Le blogue de Robert Rapilly

L'an s'enfuit

Demain éclot année,
précédente canée.
L’an s’en va, l’an s’enfuit,
adieu le vieil an huit.

De naître ou de point n'être,
c’est question de connaître
ou pas le bel an neuf :
numéro deux mil neuf.

Autogreffe d'alexandrins

Le Peau-Rouge et l'ours gris hors du charnier natal
Humaient encor dans l'air leurs misères hautaines,
Et les centurions inclinaient leurs antennes
À la vaste rumeur du monde occidental.

À mes pieds c'est la nuit, le fabuleux métal
Au fracas des buccins dans ses mines lointaines !
Sur le lugubre lac, routiers et capitaines
Dorent l'âpre sommet héroïque et brutal.

Des landes, des ravins, des lendemains épiques
S'envolèrent ainsi de la mer des Tropiques,
Avec des cris stridents en un ciel ignoré.

Et la sueur coulait des blanches caravelles :
Ce souffle, étrangement, d'un mirage doré
Vit dans ses larges yeux des étoiles nouvelles.


Rapportés, d'épars hémistiches de José-Maria de Heredia précèdent les hémistiches rimants des Conquérants, sonnet du même auteur. Sur les alexandrins greffés, voir Marcel Bénabou et Jacques Roubaud.

Frank Zappa

Baltimore 21 décembre 1940 - Los Angeles 4 décembre 1993

Sans raison décembre zappa
érudit entre norme & libre
système de poids équilibre
tension puis vanne à Zappa

D'autres épitaphes ici.

3 sélénets interrogatifs

Sélénet 1-2 :

Vois-tu l'air céleste ?
Qui dans l'oeilleton ?
C'est à quelle adresse ?
Comment s'assoit-on ?

Pourquoi telle crainte ?
Maudis-tu le vent ?
Qu’implore ta plainte ?
Jeûnes-tu souvent ?

Sélénet 1-3 :

Cherches-tu la fée ?
Qui, quoi durera ?
À quand la levée ?
Y scintille Râ ?

D'où vient la lumière ?
Ne fait-il pas noir ?
Quelle est ta prière ?
Brûlons-nous d'espoir ?

Sélénet 2-3 :

Ta chambre : où se cache ?
Où l'ultime tour ?
Qu'attend le rivage ?
Comment va le jour ?

Quel bruit t'intimide ?
Qui vend l'amadou ?
Que penser du vide ?
Fuit-on du vaudou ?


Les questions du sélénet 1-2 trouvent réponses à la fois dans « Au clair de la lune » & « Ma demeure est haute » ;
les questions 1-3 dans « Au clair de la lune » & « Elle est retrouvée » ;
les questions 2-3 dans « Ma demeure est haute » & « Elle est retrouvée ».

Nos sélénets classiques numérotés 1, 2 et 3 :

1 - Anonyme du XVIIIe siècle :

Au clair de la lune
Mon ami Pierrot
Prête-moi ta plume
Pour écrire un mot

Ma chandelle est morte
Je n'ai plus de feu
Ouvre-moi ta porte
Pour l'amour de Dieu

2 - Marceline Desbordes-Valmore :

Ma demeure est haute
Donnant sur les cieux
La lune en est l'hôte
Pâle et sérieux

En bas que l'on sonne
Qu'importe aujourd'hui
Ce n'est plus personne
Quand ce n'est pas lui

3 - Arthur Rimbaud :

Elle est retrouvée
Quoi ? L'Éternité
C'est la mer allée
Avec le soleil

Âme sentinelle
Murmurons l'aveu
De la nuit si nulle
Et du jour en feu

Les Jardins d'Antoine-Marin Lemierre

Repli frileux au cœur des désordres politiques ? On fait souvent constat du sommeil de la poésie française au XVIIIe siècle. Fondé ou non, le reproche mérite réparation. Cueillons 10 vers aux « Jardins » d'Antoine-Marin Lemierre : y retouchant à peine, quel poème un peu moderne récrire ?

1 - Version originale :

J'aime la profondeur des antiques forêts,
La vieillesse robuste et les pompeux sommets
Des chênes dont, sans nous, la nature et les âges
Si haut sur notre tête ont cintré les feuillages.
On respire en ces bois sombres, majestueux,
Je ne sais quoi d'auguste et de religieux :
C'est sans doute l'aspect de ces lieux de mystère,
C'est leur profond silence et leur paix solitaire
Qui fit croire longtemps chez les peuples gaulois
Que les dieux ne parlaient que dans le fond des bois.
(...)

2 - Fatrasie en permutant des mots :

J'aime l'antiquité des pompeuses forêts,
la vieille robustesse et les profonds sommets
dont des aspects sans lieu, les chênes et les âges,
si haut sur la nature ont doute de feuillages.
Bois sombres, je ne sais quoi des Majestueux
et d'Auguste on respire ; et de religieux.
C'est silence longtemps et peuple solitaire ;
c'est le cintre profond de ces paix de mystère
qui fit croire sans nous, chez les têtes de bois,
que les dieux ne parlaient, dans le fond, que gaulois.

3 - Dizain symboliste en permutant des hémistiches :

Des chênes dont sans nous sombres majestueux
Si haut sur notre tête et de religieux
On respire en ces bois la nature et les âges
De ces lieux de mystère ont cintré les feuillages

C'est sans doute l'aspect des antiques forêts
C'est leur profond silence et les pompeux sommets
Que les dieux ne parlaient je ne sais quoi d'auguste

Et leur paix solitaire à vieillesse robuste
Qui fit croire longtemps que dans le fond des bois
J'aime la profondeur chez les peuples gaulois

4 - Renga par caviardage ; 5/7/5 - 7/7 - 5/7/5 - 7/7 syllabes prélevées aux vers successifs :

Antiques forêts
La vieillesse et les sommets
Les chênes sans nous

Haut ont cintré les feuillages
On respire en ces bois sombres

Je sais quoi d'auguste
Sans doute aspect de ces lieux
Leur profond silence

Croire longtemps chez les peuples
Les dieux dans le fond des bois

5 - El Jardinchado :

J'aime le soleil noir des veufs inconsolés,
l'Aquitaine robuste et les rouges sommets
des tombeaux dont, sans nous, l'Achéron et les âges
sur la grotte si haut ont porté les feuillages.

On module en ces bois vainqueurs et ténébreux
je ne sais quoi de lyre et de religieux...
Suis-je profond silence ou la fleur solitaire ?

C'est sans doute la treille en un luth de mystère
qui fit rêver encor chez les peuples, deux fois,
que ne criât la sainte, au fond, qu'amour gaulois !

Un chant de Verlain

Écoutez la douce chanson
au refrain qui pleure et vous plaît :
discret et léger son couplet,
eau sur de la mousse et frisson !

Connue et chère fut la voix,
mais elle est voilée à présent
comme une veuve s'épuisant ;
pourtant, fière encore une fois

dans les plis d'un voile ajusté
palpitant de vent envahi,
cache et montre au cœur ébahi
une étoile de vérité.

Voix reconnue, elle s'en vint
dire que la vie est pardon,
que de l'envie et la haine on
se sera délesté défunt.

Elle parle aussi de lauriers
et de tout simple lauréat,
de noces d'or, immédiat
bonheur d'une paix sans guerriers.

Accueillez la voix qui dit bien
son épithalame ingénu.
Allez, d'âme on n'a mieux tenu
qu'âme d'esprit moins saturnien !

Elle est en peine à la façon
d'âme qui souffre sans dépit,
et comme sa morale luit !...
Écoutez la sage chanson.




La version originale de Verlaine déroge à l'alternance, toutes les rimes en sont féminines :

Écoutez la chanson bien douce
Qui ne pleure que pour vous plaire,
Elle est discrète, elle est légère :
Un frisson d'eau sur de la mousse !
(...)
Ici au contraire les rimes sont masculines, de plus vocaliques (consonnes finales muettes).
deux autres traductions, lipogrammes, du même poème.

Quel embrun flotte pur

Quel embrun flotte pur, ombre à la vague loi ?
Vole un sabre, comment s'expriment mes vertèbres ?
Où s'affligent un trouble et ses reflets funèbres ?
Prise ployée au lacs, laquelle ondule en moi ?

Qui, défiant le cours, séduit un fleuve roi ?
Que n'emporte tel vent, beau de belles célèbres ?
Tairait-on quel orgueil hurle, issue aux ténèbres ?
Éblouir un climat diaphane en la foi ?

Gouffre tournoiera-t-il, névé grisé de terre ?
Comment fuit la dérive annoncée au mystère ?
Siècles, qu'attendez-vous, épitaphe du moins ?

L'espace soit nommé : pourquoi s'exempte et nie ?
À quoi roule et s'endigue un ennui des témoins ?
Que s'est d'un astre en fête allumé le génie ?



Flash-back.
En 1636, Isaac Beeckman questionna René Descartes :
- À quel titre pensez-vous ?
Descartes répondit deux fois :
- « Le Discours de la méthode »
... puis :
- Du droit de celui qui doute de tout pour établir toutes les vérités qui ne résistent pas au doute.

Le poème fait suite à une proposition de Gilles Esposito-Farèse : « Écrire un sonnet de 14 questions tel que deux sonnets classiques différents puissent jouer le rôle de réponses ».

Détail des questions et réponses ci-dessous ; on notera :
- ponctuation retouchée des sonnets originaux de Mallarmé ;
- 2 enjambements imposés par la syntaxe ;
- rimes empruntées à « Quand l'ombre menaça de la fatale loi », de même qu'intégralement la quatorzième question.


Quel embrun flotte pur, ombre à la vague loi ?
Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui.
Rien, cette écume, vierge vers.

Vole un sabre, comment s'expriment mes vertèbres ?
« Va-t-il nous déchirer avec un coup d'aile ivre ? »
À ne désigner que la coupe.

Où s'affligent un trouble et ses reflets funèbres ?
Ce lac dur oublié que hante sous le givre le transparent glacier.
Telle loin se noie une troupe.

Prise ployée au lacs, laquelle ondule en moi ?
Des vols qui n'ont pas fui.
De sirènes mainte à l'envers.

Qui, défiant le cours, séduit un fleuve roi ?
Un cygne d'autrefois se souvient que c'est lui.
Nous naviguons.

Que n'emporte tel vent, beau de belles célèbres ?
Magnifique, mais qui sans espoir se délivre.
Ô mes divers amis, moi déjà sur la poupe !

Tairait-on quel orgueil hurle, issue aux ténèbres ?
Pour n'avoir pas chanté la région où vivre !
Vous, l'avant fastueux qui coupe.

Éblouir un climat diaphane en la foi ?
Quand du stérile hiver a resplendi l'ennui.
Le flot de foudres et d'hivers.

Gouffre tournoiera-t-il, névé grisé de terre ?
Tout son col secouera cette blanche agonie.
Une ivresse belle m'engage.

Comment fuit la dérive annoncée au mystère ?
Par l'espace infligée à l'oiseau qui le nie.
Sans craindre même son tangage.

Siècles, qu'attendez-vous, épitaphe du moins ?
Mais non l'horreur du sol où le plumage est pris !
De porter debout ce salut.

L'espace soit nommé : pourquoi s'exempte et nie ?
Fantôme qu'à ce lieu son pur éclat assigne.
Solitude, récif, étoile.

À quoi roule et s'endigue un ennui des témoins ?
Il s'immobilise au songe froid de mépris.
À n'importe ce qui valut.

Que s'est d'un astre en fête allumé le génie ?
Que vêt parmi l'exil inutile le Cygne ?
Le blanc souci de notre toile.

Pluies restons nus (post-scriptum)

Billet déjà publié sur ce blogue ; poème paru dans « La Nouvelle Revue Moderne » de Philippe Lemaire. Mais il y manquait une explication, la voici.

Le sonnet est un centon mallarméen. Le titre « Pluies restons nus » est anagramme de « Plusieurs Sonnets », sources exclusives des fragments recomposés :
- Quand l'ombre menaça de la fatale loi
- Le vierge, le vivace et le bel aujourd'hui
- Victorieusement fui le suicide beau
- Ses purs ongles très haut dédiant leur onyx

Chaque fois que j'ai lu Plusieurs Sonnets, il m'a semblé préférable que je déchiquette mes carnets de poésies.

Si toujours la croisée, indubitable exil,
Se souvient que des feux obscurcissent un casque,
Je sais un grand éclat pour qu'au songe s'accroisse
Maint trésor dans l'oubli d'un astre puéril.

Peut-être inanité par écume du ciel,
Espace dédiant à l'oiseau le délice
De la fatale gloire avec clarté stérile,
Le vivace suicide a ployé son orgueil.

S'attarde, transparent fantôme des guirlandes,
Tel vieux rêve inutile au lointain de crédences
Que hante en le miroir ce seul objet absent.

L'horreur d'un coup très haut jette sous une pourpre
La région au nord de tout tison de sang.
Quoi ! désir excepté les siècles tordent l'ombre.

Quatorze questions

Sonnet interrogatif d'un autre

Qu'est-ce qui pousse au bout des doigts de Fu Manchu ?
Par quoi se prémunir des chutes d'éclairage ?
Où, grillé cependant, y reprendre courage ?
Potée ignifugée, on dira quoi d'un chou ?

Quel faitout disparut des buffets d'acajou ?
Comment taire l'écrin et celer le ramage ?
Pourquoi redoute-t-il, le Clown, un long chômage ?
De quoi se divertir sans hasard ni joujou ?

N'offre-t-on rien aux Chtis en pétrissant la boue ?
Que souffle Moby Dick à l'acteur qu'il échoue ?
Témoin, vis-tu filer les coupables du crash ?

De brume dissipée a-t-on l'image floue ?
Qu'attend l'émulsion d'un photon fui du flash ?
D'étincelles, combien à la Grande Ourse on cloue ?


On peut répondre d'abord, par un sonnet, puis lire le corrigé.


Quatorze réponses (ter)

Sonnet allégorique d'un autre

Aux purs ongles très haut dédiant leur onyx
vers l'angoissant minuit, soutien lampadophore,
maint rêve vespéral se consume Phénix ;
brise à te recueillir la cinéraire amphore !

Je vide la crédence au salon de tout ptyx,
car l'œuf est bibelot d'inanité sonore ;
près du Maître on ira puiser des pleurs au Styx
avec ce seul hauban dont le Néant s'honore.

Paire loin la croisée au nord vacante, en or
et chair agonisant selon le sûr décor,
la licorne a rué l'hapax contre une nixe.

Elle, comète nue en le miroir, encor
tout oubli dilué par le cadre, se fixe
de scintillations sitôt au septuor.


Exercice inspiré du jeu des deux questions de Nicolas Graner.
Chaque vers du sonnet répond à 14 alexandrins épars de Hugo, puisés au pif dans « Les Contemplations, Livre III - Les luttes et les rêves », pourvu qu'il s'agisse de questions (ci-dessous). Deux façons distinctes de lire :
- sonnet du début à la fin ;
- va-et-vient des questions aux réponses.

À quel néant jeter la journée insensée ?
Où vont tous ces enfants dont pas un seul ne rit ?
Qu'en est-il de ce rêve et de bien d'autres choses ?
Et comment voulez-vous que j'échappe à cela ?

Que te sert d'avoir pris cet enfant, ô nature ?
Pourquoi le nid a-t-il ce qui manque au berceau ?
Comment passerons-nous le passage suprême ?
Veux-tu, dis-moi, bon arbre, être mât de vaisseau ?

Quels sont ces deux foyers qu'au loin la brume voile ?
Sont-ils aussi des cœurs, des cerveaux, des entrailles ?
Cherchent-ils comme nous le mot jamais trouvé ?

Quel est ce projectile inouï de l'abîme ?
Et, par instants encor, tout va-t-il se dissoudre ?
Ciel, où les univers se font et se défont ?

Quatorze réponses (bis)

C'est l'air du Ténébreux, du Veuf inconsolé
au Golfe d'Aquitaine en sa Rade abolie :
sans Étoile ou galon mais de plomb constellé
entre la grande Hache et la Mélancolie.

Sur l'orange Tombeau, signe un Bleu consolé :
« Je troque Pausilippe au marin d'Italie ! »
La fleur réfuterait qu'un cœur fût désolé
de la treille où le Pampre à la Rose s'allie.

Est-ce Amour ou Phœbus ?... Lusignan ou Biron ?...
Manteau rouge en décembre et baiser de la Reine ?
Sous-sol, rampe une grotte où nage la Sirène.

Jamais raton laveur n'a franchi l'Achéron ;
alors il porte un toast à la lyre d'Orphée,
le gros lot à la Sainte et le prix à la Fée !


D'après El Desdichado de Gérard de Nerval. Une logique d'intersection consiste à garder au discours un fil ininterrompu, en même temps qu'on répond aux questions sans queue ni tête de Screwy Squirrel.
Rappel de la contrainte : dans le corpus du jeu des deux questions, Nicolas Graner a débusqué 14 alexandrins fortuits qu'il a disposés en sonnet :

Cette chanson d'amour, par quoi qu'elle commence ?
Dis Boby, il est où le papa des poissons ?
Comment être soldat dans ces années de plomb ?
Alors, W ou le souvenir d'enfance ?

Qui a écrit « La Terre est bleue comme une orange » ?
À qui marchandez-vous votre admiration ?
Que pouvez-vous répondre à cette question ?
De quoi sont composés les horribles mélanges ?

Quel est le nom du chat des trois sœurs Halliwell ?
Léon a trop de quoi, par rapport à Noël ?
De quel lieu Proserpine est-elle la déesse ?

Que n'a pas dévoré la horde des mulots ?
Que fait Bacchus quand il est accablé d'ivresse ?
Qui gagne quand on joue à fermer les bureaux ?

Quatorze réponses

Cette nuit de janvier ta tombe sera blanche
À l'ombre du platane où nous nous allongeons ;
En avant la musique et sautent les bouchons !
Miroir terni la lampe éteinte de l'absence...

Une femme de vache à la tête d'orange
Qui de ses seins mafflus nous offre le tréfonds ?
Saumon rappelle-toi la vase de Soissons :
Qu'à de beaux cœurs bien purs, vierges et sans mélange !

Surnaturel dans tes longs yeux de caramel,
Vives flammes oiseaux arrachés au soleil,
Pour te bien faire voir l'abîme gigantesque

- Mes bouquins refermés sur le nom de Paphos -,
Il la porte à la bouche avec sa main sénestre,
La babine des dogues noirs et des taureaux !


Dans le corpus du jeu des deux questions, Nicolas Graner a débusqué 14 alexandrins fortuits qu'il a disposés en sonnet :

Cette chanson d'amour, par quoi qu'elle commence ?
Dis Boby, il est où le papa des poissons ?
Comment être soldat dans ces années de plomb ?
Alors, W ou le souvenir d'enfance ?

Qui a écrit « La Terre est bleue comme une orange » ?
À qui marchandez-vous votre admiration ?
Que pouvez-vous répondre à cette question ?
De quoi sont composés les horribles mélanges ?

Quel est le nom du chat des trois sœurs Halliwell ?
Léon a trop de quoi, par rapport à Noël ?
De quel lieu Proserpine est-elle la déesse ?

Que n'a pas dévoré la horde des mulots ?
Que fait Bacchus quand il est accablé d'ivresse ?
Qui gagne quand on joue à fermer les bureaux ?

Réponses par des vers tous puisés au « Dictionnaire des rimes et assonances » d'Armel Louis ; auteurs :

1 Philéas Lebesgue
2 José-Maria de Heredia
3 Louis Aragon
4 Claude Roy

5 Raymond Queneau
6 Luc Decaunes
7 Karel Logist
8 Charles Baudelaire

9 Louis Calaferte
10 Jules Supervielle
11 Philothée O'Neddy

12 Stéphane Mallarmé
13 Agrippa d'Aubigné
14 Jules Laforgue

La ponctuation n'est pas d'origine.

Kasenine d'Edo

(poème paru en mai 2009 dans la Revue du Tanka francophone)

Rosée évanouie
Rien à faire au monde impur
Paroles d'Issa

Désormais neige elle efface
La vase encrant les crevasses

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Le lombric creuse son trou
Sur le dôme des Écrins

Et sous la risée
De tes regards irisés
Mes vers sont brisés

Bout la sève en ton calice
Gelée au bord du ravin

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Fière crête Demoiselle
Or Dahu je me retourne

Dans le double-fond
Abîmé de mon chapeau
Fond une tulipe

Je me souviens du Pamir
Rêche route de la soie

Elles se reflètent
Dans l'oeil de la libellule
Là-bas les montagnes

Où de grelottants photons
Hérissent l'air de coton

Bashô nous observe
Et retient de son bâton
Un pied téméraire

Une ombre nous apostrophe
Passants suspendez la marche

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

Élidant de nos mémoires
Ce rond pas tout à fait clos

Recelée en berne
Dessous le masque mutique
Quoi l'Éternité

Échappe aux strophes impaires
Et le soleil plonge en mer

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

Astre pâle ombre si trouble
Reflet où pure hydre éclaire

Le monde s'endort
Mais ignore si le disque
Va durer toujours

La terre est plate en un an
Elle fait trente-trois tours

Parfois les nuages
Aux admirateurs de lune
Offrent une pause

La ritournelle se fige
Sursis donnant sur les cieux

La muse amnésique
De Buson immobilise
Une blanche sombre

Un cri dans la nuit d'effroi
Ce n'est qu'un demi-soupir

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

Que la corde rie ou pleure
Le plectre opiniâtre crisse

Mon tympan fêlé
Maintenant demande grâce
Au musicien fou

Silence avec ironie
Proche tourbillon d'horreur

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

Grillons sous l'ocre point d'orgue
Ô cyclope de l'été

Face c'est ténèbres
Mais pile pièce embrasée
Où mon béret joue

Finis l'automne aux mains rousses
Et l'hiver aux yeux de verre

Fini le printemps
Le biwa paraît si lourd
Au coeur qui le serre

L'homme est le rêve d'une ombre
Soufflons trente-six chandelles

Trois complices - Gilles Esposito-Farèse, Martin Granger, moi - avons ci-dessus combiné deux formes poétiques :

- un renga japonais, poème collectif alternant strophes de 5/7/5 et 7/7syllabes, précisément un renga « kasen » en 36 versets ;

- des quatrines tétracéphales réparties en 3 x 12 strophes où les « morts » successifs sont des grands maîtres de l'époque Edo au japon :
Issa, auteur du refrain en positions 3, 7 et 11 ;
Bashô, refrain 15, 19 et 23 ;
Buson, 27, 31 et 35.

D'autres contraintes - prosodiques, rhétoriques ou thématiques - ont été appliquées : métrique classique, répétitions réduites au clinamen, séquences où devaient apparaître une forte opposition, ou une citation classique, ou une prosopopée.

Ordre d'intervention dans les 3 quatrines successives :
- Ro(bert) - Gi(lles) - Issa - Ma(rtin) / Gi - Ma - Issa - Ro / Ma - Ro- Issa - Gi
- Ma - Ro - Bashô - Gi / Ro - Gi - Bashô - Ma / Gi - Ma - Bashô - Ro
- Gi - Ma - Buson - Ro / Ma - Ro - Buson - Gi / Ro - Gi - Buson - Ma

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