau qui porte
ténébreux vainqueur.

Le luth d’Aquitaine
veuf et modulant
l’allie à la reine,
inconsolé tant.

Centon depuis plusieurs poèmes de Mallarmé, vers isocèles :

Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx...
Ses soleils ténèbres
purs sens n’ont vêtu
ongles sur vertèbres
très loin le sais-tu

Haut de pied à plume
dédiant quels bruits
leur feuillée allume
onyx chair et fruits

Petit supplément sans rapport, sinon qu'il s'agit de sélénets. Ceux-là s'appuient sur des calembours assez lamentables, mais comme l’a noté François Caradec les pires sont les meilleurs.

Jean-Paul à bergère :
des toisons d’agneaux
me braillent derrière
lors bêle mon dos

Alain se fait moine
et sonne le gong
tout de hauteur d’âme
et lama de long
Nino tu te marres
des porteurs d’encens
donc thuriféraires
sitôt que les sens

Jean-Philippe, ondée
dessus ton pébroc
géniale idée
quand a plu du rock

Post-scriptum au supplément, un sélénet acrostiche syllabique de Pachacamac / Rascar-Capac. Ces couplets télescopent divers épisodes relevés dans deux albums de Tintin, « Les 7 boules de cristal » et « Le temple du Soleil », où l’éclipse finale sauve nos héros condamnés. Ésotérique, non ? Par exemple, la rascette est une ligne de la main en chiromancie.

Passagers des houles
charriant nos peurs
casseront sept boules
macabres vapeurs

Rascette propice
car sous le cristal
calende d’éclipse
pactise en l’Astral

Maharadja d’Al-Kantara

Sélénet acrostiche syllabique sur les 8 syllabes du "Maharadja d’Al-Kantara", personnage chimérique dans What a man ! de Georges Perec. L’ordre des 5 (ou 6) voyelles par vers est a-e-i-o-u-(e).

Marx fend d’infortune                          Ma
hareng biscornu,                              ha
rade gris, mort brune,                         rad
jarret fin tordu.                             ja

D’Alberich l’Occulte,                         d’Al
Kant en philo sut                              Kan
tancer l’imposture,                           ta
ralentir son but.                              ra

Lagarde et Michard commenteraient-ils le texte en soulignant que la dialectique matérialiste de Karl Marx s’appuie sur un constat de vie sordide du prolétariat, à commencer par une alimentation étique (strophe 1) ? Un siècle plus tôt, Emmanuel Kant aurait démonté l’irrationalité de la mythologie germanique, fondant sa démonstration sur les pouvoirs usurpés d’Alberich le sorcier (strophe 2). Les huit lignes horizontales figurent l’argumentaire stable des philosophes, progrès de la raison sur le mysticisme vertical et chancelant d’un quelconque seigneur, fût-il maharadja.

Sonnets vocaliques normands

Retour sur le contexte d’un billet antérieur publié en retard.

Il arrive que le présumé hasard produise des circonstances oulipiennes si improbables qu’on les croirait inventées. Eh bien non, jugez-en ci-après en lisant mes notes préparatoires, collectées à la façon de Frédéric Forte. Je voulais composer un bristol de comice agricole, du côté de Pirou dans la Manche. À cette fin, j’avais saisi des bribes de conversations dans les travées. On y parlait du député local appelé à devenir ministre de l’agriculture, et de son rapport gourmand à la chimie phytosanitaire. La même voix écolo redoutait qu’il zappât le recours moins périlleux à la fermentation de pelures herbacées. Quelqu’un du même groupe vantait au chaland le bénéfice cardiaque des huiles riches en acides polyinsaturés. Quant au voisinage tout proche, syndicat des graisses animales, on y appelait à boycotter le lunch inaugural et ses laitages d’Indre et Cher, un comble en plein bocage normand. Une goutte (sic) de bonne humeur perlait toutefois au comptoir du calvados — à propos, sait-on qu’un flacon d’un demi-litre à 40° réclame avant distillation 320 pommes, pas moins.

Assez de détails, revenons-en au pseudo-hasard oulipien. Transcription mot à mot de chaque réplique sur un bristol :

— À Stéphane Travert, l’appétit vint par Monsanto...
— ... sans cependant la crème au purin d’oignon.
— Fondre de son cholestérol ? Margarine fine !
— Que du beurre du Berry ? N’y touchons plus...
— Gallon donnant l’alcool : par degré huit fruits.
— etc. (99 bristols en tout)

J’ai soumis pour relecture le manuscrit à Gef l’oulipote. Épatant ! m’a-t-il répondu, toutes spontanées qu’elles semblent, les conversations normandes se donnent pour contrainte automatique d’être des sonnets vocaliques. En effet, lisant les voyelles dans l’ordre, on en retrouve chaque fois 14, organisées comme 2 quatrains et 2 tercets aux rimes ordonnées :

À Stéphane Travert, l’appétit vint par Monsanto...
À   é  a e   a e      a  é i   i    a   o  a  o
=> A E A E - A E A E - I I A - O A O
... sans cependant la crème au purin d’oignon.
     a    e e  a    a   è e au  u i    oi  o
=> A E E A - A E E A - U U I - O I O
Fondre de son cholestérol ? Margarine fine !
 o   e  e  o    o e  é o     a  a i e  i e
=> O E E O - O E E O - A A I - E I E
Que du beurre du Berry ? N’y touchons plus...
 ue  u  eu  e  u  e  y     y  ou  o     u
=> U E U E - U E U E - Y Y O - U O U
Gallon donnant l’alcool : par degré huit fruits.
 a  o   o  a     a  oo     a   e  é  ui    ui
=> A O O A - A O O A - E E U - I U I

Il serait fastidieux de tous les transcrire. Ci-dessus donc les 5 premiers bristols sur une série de 99. Rien que par sonnets vocaliques, voici comme on cause dans les comices agricoles au pays de Pirou. Si vous ne me croyez pas, rendez-vous l’oreille à l’affût au festival Pirouésie, douzième édition l’été prochain.

Pantrine de l'Encrier Revanche

Pantrine = pantoum + quatrine
=> quatrine métrique :
6—8—10—12 // 12—6—10—8 // 8—12—10—6 // 6—8—10—12 syllabes par vers.
=> pantoum selon le cycle :
A—B—a—b // B—C—b—c // C—D—c—d // D—A—d—a
où les vers ne se répètent pas tout à fait, puisque leur taille change.
L'encrier revanche du MusVerre de Sars-Poteries est le sujet d'un recueil à paraître en novembre aux éditions Invenit, collection Ekphrasis.

                  
Un encrier revanche
inverse au gré des points de mire
limpide puits mais abysse cyan ;
affleure alors un trait sous le poids des azurs.

Le contraste s’inverse au gré des points de mire :
çà, du bleu Pausilippe
affleure un trait sous le poids des azurs,
le ptyx cernant un soleil noir.

Avec çà du bleu Pausilippe,
mouiller les ciels brouillés couvrant Sars-Poteries,
brûler le ptyx cernant un soleil noir :
protocole verrier.

Couvrant Sars-Poteries
l’ombre d’un encrier revanche
décrit le gai protocole verrier,
marge et limpide puits mais abysse cyan.

Le recueil sera "à réalité augmentée". Par exemple, en manipulant un smartphone au-dessus des pages, on verra s'envoler des mots du poème fondu : paroles aussitôt ouïes d'une chanson par L'Humeur Vitrée (Lætitia Gallego et Martin Granger).

Inverse au gré des points de mire
couvrant Sars-Poteries
limpide puits mais abysse cyan
le ptyx cernant un soleil noir

Affleure un trait sous le poids des azurs
protocole verrier
un encrier revanche
çà du bleu Pausilippe

Sélénets acrostiches de mots

Gilles Esposito-Farèse a proposé à la liste oulipo d'écrire des sélénets dont les vers commencent par les mots successifs d'El Desdichado : Je / suis / le / ténébreux — le / veuf / l' / inconsolé... Ci-dessous une variante où les mots-acrostiches s'allongent parfois (exemple "je" => "jeunesse"), changent de sens ("suis" verbe être => verbe suivre) ou de nature grammaticale ("l'" article => pronom), ou enfin restent tels quels ("ténébreux"). Les sélénets 1 et 2 se tiennent proches de Nerval, les 3 et 4 s'inspirent de Manet, Le Joueur de fifre et Chez le père Lathuille.


Jeunesse on décampe
suis-moi prends ma main
lentement sans lampe
ténébreux chemin

Leurre au chant d'Orphée
veuf du five o’clock
l’assourdit la fée
inconsolé d’Oc

Je / suis / le / ténébreux — le / veuf / l' / inconsolé


Lester l’incunable
princeps sous vélin
d’ors pare l’affable
Aquitaine loin

À sa décadence
largué son fichu
tournoie et sa danse
abolie a chu

le / prince / d' / Aquitaine — à / la / tour / abolie


Manet chez Lathuille
seulement devin
étoilera d’huile
estampes et vin

Morterille on cause
ethnique philtre et
montant virtuose
luthier en attrait

ma / seule / étoile / est — morte / et / mon / luth


Constellé ton fifre
portera Manet
levant note et chiffre
soleil au bonnet

Noirceur mais point d’ombre
devisons piou-piou
laver cette sombre
mélancolie où ?

constellé / porte / le / soleil — noir / de / la / mélancolie


À suivre ?

Pantrine à Piccard

Pantrine fibonaccienne 1—2—3—5 syllabes :

Maître
Piccard,
sa lunette
hisse le regard.

Auguste Piccard
grimpe
en regard
d’Olympe.

Il grimpe
plus haut que les dieux
de l’Olympe
vieux :

dieux
qu’un Maître
montre vieux ;
neuve est sa lunette.

Pantrine autoréférente

Appelons pantrine un pantoum dont les vers ne se répètent pas exactement...
A—B—a—b
B—C—b—c
C—D—c—d
D—A—d—a
... puisque leur taille varie dans l'ordre d'une quatrine métrique :
1—2—3—4
4—1—3—2
2—4—3—1
1—2—3—4 syllabes.

Mon
couplet
se répète
en dix mesures.

Second couplet
à
dix mesures
encore.

Puis à
permuter tout,
l’ordre encore
change.

Tout
en mon
pantoum change
mais se répète.

Post-scriptum, 2 tentatives de pantrines à la limite, qui riment celles-là :
0—1—2—3 / 3—1—2—1 / 1—3—2—1 / 1—1—2—3 syllabes la première,
0—1—1—2 / 2—0—1—1 / 1—2—1—0 / 0—1—1—2 la suivante.
Quelques chevilles du genre h muet au huit de Pie_VIII.

Hans
fonde
les temps
d’outre-tombe :

sa profonde
nuit
en tombe
huit.

Nuit
vaticane,
Pie VIII
moine

cane
sans
stramoine.
Contretemps.
?
Beaux
rêves
Booz

Tombeaux
:
Oz
pleure

L’heure
d’hivers
pleure
!

...
Sèves
vers
ses rêves

Haïkunnets vocaliques

En réponse à une proposition de Gef d’écrire des sonnets vocaliques (= 14 voyelles), donnons-nous pour contrainte supplémentaire que ce soient ses haïkus (5 + 7 + 5 = 17 syllabes). On compensera cette inégalité arithmétique en recourant aux abréviations, par exemple "JFK" (= 0 voyelle) se dira "John Fitzgerald Kennedy" (= 7 syllabes).

XIIe siècle à Saint-Jacques-de-Compostelle, une ligue municipale se fait fort d’arrêter les méfaits imputés aux sombres chemineaux :

Mal etc.
l’Hermandad scelle la fin
d’importuns obscurs

A E * * *
E A / A E E A / I
I O / U O U

XXe siècle au Texas, le président des États Unis fait l’objet d’un marché lettriste, où sa fuite en Cadillac prendrait la tangente :

En Dallas ce deal
JFK
sans frein Isou court

E A A E / E A
* * * * * * *
A E / I I O / U O U

Londres XXIe siècle, l’ex-Prime Minister et son épouse pratiquent le naturisme culturel dans un club où on bouquine Les Misérables :

Naked England Art
M. et Mme Blair
liront Hugo nus

A E E A / A
* * E * * E A / I
I O / U O U

Extrait des Écritures où la promesse de pêche miraculeuse se double de pain (sonnet de symboles vocaliques en alphabet phonétique) :

Souvent dans l’houmous
l’enfant J.-C. trouvait
poissons et moissons

(u) (ɑ̃) (ɑ̃) (u) (u)
(ɑ̃) (ɑ̃)  * * *  (u) (e)
(wa) (ɔ̃) (e) (wa) (ɔ̃)

Il y a péril, s’approchant des sonnets en monosyllabes, de se brûler les ailes à vouloir imiter la perfection de Rességuier... Le haïkunnet cependant prend précaution de démanteler le sonnet, perceptible non plus à l'oreille mais à l’œil. Une façon de filigrane.

El Dezzzichadodo

Avatar de Nerval composé en situation contraire du sommeil décrit : pendant une insomnie la nuit dernière. Simple règle : qu'en filigrane sonore, syntaxique, voire sémantique, transparaisse clairement le sonnet original.

Je suis le comateux — switch off sous l’oreiller —
que berce la verveine au Séjour d’inertie,
qu’alcaloïde exhorte, ô stup ! à sommeiller,
imprégnant mon plumard de molle anesthésie.

Camomille et dodo, matelas infirmier,
j’emploie un narcotique en cuiller assoupie.
Ronfleur qui pionce, un flanc sur le crin du sommier,
je m’affale en ma chambre où l’hypnose roupille.

Suis-je Diafoirus prescrivant doux ronron ?
Sans frein je couche et dors, l’œil oppressé de cerne ;
je me rêve marmotte à l’âge qu’elle hiberne.

Et j’ai, la soie au cœur, roulé le polochon :
avalant, soporeux dans les bras de Morphée,
les vapeurs de l’absence et l’oubli par bouffée.

Dents dedans

Fantaisies inspirées d'une proposition d'Alain Zalmanski à la liste oulipo : énoncer un message qui cache une inclusion verticale contradictoire, subversive, etc. Ça m'a rappelé deux billets d'il y a dix ans, Pli second pli et Plis Excelsior.



Un discours haineux en inclut un autre, tout d’empathie. La scène se passe dans un fameux autobus :
1) Pis hacher bushidos, qu’essaime tonnerre... Eh despote ! es-tu, de ta victime songeuse, le tombeau coléreux ?
2) Cher bus, aime ton pote, estime son beau col.

             
               
                                 *
           

La contrainte s'est d'abord mise à divaguer hors de contrôle, raccrochée au souvenir opportuniste d'une saillie du président Hollande traitant les prolétaires de "sans dents". Il sera possible de crypter des contenus plus intéressants, intentionnels & poétiques, et de peaufiner la forme, par exemple en insérant des haïkus ou des sélénets dans des sonnets. Singulière résonance potentielle, me semble, que les deux textes — vertical & horizontal — se frôlent par le sens, cependant que l'étymologie des mots englobants (noirs) & inclus (rouges) reste distincte.

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